samedi 20 janvier 2018

Renaissance

Nous sommes aujourd'hui le 20 Janvier et je vis mes dernières journées ici, dans la ville d'Izucar de Matamoros, où je me trouve depuis une dizaine de jours maintenant. Ce lundi, je partirai en direction de Oaxaca vers de nouveaux horizons et continuerai ma route mexicaine qui me mène petit à petit vers le Guatemala. Située dans l'état de Puebla à environ 150 kilomètres au sud-est de la capitale du pays, les habitants de Matamoros y vivent essentiellement de l'agriculture; de la canne à sucre, du maïs et du sorgho notamment. La ville, fortement endommagée par les tremblements de terre de septembre et par les nombreuses répliques de ces derniers mois est en pleine reconstruction et les décombres sont encore relativement nombreux. Elle est constituée de 14 quartiers que l'on appelle ici barrios, répartis autour du centre ville et je suis logé chez Gloria Lazaro, qui habite dans celui qui est nommé San Juan Piaxtla. C'est son frère aîné Ceferino, âgé de 64 ans, qui m'a guidé jusque sa demeure afin de pouvoir m'y laver tout simplement. Je l'ai rencontré alors que je me dirigeais vers l'est aux abords d'une petite route de campagne non indiquée sur ma carte, à environ 70 kilomètres plus à l'ouest dans l'état voisin de Morelos et nous sommes devenus compagnons en chemin. J'ai appris par la suite qu'il me suivait à distance raisonnable sur son scooter depuis quelques kilomètres déjà pour ne pas m'incommoder mais interpellé par mon chargement peu ordinaire; il se demandait ce que cela pouvait bien être et a su saisir la première opportunité qui s'est présentée à lui afin de pouvoir satisfaire sa curiosité naturelle de "metiche".
J'étais alors perdu à une bifurcation en Y; me demandant laquelle des 2 routes se présentant devant moi me mènerait en direction de l'état de Puebla et attendais la première occasion d'interpeller quelqu'un afin de m'assurer de faire route dans la bonne direction quand il s'est arrêté à ma hauteur et après un court échange de paroles, il m'a invité à le suivre pour quelques kilomètres seulement jusqu'au village d'Axochiapan (situé à Morelos donc) où il était convenu de se séparer. Nous étions alors au petit matin du 11 janvier et il devait être aux alentours de 8 heures. Il faisait froid et Cefe était emmitouflé des pieds à la tête, sa large écharpe noire dissimulant jusqu'à son nez et son bonnet descendant jusqu'à ses oreilles, le tout surmonté de son casque, ne laissaient découvrir qu'une paire d'yeux brillants et une peau basanée par le soleil; même sa voix paraissait déformée et en faisait un être singulier, enveloppé de mystère...
Assez rapidement, nous conversons tout en progressant le long de lignes droites paraissant interminables et bordant les champs de cannes à sucre. Au bout d'un moment je demandai alors à cet énigmatique personnage:
- "Est-ce que tu as déjà pris ton petit déjeuner?"
- "Non", me répond-il.
- "Alors, partage donc un repas en ma compagnie et laisse-moi t'inviter."
- "Ça tombe bien, je connais un bon endroit près d'ici où la nourriture est bonne et économique. Chaque fois que je passe par ici, j'ai pour habitude d'y faire halte, allons-y!"
Il confiera à maintes reprises par la suite, lorsqu'il racontera notre histoire commune, que cette invitation soudaine a réveillé en lui un certain enthousiasme et que "se puso bueno" ("ça s'annonçait bien!").
Le dit restaurant se trouvant une fois passé Axochiapan, nous avons déjà parcouru une dizaine de kilomètres et avons fait un petit bout de chemin supplémentaire ensemble. À une courte distance de ce dernier se trouve un imposant ficus contre lequel j'appuie ma fidèle monture. Ceferino, quand à lui, se dévoile enfin.
Une fois attablés, je découvre un homme solide mais de petite taille, plus âgé qu'il n'y paraît, mains rugueuses synonyme d'une dure vie de labeur mais à la mine débonnaire et à la voix au timbre bienveillant. Nous faisons plus ample connaissance. 
Ceferino est ce que l'on appelle communément ici un albañil, c'est à dire un maçon, travaillant à son compte car appréciant par dessus tout sa liberté. Voilà 3 semaines qu'il n'a pas travaillé car un chauffard l'a renversé et a pris la fuite il y a quelques temps déjà, lui laissant des broches dans le bras et la jambe gauche. Sans assurance, il a quand même réussi à se faire soigner gratuitement grâce à quelques amis qui travaillent à l'hôpital et qui lui ont arrangé le coup. Il doit se rendre justement à Matamoros aujourd'hui et quand il apprend que mon chemin passe par là aussi, sans doute ravivé par un copieux repas et une bonne discussion, c'est tout naturellement qu'il me propose de faire route ensemble.
"patas gordas", comme l'appelle ses amis, est né à Matamoros mais a décidé de vivre dans l'état de Morelos: il s'est enfui de la maison de ses grands-parents alors qu'il n'avait encore que 7 ans, avec 5 pesos en poche dérobés à sa grand-mère parce que cette dernière les battait lui et sa soeur et ne leur donnait presque rien à manger...

Au cours de cette conversation, Ceferino eut lui aussi des questions me concernant: "D'où viens-tu?", "Où vas-tu?", "Ça fait longtemps que tu es parti?"... et puis vint le tour du fatidique "Pourquoi?", question sur laquelle il convient de se pencher un peu afin que vous compreniez bien ce qui m'anime aujourd'hui et qui me donne aussi l'occasion de compléter l'histoire là où je vous l'avais laissée 6 ans auparavant, une histoire d'une importance capitale puisqu'elle m'a fait évoluer et aussi parce qu'elle allait me marquer d'un sceau indélébile avec lequel je dois vivre désormais.
À cette longue et belle histoire de 6 années, je pourrais consacrer un volumineux roman tant il y aurait à dire, mais je préférerai ici la résumer en un simple mot: la "Diosidencia"; terme que ma belle famille a unanimement adopté pour parler des événements relatés dans les lignes qui vont suivre...
Cette histoire débuta à Guadalajara, la capitale de l'état de Jalisco en date du 6 novembre 2011. Un mois auparavant, je passais la frontière qui séparait les États-unis du Mexique, et il y avait déjà maintenant 20 jours que j'avais quitté la ville de Chihuahua (d'où j'avais rédigé ma dernière entrée dans ce journal de bord) et je roulais depuis 20 jours consécutifs maintenant. Depuis ce départ, j'avais déjà respectivement traversé les états de Chihuahua, Durango, Sinaloa, Nayarit puis Jalisco où je me trouvais maintenant. J'avais déjà plus de 1800 kilomètres supplémentaires au compteur et je faisais depuis peu route vers l'est après m'être dirigé vers le sud au cours des 3 mois précédents. La ville de Guadalajara est tentaculaire avec une population (agglomérations comprises) de plus de 7 millions d'habitants. C'est la ville la plus pieuse du pays, la deuxième en terme de poids dans l'économie juste après Mexico; les emplois du tertiaire dominant largement parmi la population active. La veille au soir, j'avais établi mon campement au seuil de la périphérie de la ville afin de pouvoir la parcourir sans encombres dans la journée; comme c'est mon habitude à l'approche des grandes métropoles de ce monde. Toutes les conditions étaient propices à une traversée relativement tranquille: je m'étais levé à l'aube pour pouvoir commencer à progresser aux premières lueurs du jour et ainsi bénéficier d'un faible trafic, et de surcroît nous étions dimanche. Je progressais donc à bonne allure depuis un peu plus de 2 heures déjà et je commençais à me rapprocher du centre ville, lorsqu'une voiture me doubla et se rangea un peu plus loin sur le bas côté: feux de détresse allumés, vitre qui se baisse, je comprends immédiatement que son chauffeur désire établir le dialogue, alors je m'arrête à la hauteur de ce dernier et commence par le saluer. S'en suit un court échange. Le conducteur, Luis Natera, est accompagné de sa femme Rosy et reviennent du marché d'Abastos. Luis me parle dans un anglais très approximatif, tout comme l'était mon espagnol de l'époque. Je lui fais comprendre que je suis un "peregrino" et profite de l'occasion pour m'assurer que je me dirige bien vers le centre, ce qu'il me confirme d'emblée, suite à quoi il me donna quelques indications pour me mettre sur le bon chemin, puis nous nous séparâmes... Mais à peine quelques minutes passèrent-elles que le même véhicule me passa une nouvelle fois... Mais que me veut-il cette fois-ci? Et bien, il est tout bonnement revenu me voir avec une attrayante proposition puisqu'elle se compose d'une bonne douche suivie d'un déjeuner. Ma dernière douche à l'eau chaude: je l'avais prise avant de quitter la ville de Chihuahua, et avec ma grosse barbe de 2 mois qui a grand besoin d'un petit taillage, la perspective d'une douche réparatrice et le tout suivi d'un bon repas: il n'en fallait même pas autant pour me convaincre et c'est avec un engouement tout particulier que j'acceptai leur aimable proposition et que nous commençâmes donc à nous diriger vers leur appartement.
Luis et Rosy vivaient à l'époque dans l'avenue San Uriel avec leurs 2 enfants, occupant un des deux appartements situés au dernier des 3 étages qui composent l'immeuble que le père de Rosy, ingénieur à la retraite, avait fait construire il y a des années. L'autre appartement de palier est occupé par Gabriela, la soeur cadette de Rosy qui y vit accompagnée de ses 2 enfants. Gaby étant diplômée en anglais, elle est rapidement conviée à nous rejoindre à partager le copieux petit déjeuner afin d'instaurer une bonne communication entre nous tous. Le temps de déjeuner, des traditionnelles premières questions, explications et les présentations faites, le soleil est déjà bien haut dans le ciel, et la ville est tellement grande que si je tarde plus, mes chances d'en sortir avant la tombée de la nuit vont s'amenuiser, commençai-je à penser. Aussi, quand ils me proposèrent de m'offrir le gîte pour la nuit, je dois bien avouer que cette petite préoccupation s'est aussitôt évanouie et puisque tout le rez de chaussée de l'immeuble qu'ils me font visiter était inutilisé mais meublé, et bien j'allais en plus pouvoir disposer d'un petit palace rien que pour moi, et pouvoir profiter d'un repos bien mérité.
C'est dans ces circonstances que ce jour-là j'ai rencontré ma Gaby, celle qui allait devenir ma femme par la suite, ainsi que Victor Hugo et Naomi, (qui avaient respectivement 10 et 7 ans lors de notre première rencontre), mes futurs beaux-enfants. Leur mère et moi sommes rapidement devenus inséparables et l'on peut vraiment dire que nous nous sommes trouvés tant on se correspondait et se complétait. Nous nous fréquentâmes pendant 4 ans et nous sommes mariés le 19 mars 2016 dans la petite chapelle de la Divina Providencia, le jour de la San Jose, Saint Patron des familles, dans un petit village de la Sierra del Tigre qui porte très bien son nom puisqu'il s'appelle La Manzanilla de la Paz (Paz signifie paix en espagnol). 
Le temps passa et en janvier 2017,  mon épouse m'annonce qu'elle est enceinte et je dois dire que cette nouvelle nous a tous comblée de joie dans la famille. Plus les mois passèrent et plus elle rayonnait, personne ne l'avait jamais vue si heureuse et tout allait bien au niveau de la santé alors nous nous sommes décidés pour un accouchement par voie naturelle, puisque c'était son souhait. Septembre arriva petit à petit et à mesure que l'échéance approcha, nous étions de plus en plus impatients d'enfin faire la connaissance de notre petite Amélie qui était déjà très aimée et très attendue par toute la famille. Elle me réveilla au beau milieu de la nuit du 28 septembre dernier aux alentours d'une heure et demie du matin et m'annonça que le bouchon venait de sauter, nous appelâmes par conséquent le docteur qui la suivait et qui nous donna rendez-vous à son cabinet, je la serrai dans mes bras et lui dit "Ça y est maman, nous allons enfin la connaître!". Nous explosions de bonheur. Au cabinet, elle perd les eaux, par conséquent nous nous dirigeons avec félicité mais calmement vers l'hôpital qui ne se trouve qu'à 10 minutes de là. En arrivant aux alentours de l'hôpital, il pleut des cordes subitement. Je m'en souviens très bien car nous assistions alors à ce qui fut la dernière pluie de 2017 et c'était un peu comme si le ciel lui même s'était mis à pleurer ce soir là, phénomène annonciateur de ce qui allait suivre... En écrire davantage me serait trop pénible mais ce que vous devez savoir, c'est que mon épouse et notre fille sont parties toutes deux ce jour-là vers l'autre Rive; un endroit dont le passage m'est encore fermé, mais aussi un lieu vers lequel nous nous dirigeons tous et où je les retrouverai bien un jour... 
Gaby était une femme tout à fait exceptionnelle et son grand départ m'a profondément bouleversé: toujours souriante, empathique, elle possédait cette Étincelle si particulière et si spéciale que j'ai perçu dès que j'eus posé mon premier regard sur elle et qui m'a irrésistiblement attirée, comme par un puissant aimant. Elle ne pouvait s'empêcher de témoigner son affection envers les gens qu'elle aimait facilement. Charitable, elle se promenait toujours avec de la monnaie dans son sac et me rappelle en permanence qu'il faut toujours partager ce que nous avons, même si ce n'est pas grand chose. Aussi bien amie avec un laveur de pare brise qu'avec un directeur de multinationale, elle ne faisait aucune différence quand il s'agissait d'aimer de belles personnes et avait toujours un petit mot aimable pour ces dernières. Elle me rappelle ainsi à chaque instant que la recette du bonheur c'est simplement d'aimer le monde et autrui, de donner autour de soi, chacun à sa manière et sans rien attendre en retour, et je ne parle pas ici seulement d'argent mais surtout  d'amour, de son temps, de compassion. La liste de ses qualités seraient encore longue à énumérer et j'adorais ma femme: c'était mon trésor le plus précieux et j'avais sans aucun regrets renoncé à mon ambition d'explorer le monde pour elle afin de la rendre heureuse, car elle était plus importante que mes  rêves et ces 6 années passées à ses côtés ont indéniablement contribué à faire de moi un homme meilleur que je ne l'étais avant de la connaître, et pour cela, je lui en serai à jamais reconnaissant. Quand à notre bien aimée Amélie, belle comme un ange, dont j'aurais tant aimé m'occuper et avec qui j'aurais désirer faire plus ample connaissance, je dois bien avouer que son départ aussi m'a profondément affecté car, ayant toujours eu le contact facile avec les enfants, je me réjouissais des futures joies que peuvent procurer la paternité et j'aurais fait je pense un excellent père. J'imagine que Gaby, qui est partie la première et qui me connaissait par coeur, lui a proposé dans un ultime geste d'Amour à mon égard, de l'accompagner au delà des méandres du Temps et de l'Espace infini afin d'une part d'être réunies et de faire ce voyage-là ensemble; une proposition qu'elle accepta, et d'autre part de me restituer une Liberté nouvelle... Et ce sont donc dans ces circonstances si particulières, avec foi en l'avenir et le coeur rempli de gratitude pour cet inestimable cadeau qui m'attendait ici que je décidai de décrocher mon vélo une fois encore et de reprendre ma route exactement là où je l'avais laissée.
Je pris la décision définitive de reprendre ma route juste après les fêtes de Noël, mais avant cela, je songeai qu'il serait bon pour moi d'effectuer un pèlerinage vers la petite chapelle dans laquelle nous nous sommes mariés et qui ne se trouve qu'à une centaine de kilomètres de la ville afin de raviver les précieux souvenirs de ce jour béni. Je parti en direction de cette dernière le 12 décembre au matin avec un billet de 500 pesos en poche (soit 25 euros environ) et tout mon équipement; annonçant à ma belle famille que d'ici 3 ou 4 jours, je serais probablement de retour. Le mercredi 13 en début d'après-midi, j'atteignis La Manzanilla et installai mon campement au bord du plan d'eau situé dans les hauteurs de ce paisible village de montagne qui a vu naître mon Luis, pour lequel j'ai une affection toute spéciale. Je m'étais d'ailleurs rendu en de nombreuses occasions et toujours en sa compagnie et c'était bien la première fois que j'y allais seul et par mes propres moyens. La chapelle est située à proximité du plan d'eau mais elle est fermée, pas de chance. Je me recueille tout de même un moment devant l'entrée puis retourne à mon campement avant la tombée de la nuit pour pouvoir y admirer la pluie d'étoiles filantes des Géminides, raison pour laquelle j'avais choisi ce moment précis pour mon petit séjour. Après tout, autant joindre l'utile à l'agréable comme le dit si bien l'adage populaire. 
Au jour suivant, le soleil ne s'était même pas encore levé et alors que j'avais déjà commencé à démonter ma tente, un promeneur solitaire que j'avais salué quelques minutes auparavant et s'en revenant de sa ronde matinale s'arrête à ma hauteur et engage la conversation:
 - "Tu as dormi là? ce n'est pas tout le monde qui est capable de camper en plein mois de décembre au plan d'eau tu sais, il y fait très froid." L'homme en question se nomme Humberto Avecedo, il est professeur en sciences économiques et sociales au lycée du village et il ajouta:
- "Si ça te dit, j'habite dans la rue Sierra Bonita, près d'ici au numéro 7. Passe donc prendre une petite collation!"
C'est typiquement le genre de chose qu'il ne faut pas me dire deux fois, nombre de mes grandes aventures ayant commencé comme cela et ne refusant jamais une charitable invitation (même si j'avais déjà mangé), je m'assurai de mémoriser l'adresse en question et acquiesça, le remerciant au passage pour sa proposition puis il continua son chemin et nous nous dîmes à plus tard.
La maison en question fut un jeu d'enfant à trouver, et une fois à l'intérieur, il me présenta sa petite famille: Son épouse Rita travaille elle aussi dans l'éducation et elle se dédie à former les adultes ayant abandonné leur cursus scolaire de bonne heure, ainsi que ses deux filles, Arlen qui est étudiante en photographie et Aislinn qui est encore à l'école primaire. Le courant passe bien entre nous et après leur avoir expliqué les raisons de ma présence ici et avoir parlé de choses et d'autres, ils ne tardèrent pas à me convier à passer toute la journée en leur compagnie au village magique de Tapalpa, à une heure et demie de voiture de la Manzanilla; Arlen y ayant une séance photo de programmée. Lorsque nous rebroussons chemin, la nuit est tombée depuis un moment déjà et pendant le trajet, Rita a les traits tirés, frisonne légèrement et se sent faible: venant de subir une chirurgie il y a peu, la précaution est de rigueur aussi, une fois de retour au village, nous effectuons une halte au cabinet de la docteure, une certaine Maribel me dit-on. Aislinn tient absolument à me présenter sa marraine Marisol, dentiste partageant le même cabinet que sa soeur jumelle. Je descends donc de voiture et les accompagne jusque la salle d'attente et tandis que Rita passe avec la docteure, je reste en compagnie des enfants. Marisol s'est absentée et les présentations devront attendre... Le temps passe lorsque Rita sort enfin de consultation accompagnée de Maribel qui souhaite faire ma connaissance, Rita lui ayant parlé de ce français et de l'histoire tragique qui a conduit ses pas jusqu'ici.

Il y a en ce bas monde bien des mystères et l'improbable mais néanmoins inévitable chaîne d'événements qui a conduit Maribel et moi même à pouvoir nous rencontrer ce soir là me fait dire que oui, il n'y a pas de hasard dans nos vies et que toute chose a sa raison d'être, que chaque événement qui nous arrive se passe pour une raison bien déterminée dont il nous appartient de révéler le sens profond, si nous le désirons. Ma belle mère Maria Teresa m'a écrit dans une très émouvante carte qu'elle m'a remise avant mon départ qu'elle pensait que Gaby me bénissait depuis là haut: je le pense aussi et l'espère car depuis mon nouveau départ, je n'ai jamais reçu autant de bénédictions. 
Maribel et sa soeur Marisol sont toutes deux célibataires. La quarantaine, très spirituelles, ce sont deux femmes remarquables et leur dévotion ne peut que susciter l'admiration. Elles ont toutes deux fait leurs études en médecine à Guadalajara, où elles ont vécu pendant plusieurs années et sont natives d'un petit village dont j'ai oublié le nom mais qui se trouve à environ une heure de voiture de La Manzanilla
Lorsqu'elles ont dû effectuer leur service social au sortir de leurs études, elles sont arrivées ici (il y a une quinzaine d'années environ) et elles y sont encore, personne dans le village ne voulant les voir partir. Elles partagent leur temps en jonglant entre leurs deux cabinets: l'un à Guadalajara et l'autre ici. Il faut savoir que l'offre et le niveau des soins est très faible dans les campagnes mexicaines, pays centralisé qui concentre les services de base dans les grandes villes uniquement et que c'est grâce à des personnes indispensables comme elles que ses habitants peuvent y vivre en paix, sans trop se préoccuper du comment faire pour accéder à une offre de soin de qualité. J'aime à penser d'ailleurs que des Maribels et des Marisols, il en existe dans chaque petit village.  
Quand Maribel m'aperçoit dans son cabinet, après nous être salués, elle me dit qu'elle me connaît... chose étrange parce que moi qui pensais que la nature m'avait doté d'une bonne mémoire, je n'arrivais pas du tout à voir où nous avions bien pu nous rencontrer avant ce soir. C'est alors qu'elle commence à m'expliquer  que le jour de l'accouchement de ma femme, elle était présente à l'hôpital parce qu'elle attendait que la salle d'opération se libère pour y mettre son patient. Elle était installée à son bureau dans un petit recoin qui se situait exactement en face de notre chambre dont la porte était restée entrouverte tout le temps et a assisté à tous les événements et toutes les allées et venues du docteur ainsi que des miens. Elle m'avait même passé un téléphone quand notamment je m'occupais de trouver une ambulance suffisamment équipée pour pouvoir recevoir Amélie qui avait besoin d'être transférée vers un autre établissement. Ce jour-là, j'étais si bouleversé et désemparé que je ne lui avais accordé aucune attention. Quand à elle, sachant tout de ma situation et me voyant si triste et surtout si seul, elle avait voulu se rapprocher de moi mais ne sachant pas vraiment que dire et ne me connaissant pas, elle ne s'y était pas aventurée. Elle me dit également que toute cette affaire l'ayant fortement émue, et ce à un tel point qu'elle s'est sentie mal une semaine durant, qu'elle avait parlé de moi et de mes mésaventures à quelques amis proches, amis que je rencontrerai pendant mon séjour ici.
L'heure est déjà bien avancée quand nous sortons du cabinet, et j'en sors pour ma part sonné par cette nouvelle Diosidencia qui vient de se produire devant mes yeux... En rentrant chez Humberto, il me fait une nouvelle proposition et me dit:
- "Écoute Julien, demain nous devons partir de bonne heure parce qu'Arlen a une autre séance photo de programmée loin d'ici à Vallarta où nous allons tous passer le weekend. Nous ne rentrerons que lundi tard dans la soirée mais nous te laissons les clés de la maison. Maribel est aussi professeure en biologie dans le même lycée que moi, et demain c'est justement la posada de l'école. Vas-y à ma place en sa compagnie puisque tu es toi même un Humberto."
J'acceptai cette offre très généreuse avec énormément de reconnaissance, surtout quand on pense que ce matin je ne les connaissais même pas et aussi parce qu'ils m'offraient sur un plateau une opportunité de continuer ma conversation avec Maribel, qui m'avait laissé comme un goût d'inachevé dans la bouche...
Le jour suivant, je retrouve Maribel en début d'après-midi. Elle est accompagnée par deux collègues et amies, Élisa et Fabiola, qui font parti des personnes qui avaient entendu parlé de mon histoire bien avant que je n'arrive ici. En chemin, Maribel me parle d'une conférence à laquelle elle a assisté il y a peu de temps et qui parlait entre autre de l'aigle. C'est un animal exceptionnel en tout point que je ne connaissais pas, à la symbolique puissante. Ce rapace a la longévité la plus longue de son espèce puisqu'il a une espérance de vie de 70 ans. Mais pour arriver à cet âge auquel seulement quelques élus peuvent prétendre, ils doivent au préalable survivre à un long et douloureux processus quand ils atteignent environ l'âge de 40 ans.
En effet, une fois arrivé à cet âge, son bec qui grandit continuellement au cours du temps est devenu trop crochu pour qu'il puisse s'alimenter convenablement. Ses serres, devenues trop longues, ont gagné en flexibilité et ne lui permettent plus d'assurer une prise suffisante et par conséquent rendent plus difficile l'action de capturer ses proies.
Enfin, ses plumes sont devenues trop grandes et trop lourdes et ne lui permettent plus de voler à son aise.
Face à autant de fardeaux, il n'a que 2 alternatives: mourir ou entamer une longue et douloureuse transformation. Pour ce faire, il trouve refuge vers la cime d'une montagne où il établira son nid, et doit commencer par frapper son bec contre la paroi rocheuse et ainsi se le détruire puis il attend...attend patiemment jusqu'à ce qu'enfin un autre se mette à pousser. Avec l'aide de ce dernier, il arrachera ensuite ses vieilles serres et une nouvelle fois doit patienter afin qu'elles croissent suffisamment pour lui permettre enfin de se débarrasser de son ultime fardeau et attend encore une fois que de nouvelles plumes apparaissent. Après cinq long mois d'épreuves et de douleurs, le temps est enfin venu de prendre un nouvel envol, débarrassé du poids du passé, libre enfin, il renaît...et je vous pose la question, sommes-nous si différents? Ne pouvons-nous pas nous aussi nous affranchir de nos fardeaux? sans amertume, sans regrets pour enfin à notre tour renaître tout comme lui?


Je ne repartirai finalement de La Manzanilla qu'à partir du mardi 19 soit une semaine après mon départ de Guadalajara, plus riche de nouvelles amitiés, d'expériences, mais aussi financièrement; Maribel m'ayant remis une enveloppe contenant 1500 pesos à l'intérieur. Mais, plus important encore, j'avais trouvé ici la paix de l''âme. Le jour suivant, j'atteignis Guadalajara en début d'après-midi afin d'y passer les fêtes de Noël en compagnie de toute ma belle famille que j'aime énormément. C'est grâce à Gaby encore une fois si je me sens ici aussi chez moi car quand je pris la décision de m'installer pour de bon dans cette ville, elle a su déployer toute son énergie afin de m'intégrer au sein du cercle familial dont certains avaient des doutes quand à mes intentions au départ. Se marier avec Gaby ce fut aussi se marier avec toute la belle et grande famille que nous formons, et aujourd'hui encore ils sont tous derrière moi, prient pour moi et me soutiennent tout comme ma famille et mes amis en France et de part le monde envers lesquels je tiens à réitérer ma plus profonde reconnaissance pour votre générosité et vos paroles réconfortantes à mon égard.

Les jours passèrent et le 26 décembre arriva rapidement... Je pris la route en direction de l'état de Michoacan, qui se situe de l'autre côté de la Sierra del Tigre, profitant de l'occasion pour revoir Maribel, Marisol, Eli, Fabiola ainsi que la famille d'Humberto  avant de continuer ma route passant par Mazamitla, où Ricardo (un ami de Maribel) qui tient un restaurant m'avait dit de passer le voir afin de pouvoir m'y restaurer; il m'offrit lui aussi une enveloppe contenant 1500 pesos. Les paysages agaveros commencèrent à se raréfier et laissèrent progressivement la place aux nombreux champs de maïs. Vous n'allez peut-être pas le croire mais chaque jour depuis mon départ, j'ai reçu un nombre incalculable de bienfaits, de don en argent ou de nourriture et ce à un tel point que je n'arrive même pas à dépenser le mien...Quand je m'arrête dans un restaurant pour commander un simple café, je ne compte plus les fois où l'on m'a apporté un plat abondant de nourriture ainsi que des provisions pour la route. Quand je m'arrête pour acheter quelques vivres, là encore on m'invite à manger et l'on me donne quelques billets. Quand je m'arrête dans les cyber pour maintenir mes proches informés, là aussi l'on m'offre le couvert et me glisse quelques billets dans la main. Et il y a aussi les nombreux passants rencontrés qui souvent vident leurs poches également afin de me venir en aide.
Ce sont pour toutes ces raisons que lorsque j'en ai l'occasion, je partage ma table avec mon prochain et c'est à partir d'une simple invitation à un modeste repas qu'une nouvelle histoire allait s'écrire en compagnie de Ceferino et de Gloria, sa soeur dont je vous avais parlé.




Lors de mon arrivée chez elle, Gloria est absente et sa belle fille Paloma nous reçoit en disant qu'il est préférable d'attendre en ce qui concerne la douche parce qu'elle pourrait s'énerver; ne laissant pas entrer n'importe qui chez elle. Je lui répondis que si c'était un problème, je pouvais sans aucun problème me passer de douche, cependant je ne puis m'empêcher de trouver tout cela un peu exagéré de prendre autant de précautions pour une si petite affaire.
Gloria ne tarda pas à faire son apparition, je me levai alors de la chaise où l'on m'avait invité à m'asseoir afin de saluer la maîtresse des lieux, puis nous parlons un petit moment et je fais la connaissance de ses petits enfants: Gloriacita, Samuel, Carlos, Edgar, Wendy et Montse ainsi que de ses enfants Jaime (le mari de Paloma) et Tonio. Tout ce beau monde vit sous son toit, répartis dans 3 chambres et le salon pour 10 personnes. Les enfants sont très curieux quand à ce français et son étrange vélo venu de loin les visiter et puisque c'est l'heure des devoirs et que je leur ai expliqué que j'étais professeur (pendant mes 6 années à Guadalajara), ils sollicitèrent mon aide et j'acceptai bien volontiers. Sans doute tout cela a-t-il beaucoup plu à Gloria car une fois les devoirs terminés, je ne tardai pas à recevoir son autorisation à me laver, accompagnée d'une invitation à rester parmi eux pour ce soir.
Une fois lavé, nous reprenons notre conversation là où nous l'avions laissée. Je lui racontai mon histoire et comment je suis arrivé ici puis elle commença à me conter la sienne, dont j'avais déjà eu quelques bribes par Cefe. Elle m'expliqua, les larmes aux yeux que sa mère est décédée également des suites de complications lors d'un accouchement et que son petit frère aussi n'avait pas survécu, rejoignant leur mère après avoir vécu 24 heures seulement. Je compris alors pourquoi Ceferino et elle-même étaient allés vivre chez leur grand-mère maternelle, la suite vous la connaissez: Cefe s'est échappé. Quand à Gloria, elle est restée ne pouvant se résoudre à abandonner leur père, qui buvait du matin au soir, ne pouvant même pas s'occuper de lui-même, il avait laissé ses propres enfants à ses beaux parents...Gloria a tenu bon puis en grandissant, elle est retournée vivre auprès de son père et s'est occupée de lui. Quand il est décédé à son tour, il lui a légué la maison dans laquelle tout ce beau monde vit maintenant. Cefe, de son côté, n'a jamais pu pardonner à son père de les avoir abandonné et aussi d'avoir vendu des terres qui étaient siennes et dont l'argent qu'il en a tiré est parti sans qu'il en voit un centime.
Gloria me dit alors que ma présence parmi eux est reçue comme une bénédiction et elle m'invita à rester aussi longtemps que je le souhaitais. les jours passèrent et après une semaine chez eux, j'ai pu me rendre compte des nombreux problèmes des environs et j'ai compris pourquoi, lors de mon arrivée, elle s'était montrée si méfiante.
L'état de Puebla est l'un des plus pauvres du Mexique, comme en témoigne l'état délabré de toutes les maisons dans lesquelles je suis rentré. Pas de mobiliers pour ainsi dire, pas de cuisine, sanitaires rudimentaires, on chauffe les casseroles d'eau et on se lave au seau. L'alcool est un sérieux problème; les paysans buvant tous du petit matin jusqu'au soir, c'est tristement ici la normalité et rares sont ceux qui ne touchent pas à la bouteille (1 pour 150 en moyenne m'a t-on dit). L'argent gagné par ces paysans très spéciaux et aussitôt dépensé en alcool et pour ne rien arranger, beaucoup de personnes possèdent des armes à feu et les morts par balles sont fréquents, la plupart des conflits se réglant ainsi. Il faut donc faire attention à ce qu'on dit pour ne pas créer de problèmes et ainsi ne pas réveiller une susceptibilité qui pourrait aller jusqu'à vous coûter la vie... Certaines femmes ont également sombré dans l'alcoolisme même si elles sont moins nombreuses que les hommes heureusement. Beaucoup de personnes ne savent pas lire ni écrire: Gloria a appris quand elle était déjà adulte mais a encore des difficultés en lecture et je soupçonne Cefe, qui choisit ses films à la couverture, de n'avoir jamais appris au vu de son passé. Tonio le fils de Gloria et qui me parle toujours en anglais alors que je maîtrise bien l'espagnol empeste l'alcool dès 8 heures du matin et ne fait rien d'autre que boire, il ne se donne même pas la peine de travailler, ce qui pourrait aider sa mère financièrement. Mais que voulez-vous, c'est ainsi que sont les choses au Mexique et on abandonne jamais sa famille.

Comme je vous l'ai dit auparavant, j'adore les enfants, ça a toujours été, et tous ceux qui me connaissent bien vous le diront également. Depuis le départ d'Amélie, c'est encore plus vrai: tous les enfants étant un peu les miens aussi désormais. Et bien quel exemple pour ces enfants qui, je le vois bien, se sont habitués à voir ce qui n'est pour eux que la normalité, le quotidien à présent. Je me suis pris d'affection pour chacun d'entre eux et je me fais beaucoup de soucis pour leur avenir, et ayant déjà dit à Gloria que je ne veux pas qu'ils terminent dans les champs ou dans la maçonnerie (où les problèmes sont similaires), je passe beaucoup de temps en leur compagnie. Souvent, ils demandent la permission de dormir dans ma chambre: j'en profite ainsi pour passer du temps de qualité avec eux et aussi pour les aider à faire leurs devoirs et leur rappelle l'importance de l'éducation, qui augmentera leur chance de gagner, je l'espère de tout coeur, leur ticket de sortie de cet environnement.
Voilà chers lecteurs, il ne me reste, avant de vous quitter, qu'à vous faire part de mes nouvelles résolutions ou de mon nouvel envol si vous me permettez l'expression. Car depuis que mon épouse et Amélie sont parties, j'ai pris la décision de prendre une vie sabbatique. Je ne me considère pas vraiment comme un "voyageur" mais plutôt comme un étudiant, un observateur du monde actuel dans lequel nous vivons et je continuerai à vous rendre compte de mes observations et réflexions aussi longtemps que je le pourrai. Je ne suis pas non plus un aventurier, bien qu'il semble qu'elle me cherche. Mais que voulez vous! nous venons tous au monde dans un but précis, et moi "j'ai été fabriqué" pour cela! Ainsi me revoilà, errant par monts et par vaux, de pays en pays, tel est mon chemin de vie, alors je vais l'embrasser pleinement et commencer par me diriger lentement vers la fin du continent en Patagonie.
Je terminerai cet article par un petit conte que Silviano m'a raconté aux alentours de la ville de Toluca: Il était une fois un homme qui était à la recherche de l'homme le plus sage du monde. Pour se faire, il voyagea pendant longtemps lorsque enfin un beau jour, il arriva dans le village où ce dernier résidait. Mais, ne sachant pas où il habitait, il commença donc par se diriger vers la plus grande et belle maison que ce village avait. Là, on lui confirma qu'il avait élu demeure dans ce village, mais on lui dit aussi qu'il habitait plus loin sur la route. Il continua donc vers le centre du village où il frappa à la porte d'une belle maison, mais qui n'était pas aussi grande que la première. Notre homme pensait bien que cette fois-ci c'était la bonne puisque après tout, il s'agissait quand même de l'homme le plus sage du monde! il n'en fut rien et on lui répondit que le sage habitait encore plus loin, sur la route. Il reprit donc encore une fois son chemin quand il vit une simple chaumière. Il frappa une nouvelle fois à la porte et encore une fois, on lui rétorqua qu'il habitait un peu plus loin par là. Il ne resta bientôt plus qu'une maison, si l'on peut encore l'appeler ainsi car c'était en fait une simple cabane en bois, très petite qui plus est. Notre homme frappa à la porte et enfin, le sage apparut et l'invita à rentrer. À l'intérieur, il n'y avait pour ainsi dire rien: une petite chaise, une petite table et une simple cuillère pour manger, et c'était tout. Notre homme lui demanda:
- "Mais, tu habites là?"
- "Oui, tu le vois bien" lui répondit le sage "Et toi où habites-tu?"continua t-il.
- "Moi, je voyageais pour te rencontrer et je suis seulement de passage, mais je suis très surpris de te trouver là puisque tu es l'homme le plus sage du monde.", ce à quoi le sage répondit:
- "Mais tu sais, de passage, nous le sommes tous..."
Quelques chiffres :
- À ce jour j'ai parcouru environ 2813 km au Mexique en 72 jours et 46 étapes, soit une moyenne de 61,2 km par étape.
- Le compteur total s'élève à environ 38731 km, en 768 jours et 463 étapes, soit une moyenne de 83,7 km par étape.
- 149 cols franchis au total.
- 6265 euros dépensés à ce jour, soit une moyenne d'environ 8,15 euros par jour.