dimanche 26 décembre 2010

Cap sur l'Afrique! : La route passe par le Portugal et l'Andalucía.

Dimanche 31 Octobre. Voilà 2 journées maintenant que je me trouve à Santiago. Pendant toute la durée de mon séjour, la pluie est tombée sans grandes interruptions ; Samuel m'avait "vanté" auparavant les mérites de ce mauvais temps quasi-légendaire qui règne sur la Galicia ; je m'estime donc heureux d'avoir pu au moins rejoindre la ville au sec! Maxime est parti ce matin, quant à moi je m'accorde une journée de repos supplémentaire en ayant en arrière pensée l'espoir d'un lendemain plus clément. Je dis en arrière pensée car aujourd'hui il faut que j'organise la suite de mon parcours, c'est à dire les 2-3 prochains jours qui vont suivre: Même si officiellement le pèlerinage peut prendre fin à Santiago, il est de tradition de poursuivre jusqu'à la "Fin de la Terre"(c'est à dire le Cabo Fisterra) et un petit tour à l'office du tourisme s'impose donc afin d'y récolter les cartes gratuites de la région nécessaire à mon entreprise. Hélas cette simple démarche va me prendre beaucoup plus de temps qu'initialement prévu car une course à pied a lieu aujourd'hui en plein centre ville et la circulation est très fortement perturbé: le flot de coureurs ininterrompu m'empêche de traverser la ruelle et je dois faire tout le tour du quartier pour me retrouver du côté voulu... Le reste de la journée sera consacré à mes habituelles déambulations.

Le lendemain, je suis debout à 7 heures. Il faut que mes lecteurs sachent que si j'ai le pied si matinal ce matin, c'est en grande partie à cause de la perspective d'un bon petit déjeuner dans un hôtel 5 étoiles qui offre les restes de ses repas aux 10 premiers pèlerins à venir se présenter le matin, le midi ou (et?) le soir. Le temps de plier bagages et de charger le vélo, j'arrive sur les lieux vers 8 heures et demi: ça va! il y a juste 2-3 personnes devant moi, ma place est assurée! Un parcours fléché guide les pèlerins dans une pièce qui nous est réservé non loin des cuisines. Café au lait bien chaud, marmelades, churros et autres viennoiseries en grande quantité, tout pour nous satisfaire, moi et mes 6 autres camarades de fortune! Après avoir fait bonne réserve et saluer mes compagnons, je poursuis ma route sur le Camino. Le ciel, bien que conservant ses allures menaçantes des jours précédents, reste indulgent aujourd'hui et c'est tant mieux car la route n'est pas facile du tout dans les parages! en effet les montées sont nombreuses, et à chaque fois qu'on descend c'est pour mieux remonter ensuite ; le profil d'étape que j'aime le moins... rajoutez-y de la pluie et un peu de vent par dessus et vous obtenez la recette type d'une rude journée de cyclotouriste!


Mardi 2 Novembre. La deuxième moitié du parcours était beaucoup plus facile et finalement j'atteins le Cabo Fisterra avant la fin de la matinée. Je me contente de faire une longue pause ici mais j'apprendrai plus tard par Samuel qu'il est de tradition de laisser ici une part de soi, en y brûlant symboliquement un objet (ce qui ne fait pas plaisir à tout le monde d'ailleurs, puisque les feux sont interdits aux abords du Cap). Sur le chemin du retour, je croise Olivier, rencontré à Santiago. C'est lui qui m'a refilé le tuyau des repas grand standing gratuit. Une dernière discussion en sa compagnie avant de poursuivre mon chemin qui va à présent me mener vers le Portugal, prochaine destination. Pour ce faire, plutôt que de me contenter d'emprunter le même itinéraire mais dans l'autre sens, je remonte vers le Nord-Est puis effectue une petite boucle afin de rejoindre un trajet bis menant à Padrón. Faisant toutefois route une bonne partie de la journée plein Sud, j'ai souvent l'Atlantique en vue et une nouvelle fois des paroles de Samuel me reviennent en mémoire: "dans ce sens les étapes seront faciles car sur la côte la plupart du temps le vent souffle du Nord vers le Sud." Avec son père routier dans l'âme et ayant environ 5 millions de kilomètres à son actif, Samuel a acquis tout un tas de connaissances sur la péninsule Ibérique et je n'en ai pas perdu une miette!



Au jeudi 4 Novembre, j'arrive au Portugal ne sachant toujours pas si je vais continuer à longer la côte ou à descendre tout droit par monts et par vaux. il y a des moments comme ça où je me décide au dernier moment, à la dernière bifurcation possible. Je regarde alors les 2 routes et choisi vraiment à la sensation. Ce jour là, la décision va être facilitée car arrivé à proximité de la fameuse bifurcation il y a un embouteillage et une épaisse fumée noire non loin de là. Je me mets donc à remonter la file de voiture pour voir la source du problème et j'y trouve une voiture en feu au milieu de la route... la police interdit à quiconque le passage et pendant ce temps les vitres explosent sous l'impact de la chaleur. "spectacle" impressionnant mais qui me décide à passer par les terres, où la circulation est libre.



Ponte de Lima, Braga, Porto, Coimbra... Les conditions météo sont optimales depuis ma sortie de Galicia et 3 journées me suffiront pour parcourir un peu plus de 310 kilomètres et me retrouver à une journée de vélo de chez Samuel qui m'a très gentiment invité à passer le voir une fois dans son Pays. Maxime, qui est parti devant, y est peut être déjà! Samuel m'avait dans les grandes lignes expliqué par où passer cependant la route qu'il m'a indiqué (la N1) contient de nombreuses portions interdites aux cyclistes et à l'approche de chaque ville c'est toujours le même schéma: obligé de passer par son centre et à partir de là trouver l'ancienne route qui poursuit le même but et me recaler ensuite sur la N1.

Au Dimanche 7 Novembre, vers 17 heures, j'arrive sur Alcobaça, la ville où Samuel réside. Encore une journée facile avec plus de 100 km au compteur mais le temps est en train de changer, je ne suis donc pas fâché d'arriver avant la pluie. Maxime est également arrivé d'aujourd'hui, lui est passé par la côte et à fait une halte à Porto, ce qui explique qu'il arrive le même jour que moi. Quant à Samuel il est bel et bien arrivé comme il le souhaitait chez lui pour la Toussaint mais au prix d'un grand effort, sa dernière étape avoisinant les 240 km, il ne faisait halte que pour s'alimenter!! une vraie machine! A peine installé que Samuel nous convie Maxime et moi au dîner familial du Dimanche soir, une tradition. Au total nous sommes une dizaine autour de la table et seul manque à l'appel Margarita (la jeune soeur de Samuel), ainsi que son père qui ne rentre qu'une fois ou deux dans l'année. J'apprends au cours de la soirée que Samuel est un ancien routier et que son frère Miguel l'est encore.


Le lendemain voit l'arrivé chez Samuel d'un couple de cyclotouristes en voyage en Europe depuis 4 mois. Durant cette période, Adrien et Sophie (originaire de Belgique) ont entre autres traversé l'Italie, la Croatie, la France, l'Espagne...pour finalement arrivé à rencontrer notre hôte dans la campagne portugaise. L'appartement de Samuel se voit donc transformer en véritable camp de base pour cyclotouristes! Accompagné de Magda, une amie de Samuel, nous partirons tous ensemble sur Lisboa, excursion au cours de laquelle nous découvrirons les lieux de l'ancienne exposition universelle ainsi que le mosteiro dos Jéronimos, où se trouve le tombeau de Vasco da Gama. Avant de rejoindre Alcobaça, nous ferons également une ultime halte dans la plus vieille pâtisserie de la ville, pour le plus grand plaisir de nos papilles!



Au total je vais passer 1 semaine chez mon ami Samuel, j'avais prévu de partir après 3 ou 4 jours mais Maxime est entretemps tombé malade et Samuel m'a demandé de rester le temps qu'il guérisse. Nous avons donc eu au cours de cette période tout le loisir de sillonner les alentours d'Alcobaça, des plages sauvages à proximité de S. Martinho à Nazare (lieu de naissance de Samuel), tout en passant par les sanctuaires de Cós, de Batalhia et de Fatima... Le hasard des dates veux aussi que mon séjour chez Samuel coïncide avec ce qu'ils appellent ici "l'été de San Martinho": En cette occasion a lieu la fête du Magusto: ce jour là partout au Portugal on boit le premier vin tiré et on y déguste les marrons, tout y est gratuit et pendant que Maxime (trop fatigué pour nous accompagner ce jour là) récupère, Samuel et moi participons aux festivités données en l'honneur du troisième âge. Je ne vois pas la semaine passé tant il y a de choses différentes à visiter dans les environs et je suis véritablement conquis par cette région très intéressante et très riche culturellement. D'autant plus qu'accompagné de Samuel, toutes ces visites fourmillent de détails historiques, culturelles... Au cours de l'une d'elle, dans le monastère de Cós, nous avons même le privilège d'accéder à une pièce habituellement fermé au public. A l'intérieur, l'on y découvre une petite porte au dessus de laquelle sont gravés dans la pierre les 3 attributs du pèlerins (à savoir la calebasse, le bâton et la coquille). La gardienne des lieux nous fait savoir que les pèlerins portugais de retour dans le Pays devaient dans le temps franchir cette porte pour que le pèlerinage prenne fin, nous nous prêterons donc nous aussi à cette pratique.

Voilà pour l'emploi du temps durant la journée. Pour ce qui est des soirées, Samuel a plus d'une corde à son arc et figurez-vous que c'est un passionné d'astronomie et qu'il possède même 2 télescopes!! En tant qu'observateur assidu, il connait bien la carte du ciel que l'on a sous les yeux depuis Alcobaça et nous passerons une soirée magique à observer tour à tour la Lune dans son premier quartier ainsi que Jupiter avant de passer sur Orion (en nous attardant plus particulièrement sur Bételgeuse et Rigel) pour finalement basculer sur les Pléiades. Moi qui ai toujours été attiré par l'observation astronomique, cette soirée là j'ai été comblé! Sinon nous sortons beaucoup et fréquentons les cafés, discutons tard... En moyenne nous ne serons jamais couché avant 2 heures du matin, horaire bien loin de mes habitudes nomades!


Lundi 15 Novembre. Cette fois Maxime est totalement remis et nous prenons congés de Samuel afin de poursuivre ensemble notre route vers le Sud. En chemin nous traversons Obidos ("le San Gimignano portugais" comme me l'a peint Samuel), Peniche, Cintra pour finalement nous retrouver au Cabo da Roca, le point le plus à l'Ouest de l'Europe. le coin est magnifique, aussi nous nous attardons quelque peu sur les lieux, mais le vent, trop furieux par ici, en fait un mauvais coin pour une pause déjeuner...


Jeudi 18 Novembre. Maxime et moi nous séparons de nouveau aujourd'hui à hauteur de Setúbal, mais cette fois de manière définitive. En effet Maxime à une idée plus ou moins "arrêté" de son itinéraire et il préfère donc continuer le long de la côte tandis que moi j'ai plutôt envie maintenant de voir l'Andalucía et notamment la Sierra Nevada et donc je dois m'orienter vers le Sud-Est à présent. Nous nous souhaitons mutuellement une bonne suite de voyage et échangeons quelques dernières paroles avant de prendre des chemins différents. Une fois plus engagé dans les terres, les villes et villages commencent à s'espacer un peu plus les uns des autres. Cette remarque est encore plus flagrante lorsqu'au 20 Novembre je repasse en Espagne: en moyenne je dirais qu'on traverse un village tout les 15-20 km. Le paysage a bien changé par rapport aux jours précédents et les nombreux pins et eucalyptus longeant la route cèdent peu à peu leurs places face à l'olivier et à un terrain plus rocailleux. Au niveau des températures en revanche il fait bon, et je suis bien loin des conditions difficiles rencontrées au cours de l'hiver dernier!

A partir du 23 novembre, le temps va cependant se gâter et je vais devoir gérer 10 jours de pluies, 10 journées pendant lesquels il aura fait "beau" au maximum une trentaine d'heures au total. Aussi je ne parcours qu'une quarantaine de kilomètres chaque jour pour tenter de conserver le plus possible mes habits au sec pour le lendemain. La tâche n'est pas évidente car entre les villages il n'y a pas un abri de bus pour se protéger et je dois donc tenter de lire dans les intentions du ciel afin d'éviter de rouler sous le plus gros. Heureusement avec le temps je découvre que nombres des immenses champs d'oliviers disposent souvent de petites "maisons" aménagées en différents points pour y loger un tracteur ou des outils... Beaucoup d'entre elles sont désertes et je vais m'en faire des refuges plus d'une fois! J'arrive en Andalucía par la route de Zafra, Llerena, Fuente Obejuna. Córdoba est dépassée en date du 26 Novembre, la route commence à s'élever petit à petit...


Le 29 Novembre j'entre dans Granada situé au pied de la Sierra Nevada. Une nouvelle fois je me dirige vers l'office du tourisme quand je suis abordé par Nestor, 28 ans et ses 2 amis en vacance chez lui. Nestor aime les voyages et les voyageurs et je me retrouve vite convié à boire quelques bières en leur compagnie. Là, Nestor m'explique qu'il est étudiant mais qu'en même temps il travaille comme réceptionniste d'hôtel et il a par conséquence une bonne connaissance de la région. il me propose de visiter la ville avec eux et ainsi nous partons dans le quartier des gypsy, où les maisons sont des caves aménagées! Nestor me dit qu'en face, sur l'autre montagne, il y a de nombreuses grottes dans lesquelles je pourrai passer la nuit et c'est tant mieux car la nuit pointe le bout de son nez justement et je n'aime pas rouler de nuit. Hélas je ne trouverai jamais la petite route menant à ces grottes mais parviendrai tout de même à dénicher un petit coin tranquille et assez discret bien que proche du centre ville... La première partie de la nuit se passe bien jusqu'à ce qu'un policier vienne me déloger... Je joue bien sûr toutes mes cartes avant de me résigner à tout remballer mais ce policier là est inflexible et ne veux rien entendre malgré la tranquillité du coin...Je prends la chose avec beaucoup de philosophie: des cas comme ceux-là arrivent bien sûr mais c'est tellement rare! D'ailleurs depuis que je sillonne l'Europe, c'est bien la première fois qu'on me dit catégoriquement de décamper. le temps de tout remonter sur le vélo et de trouver un nouvel emplacement, je ne me rendors pas avant 1h30 environ.



Il neige ces jours-ci sur les cimes de La Sierra Nevada aussi je décide de m'orienter à présent vers Málaga via un itinéraire que Nestor m'a concocté. Ce dernier suit le Sud-Ouest et passe successivement par Gabia, V.Huelma, Agrón, Alhama de Granada... je gagne sans cesse de l'altitude mais dans l'ensemble ça se fait de manière très progressive et au final je n'ai pas trop d'idées réelles de cette dernière. Ce n'est qu'une fois arrivé sur Ventas de Zafarrayas, porte de sortie majestueuse de la Sierra que je me rends compte de mon altitude: j'ai la méditerranée en vue alors que je me trouve à 35-40 kilomètres de ses côtes environ. Le lendemain, vendredi 3 décembre, je traverse Málaga. Cette grande ville à l'activité portuaire très ancienne est très étendue et la traversée semble interminable... Entré au matin dans la ville je n'en sortirai qu'en début de soirée et encore! en changeant mes intentions qui était originellement de longer la côte. Mais celle-ci étant trop peuplé et n'offrant pas grandes distractions pour les yeux, finalement je me décide à rejoindre la Sierra de Las Nieves: à peine descendu d'une Sierra que j'en trouve une autre sur ma route! Ha! la montagne quand ça vous gagne!

Samedi 4 décembre. Je me suis déjà éloigné d'une vingtaine de kilomètres de la banlieue de Málaga et j'ai déjà dépassé la petite ville de Coín depuis quelques kilomètres seulement lorsque un bruit suspect attire mon attention quand je freine. Je m'arrête aussitôt pour inspecter le vélo et j'ai la désagréable surprise de constater que ma jante arrière est fendue sur environ 1,5-2cm...Impossible de continuer à rouler dans ces conditions. Heureusement j'avais aperçu en passant dans Coín une boutique vélo, quelle chance! sinon j'étais obligé de prendre le bus. En revanche aujourd'hui nous sommes Samedi et je ne pourrai rien faire avant Lundi... Je ne sais vraiment pas ce qui a pu provoquer cette casse après seulement 4000 km! certes j'ai sollicité plus que de coutume mon yéti sur les caminos espagnols mais de là à avoir ce problème si tôt, je ne peux m'empêcher de mettre cet incident sur le compte d'une jante de qualité moindre que ma marque fétiche. Pas grand chose à faire dans cette ville à part attendre Lundi, aussi pour m'occuper je pars me balader quand je tombe nez à nez avec un cyclo anglais. Ce dernier m'apprends que Lundi je ne pourrai pas non plus réparer ma monture, le 6 décembre est jour férié national en Espagne...



Mardi 7 décembre. Tout s'est bien passé et je peux à nouveau poursuivre dans de bonnes conditions. Le temps de la réparation, je ne quitte toutefois Coín qu'aux alentours d'11h30. Au moins avec ce repos forcé, je suis en pleine forme pour la suite du parcours et c'est tant mieux car cette Sierra de Las Nieves, bien que beaucoup moins étendue que sa soeur du Nevada, est beaucoup plus difficile à gravir, d'autant plus que le vent est de la partie. En revanche au niveau des paysages, je ne suis pas fâché d'avoir décidé de traverser les environs, tout y est splendide, je suis à 100% conquis! Il me faudra 3 étapes pour parcourir d'Est en Ouest la Sierra et j'en ressors au niveau de Gaucín après avoir enchaîné 4 cols assez long. Au Jeudi 9 décembre, j'entame mes ultimes kilomètres en Europe. La veille, J'ai établi mon campement après une longue descente à une vingtaine de kilomètres d'Algeciras histoire d'y arriver assez tôt pour accoster sur le continent africain à une heure raisonnable. Il est 10h30 environ quand tout est arrangé pour la traversée. Pour des raisons budgétaire, je vais finalement accosté à Ceuta (ou Sebta comme l'appelle les marocains). Ma première intention était de débarquer à Tanger mais la traversée coûte 2 fois plus cher et me convainc de changer d'avis.

Au passage, je constate l'importance stratégique et commerciale de cette zone où divers pays ont leur "pied-à-terre" autour du détroit: ainsi Gibraltar fait parti du territoire anglais, quant à Ceuta, sur la côte africaine, c'est une ville espagnole! Une fois le détroit franchi, il faut donc que je parcours encore 3 petits kilomètres avant de passer la frontière. Arrivé devant c'est un grand changement! C'est plein de monde! En 1 année je suis passé par quelques postes frontières mais il n'y avait jamais foule! Ici en revanche c'est impressionnant! Je ne suis pas encore sorti du territoire espagnol qu'un marocain m'invite déjà à me ranger sur le bas côté afin d'y remplir le formulaire d'entrée... un peu tôt pour ça! Au final, les formalités ne seront pas trop longues du côté marocain: en une demi-heure, tout est réglé.



Et voilà! premiers tour de roues en Afrique! Pour le début je décide de longer la côte jusque la ville de Tetouan, une portion facile d'une quarantaine de km que j'accomplis la journée même. Ensuite, je bifurque sur la N2 afin de rallier Chefchaouen ce qui va me conduire à traverser le Rif. Pas de doute c'est un autre monde ici! il y a du monde partout et même sur les petites routes on rencontre toujours de nombreux piétons, bergers et troupeaux, les ânes, les chevaux... Les enfants, tout excité par la vue du touriste, m'appelle quasiment toujours "Un stylo! Un stylo! donne moi un stylo!" Si je devais répondre à chaque requête je donnerais facilement une cinquantaine de stylo par jour!


Ayant déjà traversé la Tunisie et l'Egypte à vélo, voilà longtemps que je parle suffisamment d'arabe pour me débrouiller n'importe où ici, et quand Amin m'invite à boire le thé en cette matinée du 10 décembre, bien qu'il ne parle pas français, le dialogue avec lui me permet de remettre en place tout ce vocabulaire assez rapidement. Le Rif marocain se révèle assez physique à traverser, le vent toujours présent à ces hauteurs freinant ma progression. Et il y a aussi les nombreux camions, qui peinent à monter eux aussi et dont j'ai tout le loisir "d'apprécier" à leur juste valeur les émanations provenant des échappements. Il va falloir que je m'y habitue!

Samedi 11 décembre. Depuis hier après-midi mon vélo produit un nouveau bruit suspect au niveau des pédales. Je crois bien que les roulements sont pas loin d'être mort mais cette fois ci je comprends mieux car après presque 17 000 km parcouru, ils doivent être bien usés! Aussi, arrivé en vue de Ouazzane je me mets en quête d'une boutique vélo. Dans cette dernière, je suis accueilli par Mustafa, le président du club cycliste de la ville. Après un bon thé il me propose, si je le souhaite, de venir me reposer chez lui, offre que j'accepte avec grand plaisir. Mustafa a une grande passion pour le cyclisme, passion qu'il a surtout transmis à sa fille de 14 ans, qui est dans les meilleurs féminine du Pays. Il m'explique qu'ici le cyclisme est un sport vedette car le Maroc gagne la grande majorité des compétitions du Continent, et même qu'il commence à se montrer sur la scène internationale, notamment en étant la première nation africaine à être présente au championnat du monde sur route depuis cette année. Après cette peinture de la situation de ce sport au Maroc, Mustafa me conseille pour ma route à suivre: Fes, Ifrane, Khénifra et enfin Beni-Mellal, voilà l'itinéraire pour rejoindre Marrakesh établi.



Le lendemain vers la mi-journée je quitte Mustafa et sa famille pour prendre la route de Fes. Le Rif est désormais derrière moi et je retrouve un peu de plat. En chemin, un paysan en train de labourer son champ m'invite à le rejoindre pour partager son repas, je suis déjà conquis par la franche camaraderie de ce peuple qui me fait un si bon accueil! Au mardi 14 décembre, j'atteins la ville de Fes. Tout le long de mon parcours il a plu par intermittence, c'est comme ça qu'il pleut ici m'a dit Mustafa: une petite heure au maximum par-ci par-là. Arrivé à Fes, incontournable visite de sa médina, absolument immense! j'ai du mal à circuler avec mon vélo dans les petites ruelles. Après une visite de quelques heures, je reprends ma route en direction cette fois du Moyen-Atlas. Ici c'est un coin très froid (enfin... pour le marocain! car pour moi 10° à 1700 mètres d'altitude, c'est du tout bon!) et la végétation est composé par de multiples forêts de cèdres, qui gagnent en importance à mesure que je gagne de l'altitude.

Au Mercredi 15 décembre, j'arrive sur Ifrane vers la mi-journée. Je suis très surpris! Mustafa m'avait dit qu'Ifrane était nommée "la Suisse du Maroc". En voyant les forêts gagner de l'importance, ça me suffisait comme raison et je ne m'attendais sûrement pas à d'autres causes mais quand j'ai vu de mes propres yeux l'architecture des maisons! c'est comme chez nous! ça m'a vraiment fait un choc et je suis vite reparti de cette ville qui ne représente pour moi aucun intérêt (en plus tout y est beaucoup plus cher qu'ailleurs, même pas possible de me ravitailler ici!).



Heureusement cette urbanisme à l'européenne ne se trouve qu'à Ifrane. Le village d'avant était dans un style marocain classique (généralement presque toutes les maisons possèdent une fois la porte d'entrée passée une cour intérieure) et celui d'après aussi! Ma route continue à travers le Moyen-Atlas et m'emmène vers Khénifra. En chemin, une petite ville sans trop d'importance sur ma carte: M'rirt. Je dis sur ma carte car à peine arrivé en périphérie de la ville qu'à l'horizon je distingue un nombre impressionnant de tentes dressées tandis qu'au premier plan, sur une place, sont disposés sur le sol tout un tas de petites "échoppes" vendant des pièces détachées déposées sur un bout de tissu. La foule est compacte et comme la route que je dois emprunter est en travaux, la progression est laborieuse car je me vois dans l'obligation de passer par le souk. La progression est laborieuse certes! mais en échange j'ai droit à une ambiance exceptionnelle! ha! le Souk de M'rirt c'est quelque chose!


Lundi 20 décembre. Je me trouve à présent aux alentours de Beni-Mellal. Encore une journée de vélo et je devrais pouvoir sortir de l'Atlas. Je fais ma première pause quelque kilomètres seulement après avoir débuté ma journée de cyclotouriste. Effectivement, la faim s'est fait tellement sentir la veille au soir que je ne me suis rien laissé pour la collation du matin! Aussi, l'oeil aux aguets je m'arrête à la première échoppe en vue. Je fais quelques emplettes mais au lieu d'entamer aussitôt mon nouveau stock de nourriture, on m'invite très gentiment une fois encore à partager le petit déjeuner familial qui a lieu dans le moulin à huile juste à côté. Une occasion pour moi de voir comment ils procèdent pour extraire cette huile si délicieuse! (le petit déjeuner à la campagne c'est tout simplement du pain que l'on trempe au choix soit dans de l'huile d'olive pure soit dans le miel, accompagné du petit kawa qui va bien ou du thé.) L'extraction de l'huile se fait à l'aide d'une grosse presse que l'on actionne manuellement. Après avoir broyé les olives à l'aide du moulin, on place le résidu obtenu dans des sacs que l'on disposent sous la presse et voilà! le tour est joué! A noter que 2 passages dans la presse sont nécessaire pour récolter toute l'huile. Avec les déchets, on fait tout un tas de choses: on s'en sert comme combustible, on le donne aux bêtes on s'en sert aussi comme engrais... Il m'en aura appris des choses ce petit-déjeuner!


Le lendemain, aux alentours de Beni-Mellal, vers 15 heures je monte déjà le campement. Je pourrais encore facilement rouler 2 heures de plus et je ne suis pas fatigué de ma journée ayant seulement parcouru 45 kilomètres pour la journée mais je ne presse pas trop pour arriver à Marrakesh car j'y ai rendez-vous avec Remi (ami d'enfance de Cornimont) et sa femme Alice au 29 décembre seulement, ce qui me laisse un bon délai pour parcourir les 200 km restant. Comme j'ai du temps avant que le soleil ne se couche je commence à nettoyer la transmission de mon yéti. Je me suis trouvé un petit coin tranquille aux abords d'un champ d'oliviers, et pendant que je nettoie ma monture, un promeneur à vélo passe accompagné de son chien et m'aperçoit alors que j'ai le dos tourné. Plus tard, Le père du promeneur, Ahmed, décide d'aller à la rencontre de cet étranger ayant investi son champ. Cette rencontre avec Ahmed est mon meilleur souvenir du Maroc. Quand je me rend compte de sa présence, je le salue aussitôt de la main et commence à me diriger vers lui. Ahmed m'invite alors à faire un petit tour: d'instinct je me sens en grande confiance en sa compagnie, cet homme respire la sincérité . En fait nous n'irons pas bien loin, juste une centaine de mètre après mon campement il a un petit jardin de l'autre côté du chemin, et comme il commence la récolte et comme je n'ai rien de mieux à faire, je me mets tout naturellement à l'aider.


Après la récolte et avoir lavé tout les légumes, nous nous asseyons sur les branches d'un olivier et parlons. Ahmed me propose de passer la nuit chez lui, comment refusé? impossible!! Je vais passer une soirée merveilleuse chez lui, entouré par ces anciens qui nous font toujours regretter de ne pas parler assez la langue du pays tant ils aiment causer! et aussi par ces jeunes à l'humeur rieuse qui vont et viennent à leur guise. Ahmed bien que très pauvre (dans la pièce principal à vivre, les agglos sont simplement montés et l'on a juste disposé sur le sol des peaux de moutons et des coussins) fait parti de ces gens qui partagent tout: comme il dit "tout le monde est égal". Pendant la nuit, le vent hurle et quand ce n'est pas le vent qui souffle, c'est la pluie qui s'abat avec force. Au lendemain la situation est resté inchangée et Ahmed me propose de passer la journée chez lui, "c'est trop difficile de rouler avec ce vent, reste!". Au cours de cette journée, Ahmed me fait visiter tout le système qui alimente l'intégralité des villages du coin en eau: des kilomètres et des kilomètres de conduits qui s'étendent à perte de vue jusque dans la vallée en face. Impressionnant!


Le lendemain, le temps est de retour à la normale aussi je remercie du fond du coeur Ahmed et sa famille pour l'accueil royal qu'ils m'ont accordé. Pour la route il m'offre même des provisions: un stock de cette fameuse huile d'olive, du pain fraîchement confectionné par sa fille Donia ainsi qu'un gros bocal d'olives, tous des produits de grandes qualité car ici, au Maroc, on ne pratique pas l'agriculture intensive et j'ai eu tout le loisir de le constater au cours de ma traversée. Ici on travaille la terre selon l'ancienne tradition: on laboure quasiment partout grâce à la charrue et aux ânes ou chevaux, les récoltes se font elles aussi manuellement. Quant aux troupeaux de moutons et de chèvres, ils évoluent partout en toute liberté, le berger passant sa journée à les promener d'un coin à un autre. De même de simples produits comme du pain par exemple peut se garder sans problème une semaine, il sera toujours bon à manger.


Rejoindre Marrakesh en sortant de chez Ahmed n'est plus qu'une simple formalité, et 3 étapes suffiront à cette tâche, J'arrive donc à destination le samedi 25 décembre et si j'ai choisi d'arriver si tôt c'est en grande partie pour prendre une bonne période de repos pour recharger à fond les batteries car pour la suite, la frontière avec l'Algérie étant fermé, je n'ai qu'une option pour continuer mon voyage, et il se trouve que désormais, le Sahara est sur mon chemin...

Quelques chiffres :
- A ce jour j'ai parcouru environ 1078 km en Espagne (soit un total de 1881 km pour ce pays) en 21 jours et 15 étapes, 833 km au Portugal en 16 jours et 10 étapes, et 861 km au Maroc en 17 jours et 14 étapes, soit une moyenne de 71,1 km par étape.
- Le compteur total s'élève à environ 17275 km, en 405 jours et 262 étapes, soit une moyenne de 65,9 km par étape.
- 94 cols franchis au total.
- 2544 euros dépensés à ce jour, soit une moyenne d'environ 6,2 euros par jour.