dimanche 22 novembre 2009

L'Italie: Le pays où la solitude n'existe pas.


Mardi 27 Octobre. L'après midi est déjà bien avançé quand j'atteins la ville de Menton, où se situe l'ancien poste frontière. Juste avant de donner mes derniers coups de pédales en France, je me décide à faire une dernière pause très attentive, un au revoir symbolique au pays en somme.
Jusque là c'était facile chez moi! Dans quelques instants, "les compteurs vont être remis à 0" et il faudra tout réapprendre: nouvelle langue, nouveaux prix, nouveaux magasins, nouvelles habitudes... Dès que je rencontrerai une personne sachant parler français ou anglais, il faudra que je pense à lui demander de me traduire mon petit lexique "débrouille" (comprenant une trentaine de mots, ce dernier possède differentes rubriques: l'une pour s'orienter, une autre pour les formules de politesse, une autre encore pour les achats, et les chiffres bien sûr!) qui va s'enrichir au fil de mon séjour en Italie. En attendant tout est bon pour "se faire la main", panneaux publicitaires, affiches, enseignes de magasins, étiquettes...
Il faut également que je test les différents magasins histoire de repérer les produits d'un bon rapport quantité/qualité/prix.


Jeudi 29 Octobre. troisième jour en Italie. Je me suis tout de suite senti à mon aise dans ce pays où les gens ont le contact facile. Mon lexique n'est toujours pas établi et cela me frustre quelque peu dans mes discussions mais je sais bien que ça viendra alors en attendant je parle plus avec les mains (italia style). La côte est aussi touristique bien que moins agitée et tout comme en france les villes s'enchainent les unes après les autres: je campe donc à proximité des habitations.
En début d'après midi, alors que j'approche de Genova je rencontre en plein milieu d'un tunnel (qui sont nombreux en Italie) un cyclotouriste bulgare. Protocole informel oblige nous nous arrêtons pour bavarder un moment mais pas trop longtemps tout de même car l'endroit ne se prête pas aux longs discours... Lui va dans l'autre sens, vers l'Espagne. La cinquantaine, il est au moins aussi chargé que moi et pourtant il fait des étapes de 100 km par jour!! impressionnant. Je repenserai à lui un peu plus tard, lorsque piègé par les successions de villes je n'ai pas "senti" Genova arrivé. faisant l'essentiel de mes "bornes" dans la matinée, j'en ai au moins déjà 50 au compteur lorsque je me retrouve sur une nationale en 4 voies: plus moyen de faire demi-tour, je juge le coup trop risqué à cause du traffic trop important. Je me prépare donc mentalement à la traversée: Ce n'est pas trop grave!! il est encore tôt, je vais sans doute être "sur les rotules" ce soir mais si ce cyclo bulgare arrive à faire ses 100 km je peux le faire aussi, je l'ai déjà fait par le passé. Le point le plus important c'est la vigilance!! il faut rester concentrer à la fois sur les panneaux et sur la cirulation car des fois les camions frottent un peu trop comme on dit dans le jargon cycliste, et je n'aime pas du tout ça!!
Après 3 heures de traversé, je suis enfin sorti de cet enfer urbain. Juste à temps!! car le soleil ne va pas tarder à se coucher. En récompense pour cette dure journée, j'aurai droit à un superbe coucher de soleil "style carte postale " que bello!!!


Le lendemain, je décide de quitter la côte pour remonter vers le Nord-Est en direction de Piacenza. J'ai encore la journée d'hier à l'esprit, voilà plusieurs jours que les villes défilent: je ressens le besoin de me retrouver au calme et ont m'avaient dit vers Monaco "dans les montagnes, il n'y a personne!". Effectivement une fois dans l'ascension de mon premier passo (col) italien je retrouve des espaces vierges pour mon plus grand plaisir.



Dimanche 1er Novembre. Non loin de Piacenza. Alors que je fais sécher ma tente aux abords d'une station de lavage automobile, je rencontre Daniele le gérant des lieux. Il parle bien l'anglais et le français et m'aidera énormément: non seulement me voici désormais en possession de mon lexique mais en plus il va m'aider à établir un itinéraire intéressant à travers son pays. En effet je n'ai pas jugé bon de me munir de guides touristiques, préférant de loin me renseigner auprès des habitants eux-mêmes. Non seulement ça fait du poids en moins, mais plus important je trouve qu'une fois celui-ci en notre possession on en devient un peu trop "l'esclave". Je préfère ne rien savoir par avance et laisser les autres m'orienter.



Mardi 3 Novembre, vers 14 heures. Je me trouve à Reggio Emilia. Je n'ai plus grand chose à manger et j'attends tranquillement sur un parking que le magasin d'alimentation ouvre ses portes. J'ai de l'avance, alors en attendant je pars effectuer un repérage pour trouver un coin pour passer la nuit. A peine de retour sur le parking qu'une voiture s'arrête à ma hauteur. Le pilote se nomme Paolo Valcavi (à droite sur la photo ci-dessous), la cinquantaine et véritable "fou de vélo": alors quand il m'a vu avec tout mon équipement, ça a fait tilt!!


2 minutes après notre rencontre nous sommes déjà attablés au café du coin en pleine discussion. Ancien numéro 1 d'Italie en vtt, il m'invite ensuite à le suivre dans son atelier où il me montrera de magnifiques photos de son pèlerinage à Compostelle (à vélo bien entendu!!). Il est très curieux sur ma façon de voyager et posera de multiples questions et à chaque réponse j'aurai droit au "Bravo! Joulien Bravo!!!". Le lendemain matin je le retrouve au même café que la veille pour prendre la collazione qu'il a tenu à m'offrir. Lorsque je reprends la route il est environ 10 heures. Après une bonne quinzaine de kilomètres, je fais ma première pause de la journée sur un parking pour une nouvelle fois faire sécher ma tente... et encore une fois fantastique rencontre!!!


Gabriel O mar Galucci est né et a grandi en Argentine, pays qu'il a quitté avec ses frères quand il avait une vingtaine d'années. Il a désormais la quarantaine et habite lui aussi à Reggio Emilia. Il m'a seulement vu qu'il me tend une barre de nougat qu'il vient à peine d'acheter. Même pas 1 minute plus tard il me fera une très généreuse donation de 20 euros puis m'invite à son tour à prendre una collazione. Ce qu'il adore, c'est le Sahara. Il a déjà été en Grèce et me dit qu'en hiver ce pays est magnifique. Il me parlera également de l'Albanie qu'il trouve aussi superbe: je le crois sur parole donc je passerai par là pour me rendre en Grèce.
Avant de nous séparer il me donnera ses coordonnées en me disant de ne pas hésiter un instant à l'appeler si j'ai le moindre problème ou l'envie d'un toit pour la nuit, m'invitant même à faire demi-tour pour passer cette nuit chez lui. Je refuserai cette invitation en revanche lors de ma remontée pour passer de l'autre côté de l'Adriatique, c'est avec grand plaisir que je ferai une nouvelle fois halte à Reggio Emilia, le rendez-vous est déjà pris!!
Les jours suivant, la météo ne sera pas très bonne et pourtant je m'en moque encore plus que d'accoutumée et en mon for intérieur c'est un soleil radieux qui brille et Gabriel et Paolo en ont intensifié la flamme!!! Mille Grazie Gabriel!!! Tu m'as tout simplement sidéré par tant de générosité d'un seul coup et en si peu de temps. Toi aussi tu es un grand!!



Jeudi 5 Novembre. Je fais mon entrée en Toscana, région historique où l'on trouve des merveilles partout que ce soit entre les villes/villages (avec une nature absolument splendide) ou à l'intérieur (chaque village possédant toujours sa vieille ville). Tour à tour, je prendrai grand plaisir à déambuler dans les rues de Lucca, Pisa, San Gimignano, Siena, San Quirico d'Orcia et de nombreuses autres qui ne sont mêmes pas indiquées sur ma carte.
Ensuite je me dirigerai dans la région d'Umbria où je visiterai notamment Assisi mais cette région elle aussi regorge de splendeurs!!






Jeudi 19 Novembre. vers 14 heures. Je suis arrivé à Palma Campania ( où habite Santolo, ancien habitant de Cornimont), après avoir fait une visite "éclair" de Roma 2 jours plus tôt. En sa compagnie et celle de sa famille je passerai un séjour merveilleux où nous irons (Santolo et moi) faire une excursion à Napoli et où je découvrirai le quotidien de Palma Campania. A peine arrivé, je me mets en quête d'une cabine comme convenu avec Santolo afin de le prévenir que je suis là. Je me retrouve donc sur la Piazza (place) du village. La cabine est occupée par une jeune fille, le portable d'une main, le combiné de la cabine de l'autre. J'attends donc mon tour... La buona fortuna agit et je me fais aborder par la communauté du Bengladesh très présente ici. Finalement je n'appellerai Santolo qu'une demi-heure plus tard le temps de boire un petit café en leur compagnie!!! c'est également de leur locaux que je rédigerai le présent carnet, le boss des lieux mettant gratuitement un ordinateur à ma disposition.
Haa!!!! Palma Campania et ses rues grouillant de vie, avec ses bus où le chauffeur est dans une cabine isolé des autres (et oui il a grand besoin de ses 2 mains pour conduire!!! et sans cette habitacle le pilotage serait plus dangereux!!!) ; avec ses pizzerias où l'on commande au mètre!!! (imaginez la taille standart de la pizza chez nous mais allongez la quelque peu!!) j'adore!!
Je tiens à rendre hommage à toute la famiglia Cosenza de Palma pour le fantastique accueil et l'attention dont ils ont fait preuves à mon égard et la formidable disponibilité de Santolo qui m'a accompagné dans mes visites et expliqué quantités de choses sur son merveilleux pays. Mille Grazie!!! Je me suis senti chez moi ici et promis!! si je repasse un jour par ici, je ferai en sorte de venir au mois de février pour le célèbre et grandiose carnaval de Palma.




Italia tu m'as conquis !!! Avec tes rues étroites et vivantes, ton commerce de proximité toujours bien implanté, tout est fait ici pour faciliter le contact. Depuis mon entrée je n'y ai pas passé une seule journée sans reçevoir d'encouragements de ton peuple et je ne compte plus les pouces levés, les petites tapes amicales sur l'épaules et voeux de buona fortuna reçus tant ils sont nombreux!!
Non! Ici la solitude ça n'existe pas. Qui plus est, chose incroyable à chaque fois que j'ai besoin de quelque chose ou que j'ignore quelque chose je me retrouve "servi sur un plateau"!!
Par exemple alors que je suis à 1 journée de Napoli et donc de chez Santolo il faut que je trouve une cabine téléphonique pour le prévenir de mon arrivée imminente. En chemin je les essaye toutes mais soit elles sont dégradées, soit elles n'acceptent pas les pièces. Et hop !! comme par magie la buona fortuna fonctionne et lors de ma pause de midi on met sur ma route une personne qui se propose de me prêter son portable, refusant même que je paye la communication.
Ou encore alors que j'ignore le mauvais temps à venir, je me fais doubler par un couple de cyclo italien qui parle français. Au cours de la conversation, la femme commence à me parler de la météo alors que je n'y pensais même pas: "cette semaine ils n'annoncent pas du beau temps s'il pleut, arrêtez-vous!!". Le lendemain vers 12h effectivement il ne fait pas bon et il commence à pleuvoir mais pas trop fort par contre le ciel est complètement bouché. Je repense à ses paroles et décide de stopper pour aujourd'hui... Et bien à peine le campement installé qu'un orage éclate accompagné de fortes précipitations!!!!
Bref, c'est une véritable tempête d'encouragements qui s'est abattu sur moi et le peuple italien viens de me forger un moral d'acier en me confortant dans mon vagabondage, je ne suis pas prêt de m'arrêter!!!!


Quelques chiffres :

- A ce jour j'ai parcouru environ 1360 km en Italie en 22 jours et 18 étapes, soit une moyenne de 62 km par étape.
- Le compteur total s'élève à environ 2440 km, en 47 jours et 40 étapes, soit une moyenne de 61 km par étape.
- 14 cols franchis au total.
- 220 euros dépensés à ce jour, soit une moyenne d'environ 4,5 euros par jour.

vendredi 20 novembre 2009

Une excursion de toute beauté: Le Grand Canyon du Verdon.


Samedi 24 Octobre. J'ai déjà effectué une quarantaine de kilomètres depuis Villelaure et je viens de faire un petit ravitaillement que je range dans mes sacoches. Dans quelques kilomètres, je vais faire mon entrée dans les gorges...une vieille dame m'observe attentivement:
- "vous n'avez pas choisi la route la plus facile!!".
- "La plus facile je ne pense pas mais la plus belle sans doute!!!"
En fait, peu m'importe la difficulté, puisque j'ai tout mon temps. Si c'est dur je multiplie les pauses, voir je pousse le vélo si la pente est trop raide mais on y arrive toujours!



Je passerai 2 journées dans le Verdon et je crois bien que je n'ai jamais fait autant de pauses par jour tant de merveilles se laissaient découvrir derrière chaque nouveau virage. Le vélo est vraiment un moyen de locomotion formidable! Déjà c'est non polluant et ça ne consomme rien du tout (enfin rien... le pilote lui consomme !). Ensuite, la progression se fait à vitesse humaine et permet de profiter pleinement du spectacle offert. Enfin on ne se trouve pas enfermé dans un habitacle mais au contraire on reste toujours facilement accessible, ouvert aux autres. Bref c'est une manière formidable de voyager.



Dans le Verdon le spectacle est magistral. Je m'y sens privilegié par rapport aux pauvres automobilistes qui passent trop rapidement et qui ne peuvent s'arrêter pour profiter des vues offertes uniquement dans les quelques places amenagées mais qui sont bien trop rares a mon goût.



Lundi 26 Octobre. Il est environ 14h30 et je suis au sommet du col de Vence, porte de sortie du Verdon. J'aperçois la côte d'azur en contrebas, la vue est superbe mais une fois la descente accomplie elle l'est déjà moins: à peine sorti d'une ville pas de répit! on fait 10 mètres et on entre aussitôt dans une autre. je réussirai tout de même a trouvé un endroit propice pour poser la tente mais la recherche est plus longue que d'habitude et le coin infesté de moustiques. Je ne vais pas faire le difficile sur cette côte très touristique et fortement urbanisé c'est pas si mal!
et puis demain, cap sur l'Italie!!!!!

Kilomètres parourus en France:

Environ 1080 km en 22 jours et 18 étapes, soit une moyenne de 60 km par étape.
11 cols franchis au total.