lundi 4 janvier 2010

Aventure dans les Balkans : Du froid hivernal et de la chaleur humaine.


Samedi 12 Décembre en fin d'après-midi, je franchis la frontière slovène avec l'intention de parcourir le pays "en long en large et en travers" car il est dans son ensemble à peu de chose près aussi grand que la Lorraine!! Après quelques kilomètres parcouru, mes premières impressions sont bonnes, on se sent tout de suite au calme ici. La densité de la population est beaucoup plus faible qu'en Italie! pour camper ç'est royal: des 2 côtés de la route il y a de belles forêts. Le lendemain matin après une quinzaine de kilomètres parcouru 2 personnes sont en pleine discussion aux abords d'une station service (à Sempas) et me font de grands saluts. je leur rend leur salut enthousiaste et une fois dépassé ils m'appellent: allez!! faisons demi-tour!!.


"Mais qu'est ce que tu fais là!! à vélo et en hiver!!! crazy french guy!" Simon et Robert sont routiers et demain Simon fêtera sa trente neuvième année mais comme il travaille ce jour là, il a donné rendez-vous à tous ses amis à la station service du coin pour boire un coup en cette occasion (les stations services font aussi épicerie/bar/bureau de tabac). Simon parle anglais et me propose de me joindre à eux. il m'explique que dans quelques kilomètres les choses vont se compliquer pour moi car dans cette partie du globe, souffle par endroits un des vents les plus forts d'Europe: ils l'appellent Bura dont les rafales records enregistrées avoisinent les 215 km/h. "Tu as environ 30 kilomètres à parcourir sous le vent ensuite un col de 8 kilomètres à franchir. une fois derrière le col tu seras à l'abri pour un certain temps mais seulement il fera plus froid!" Me voilà prévenu!!



Je m'arrêterai au pied du col où je trouverai un bon campement en contrebas de la route où de robustes arbres m'offriront une bonne couverture eux-aussi. Dans la deuxième partie de la nuit, un bruit sur la tente m'interpelle: ce n'est pas de la pluie que j'entends mais de la neige!!! Au petit jour, il neige toujours et le vent souffle plus fort que la veille mais je pense qu'il ne sert pas à grand chose d'attendre car demain ce sera peut être pire encore et dans ce cas tous ce que j'aurai réussi à faire c'est diminuer mon stock de nourriture . Je m'élance dans les premières pentes mais après quelques centaines de mètres je descends vite du vélo préférant le pousser car les bourrasques me déportent parfois au milieu de la route!! En une heure j'ai à peine parcouru 3 kilomètres et la fréquence des bourrasques s'intensifie. Maintenant quand j'entend le vent siffler je m'arrête de suite et m'applique pour ne pas tomber. Je ferai encore 1 kilomètre dans ces conditions, le vent me faisant chuter par deux fois. A ma deuxième chute, voyant ma peine, un véhicule de l'armée s'arrête et me charge à son bord. "Hrvala!!"


On me dépose à Postojna où je profite du coin pour faire un gros ravitaillement. Ensuite je reprends ma route malgré la neige qui tombe avec abondance maintenant. Simon m'avait donné un autre conseil avant de se quitter: "pour camper demande aux gens là où ils entreposent le foin ils ne refuseront pas!!" A planina je décide donc de suivre son conseil. J'ai repéré une belle grange bien douilette. Je frappe donc à la porte du propriétaire pour lui demander la permission. un vieux monsieur m'ouvre la porte, béquilles en main, un pied dans le plâtre. Ce dernier m'invite à rentrer pour me réchauffer au coin du vieux fourneau (incroyable je "fais mouche" à ma première tentative!). Chez lui il n'y a pas grand chose: le vieux fourneau donc, 2 chaises, une table, un petit meuble et un lit. Quelle générosité!!! tout le temps que je resterai dans sa maison il ne restera pas en place plus de 5 minutes étant véritablement au petit soin pour moi: un café et un fruit par ci, une cigarette et un petit verre d'alcool par là, et il m'offrira même le repas du soir. Je tenterai bien sûr de lui offrir mon aide pour qu'il se repose 5 minutes mais non il refusera avec le sourire à chaque fois! Le lendemain matin je dis au revoir à ce grand-père qui une nouvelle fois m'offrira un petit déjeuner bien consistant avant de reprendre ma route hivernale vers Ljubjana.


Rallier la capitale ne sera pas de tout repos car il fera extrêmement froid pour les 2 journées à venir, mon eau gelant de plus en plus même aux heures les plus chaudes de la journée... De plus, j'aurai moins de chance qu'avec mon grand-père n'essuyant que des refus le lendemain, je dois me résoudre à camper sur la neige!! une première. Le mercredi 16 Décembre après avoir rôdé du côté du Nord-Est de Ljubjana le froid mordant me convaincs d'abandonner mon idée de parcourir le pays, si je rentre davantage dans les terres il fera sans doute aussi frais voir plus et mon équipement deviendra limite.



Jeudi 17 Décembre, je me trouve à une soixantaine de kilomètres de la frontière croate. La nuit a été difficile et au réveil je comprends mieux pourquoi: le gel a atteint cette fois la toile de tente intérieure et lors du démontage, je découvre que certaines jonctions mâle/femelle de mes arceaux sont gelées elles aussi, impossible à retirer avec mes gants!! Malgré ces difficultés, mon moral reste intact grâce au réconfort des locaux qui sont formidables. En effet, je m'arrête plusieurs fois par jour dans plusieurs stations services pour me réchauffer et souvent les gens me payent un bon chocolat chaud ou un café. De plus les paysages sous leur manteau d'hiver sont magnifiques à contempler. Au soir, je franchis la frontière croate.



Le lendemain matin, au programme un col à franchir et derrière je retrouverai l'Adriatique. C'est sous une nouvelle neige abondante que je franchirai ce dernier. La progression est rendue difficile car le chasse-neige ne passe pas souvent et je roule donc dans les traces laissées par les voitures. Une fois sur l'autre versant, je suis content de voir au loin de l'herbe et la mer!! je vais pouvoir recamper dans des conditions plus "traditionnelles". Je passerai une nuit douilette dans une maison en construction mais surprise le lendemain matin quand je retrouve à nouveau la neige. et pas rien qu'un peu!! Je ne ferai que 7 kilomètres cette journée là ralliant juste Rijeka (je ne dispose toujours pas de devises du pays, demain c'est dimanche et je n'ai pas assez de nourritures pour tenir jusqu'au lundi). Alors que j'effectue mon retrait des locaux m'invitent au bar d'en face. ils m'expliqueront que je n'ai pas de chance car ici ça faisait 25 ans qu'ils n'avaient pas vu autant de neige: "ça a surpris tout le monde!! et ils annoncent une nouvelle tempête dans la nuit! Les routes ne sont pas dégagées, nous te conseillons de passer la nuit ici c'est plus prudent!!" Je leur explique que je voyage en dépensant peu et que je n'ai pas pour habitude de dormir à l'hôtel. Ils vont alors se démener pour me trouver la chambre la moins onéreuse de toute la ville. A mon arrivée dans l'auberge de jeunesse, je constate que je ne suis pas le seul voyageur bloqué ici : les bus sont immobilisés. Je fais connaissance avec mes compagnons de chambre, Davor, le croate de 22 ans, étudiant et Marcos, 39 ans un brésilien vivant en Italie qui est en vacance dans le coin. En leur compagnie nous ferons une virée en ville dans la soirée.



vers 11 heures du matin le dimanche 20 Décembre, je me remets en chemin car le ciel et les routes sont tous deux dégagés. Vers 13 heures j'ai parcouru une vingtaine de kilomètres et on me lançe une nouvelle fois de grands saluts de l'autre côté de la route. je traverse pour m'entretenir un peu avec ces gens et au bout d'une minute ou deux, Thomas et françes ( la soixantaine tout deux) m'invitent à rentrer. Thomas tiens le restaurant dans lequel je me trouve et Françes, un de ses meilleurs amis et guide touristique. Ils parlent tous deux un peu l'anglais et l'italien et sont eux aussi étonnés de voir un touriste voyager en cette période de l'année à vélo. Je passerai presque 2 heures en leur compagnie, partageant le succulent repas préparé avec soin par la femme de Thomas. " avec ton budget routard tu ne dois pas souvent manger notre nourriture alors profite!!"me diras Thomas. Je me remets en route plein d'enthousiasme et d'énergie dont j'aurai grand besoin car le parcours le long de la côte est assez accidenté. De plus, j'y retrouve mon compagnon de voyage que j'avais semé en Slovénie le bien nommé Bura. Il ne me lâchera pas avant 200 bons kilomètres. Espérons qu'il ne souffle pas trop fort!! car sur cette partie de l'Adriatique, la terre est très rocailleuse!! et à part quelques petits épineux assez robustes pour pousser sur ce sol il n'y a pas grand chose. Camper dans de tels conditions ne sera pas évident et donc dès 14 heures je me mettrai en quête d'un endroit où me poser pour la nuit. Le sol étant très dur j'ai en permanence dans ma poche une sardine de ma tente afin de pouvoir dénicher la terre la plus meuble du coin. Au 21 Décembre, je traverse un véritable no man's land. Pendant 50 kilomètres tous ce que je verrai sera une station service!! Le ciel est des plus menaçant, il fait sombre et avec ces paysages j'ai l'impression de me trouver en plein Mordor!!



Vendredi 25 Décembre. Il est 8h30 du matin et il fait déjà 13 degré. Ca y est! cette fois je pense être sorti de la zone d'influence du Bura. Au final je m'en sors pas trop mal avec 2 cassures d'arceaux, ça aurait pu être pire!! Je suis content, la traversée s'est bien passé je trouve malgré le défi physique que cela représentait. La perspective de retrouver des nuits plus tranquille m'est agréable car la tendance était au sommeil de plumes ces derniers jours. Le mercredi 29 Décembre je suis au Monténégro. Ma première intention était de rallier Podgoriça (capitale du pays) mais on me dit que c'est très moche car la ville a subit de nombreux bombardements de la part des anglais pendant la seconde guerre mondiale et elle a presque été entièrement recontruite. On me suggère plutôt de faire un tour a Cetinje l'ancienne capitale du pays. Là c'est jolie, ou alors d'aller du côté d'Ulcinj vers la frontière Albanaise. Pour le reste du pays, pas la peine de s'y rendre avant le mois de mai car c'est très montagneux et au mois d'Avril il est monnaie courante d'y trouver encore de la neige. Pour Cetinje j'ai déja dépassé les routes pour m'y rendre, je décide donc de continuer ma route vers le Sud en direction d'Ulcinj.



Vendredi 1er Janvier. Je me trouve à 30 kilomètres de la frontière Albanaise. Je ne croiserai quasiment personne de la matinée à part des poules et quelques vaches. tout le monde a fêté le passage en 2010 et dans la nuit des détonations de feux d'artifices au lointain m'ont alerté de la nouvelle année. Lorsque je franchis la frontière Albanaise, je suis donc très heureux de retrouver des gens et des rues grouillantes de vie. Le changement d'ambiance est radicale après quelques kilomètres seulement. Le muezzin appelle les fidèles à la prière, beaucoup de gens aux abords des routes et de nombreux mini-bus, ça me rappelle un peu l'Egypte incroyable!! A Shkoder, première ville sur mon parcours, cettre sensation ne fait que se confirmer: à peine arrivé au centre-ville que je me fais accoster par un rabatteur, une grosse liasse de billets en main. Il me propose du change, un taxi, un hôtel, ça sent la débrouillardise à plein nez ici!!



Le lendemain, je n'ai jamais reçu autant d'invitations en une seule journée!! ça commence dès 9 heures du matin, où l'on me convie à boire le café accompagné d'un petit verre d'une petite goutte faite maison très forte. Dans l'après-midi alors que je trouve un abri en raison d'une pluie imminente, je fais la connaissance de Lulzim et de sa petite famille qui m'expliquera la géographie de son pays. Et enfin le soir, alors que je monte mon campement, le propriétaire des lieux, un policier viens à ma rencontre. Après avoir obtenu son accord, il me dit qu'il passera me prendre dans une dizaine de minute. "Ne te fais pas de soucis pour tes affaires, elles ne risquent rien ici!!" je le crois mais j'ai tout de même un peu d'appréhension à laisser ainsi "ma maison". Mon policier repasse effectivement acompagné de son ami Viktor. Ensemble nous nous rendons au bar du village et là je suis plus rassuré quand au sort de mes affaires car tout le village est présent. Après une bonne bière bien fraîche Viktor me ramène à mes quartiers. Il est 19 heures et voilà 1 bonne heure et demi que je suis dans le sac de couchage. Soudain, un violent orage éclate accompagné de grêle. Quelques minutes plus tard, j'entends une voiture s'arrêtée, une portière claque: "Zhulien?? je suis Realt, le fils de Viktor. Ma maison est là- bas. Viens passer la nuit chez nous" C'est avec grand plaisir que j'accepte cette invitation. L'orage durera une bonne partie de la nuit et Viktor voyant l'intensité de ce dernier a envoyé son fils à ma rescousse. Je fais plus ample connaissance avec la famille: Viktor travaille avec son fils et possèdent une fabrique de fenêtres en allumimium. Ici on parle italien car le père et le fils ont tout deux travaillé en Italie pendant plusieurs années. Nous échangerons nos expériences sur ce pays et le lendemain, avant de nous quitter, Realt me fait cadeau d'un pull et de 2 belles paires de chausettes bien chaudes. Sa maman Maria me donnera également quelques oranges pour la suite de mon parcours. Le 3 Janvier, j'arrive sur Tirana où je décide de me poser quelques jours afin de réparer et de consolider ma tente, le mauvais temps omniprésent depuis un certain temps ne m'ayant permis de le faire dans de bonnes conditions.



La côte Adriatique versant Balkan est la plus belle qu'il m'ait été donné de voir à ce jour. J'avais déjà beaucoup apprécié sa face italienne mais là c'est un spectacle de toute beauté qui s'offre à moi au fil des jours. Jonchée de nombreuses îles dans sa partie croate, cette côte a gardé un aspect très nature et les infrastrustures locales ne massacrent aucunement le paysage. Assez peu d'hôtels au final je trouve et cependant il reste facile d'organiser la traversée de la côte par vous-même car en Croatie tout le monde a droit à sa part du gâteau et les gîtes il y en a partout!! Au monténégro, je ne passerai que quelques jours dans le pays mais j'en garderai un bon souvenir car tout le long de ma descente vers le sud, j'ai reçu un accueil chaleureux... comme partout d'ailleurs!! tous les jours des gens me saluent, s'entretiennent un peu avec moi et me réchauffe le coeur. Je suis vraiment très heureux d'arpenter cette partie du monde et les nombreuses relations humaines au fil des jours m'ont permis de garder mon sourire et mon moral intact malgré la difficulté physique des balkans et la rigueur de l'hiver. Quelle peuple formidable ! votre soutien m'est très précieux et lorsque le vent souffle contre moi, que la neige tombe ou encore que les orages éclatent, vous me faites cadeau chaque jour d'une motivation nouvelle me donnant l'envie d'en voir davantage. Merci à tous!!

Quelques chiffres :

- A ce jour j'ai parcouru environ 235 km en Slovénie, 697 km en Croatie, 160 km au Montenegro et 160 km en Albanie en 24 jours et 23 étapes, soit une moyenne de 54 km par étape.
- Le compteur total s'élève à environ 4740 km, en 92 jours et 78 étapes, soit une moyenne de 60,8 km par étape.
- 18 cols franchis au total.
- 480 euros dépensés à ce jour, soit une moyenne d'environ 5,2 euros par jour.