samedi 27 mars 2010

Türkiye seni seviyorum!!: mon pays d'adoption.

Au Vendredi 19 Février, une journée cauchemardesque de vélo m'attends pour m'extirper d'Istanbul. Traverser la banlieue et sortir de la ville par l'Est est encore plus difficile et plus long que par sa face Ouest, qui pourtant m'avais déjà éprouvé (une fois rentré dans Istanbul j'avais dû parcourir environ une trentaine de kilomètres sur de la 3x3 voies (voir plus sur certaines portions) et faire face à un trafic épouvantable avant de pouvoir rejoindre le centre ville). Deux difficultés supplémentaires sont à ajouter au programme: certaines rues ont des pentes absolument monstrueuses et je dois en plus traverser l'un des deux ponts routiers afin de franchir le détroit de Bosphore, séparant l'Europe et l'Asie. J'en ai l'expérience maintenant et les énormes ponts dans ce genre sont généralement source de problèmes pour les cyclotouristes. Ce dernier ne fera pas exception et à peine arrivé devant le pont que la police m'invite gentiment à faire demi-tour direction les quais pour prendre le ferry (situés à 20 km en amont, je suis passé devant et je n'ai aucune envie de rebrousser chemin!). Même après avoir montré à l'officier la voie annexe qui leur est réservé pour circuler en voiture rien n'y fait... Je prends donc mon air "dépité ne sachant que faire"et reste planté là pour tenter de débloquer la situation. Au bout de 5 petites minutes victoire!!! finalement je franchis ce pont et j'ai même droit à une escorte personnelle s'il vous plaît!!

Après environ 3 heures de vélo je suis toujours sur l'autoroute mais la nature commence à reprendre ses droits pour mon plus grand plaisir. Au sortir d'Istanbul, Je fais route vers le Nord-Est pour retrouver de la petite route et rejoins ainsi la côte de la Mer Noire que je vais longer sur une centaine de kilomètres. Sur cette route, les montées et les descentes à 10% s'enchaînent (je n'en vois pas la fin) et le temps commence à devenir menaçant aussi, avant que la pluie ne m'atteigne aux environs de Kandira je fais halte dans un café. Lorsque cette dernière commence à tomber le patron me propose de mettre ma monture à l'abri en plein millieu du café!! L'hospitalité à la turque continue de m'impressionner: ici je me sens vraiment à mon aise tant l'ambiance de franche camaraderie qui émane est forte!! tout est si simple!! il suffit juste de mettre le vélo au milieu du commerce! (pourquoi n'y avais-je pas pensé!!)



Mardi 23 Février, vers Iznik. Voilà 3 jours que je roule en direction du Sud-Ouest afin de rejoindre la Mer de Marmara où les températures sont plus agréables. Le long des jours les invitations à boire le çay sont nombreuses (j'en bois facilement une quinzaine par jour) et il n'est pas rare qu'on m'offre le repas ou des fruits pour la route. Ibrahim, Gürol, Murat... la liste de mes arkadesh (amis) grandit à une vitesse déconcertante, en partie grâce aux journées qui continuent à s'allonger: je ne fais pas plus de kilomètres pour autant, ce temps je le consacre entièrement aux rencontres sur ma route.



Le dimanche 28 Février restera gravé dans ma mémoire tant la journée fût décisive. Au petit matin lorsque je démarre ma journée je me trouve à 30 km de Manisa et je ne suis plus très loin d'Izmir qui était pourtant mon objectif initial depuis mon départ d'Istanbul. Voilà 3 jours que je roule sur de la 2x2 voie et le trafic sur cette dernière commence à m'agacer. Hier j'avais repéré sur ma carte une belle petite route mais elle pointe vers l'Est. Après seulement une petite dizaine de kilomètres parcouru je décide finalement d'éviter Izmir direction la campagne!! 25 km plus loin j'arrive à Heybeli, petit village de 500 habitants. Comme tous les jours on me convie à boire le çay mais après 10 petite minutes de discussion, Mustafa m'invite à le suivre pour prendre un bon repas.




Lorsque je rentre dans la cour de la maison, je comprends alors que c'est jour de fête: un petit garçon a été circoncis il y a quelques heures. Après le repas Halil, 23 ans m'invite à son tour à le suivre. Accompagné de la jeunesse d'Heybeli, on m'emmène faire le tour du village: je fais rapidement connaissance avec tous les habitants: pour avoir serré presque toutes les mains du village je peux vous dire qu'ici on ne rechigne pas à la tâche et même les mains du garçon de café sont de rudes mains de travailleur. L'après-midi touche à sa fin et Halil m'invite gentiment à rester dans son village pour quelques jours, ça ne se refuse pas!!!





Au total, je vais rester 10 jours à Heybeli, 10 journées pendant lesquelles je vais découvrir le quotidien de ce village de cow-boys/agriculteurs. Vous faites 500 mètres et vous avez parcouru Heybeli d'un bout à l'autre. En revanche la surface des terres qu'ils cultivent est vraiment impressionnante (L'un des habitants m'emmenera faire le tour des terres en tracteur: une virée d'environ 15 kilomètres!!). Ici on cultive les poivrons, les tomates, les pommes de terres, les olives, le navet et le raisin. L'entraide est une règle d'or et on ne travaille pas uniquement sa parcelle de terre mais on se donne des coups de mains, on se prête outils et tracteurs...un genre de coopérative agricole en résumé.



Chaque jour j'accompagne Halil qui tient l'un des 2 cafés du village. Dès le petit jour tout le monde est en mouvement. On se retrouve autour d'un çay avant d'aller travailler la terre, et tout le monde s'y met: femmes et enfants (quand ils n'ont pas école) y compris. Moi-même ne ferai pas exception à la règle et je retournerai la terre, récolterai le navet, participerai à la construction d'un enclos destiné aux futures vaches d'Halil mais je suis plus souvent là en tant que témoin et j'ai bien conscience d'en faire 10 fois moins que les autres. Ainsi pour aider Halil je tiendrai également son café pendant qu'il est occupé ailleurs.




Comme dit précédemment le village est minuscule et mis à part les 2 cafés qui se font face il n'y a qu'un mini-market (d'une superficie d'environ 10 m2). Saruhanlı, la ville la plus proche est située à 25 km mais les commerces itinérants sont monnaies courantes ici ainsi lors de mon séjour le cireur de chaussures ou encore l'affûteur seront de passage à Heybeli. Le soir après le travail tous les hommes du village se retrouve au café et tout le monde vogue de table en table, d'amis en amis. En Turquie, tout ce que l'on a dans les poches (cigarettes, graines de tournesol, amandes et pistaches principalement) est à partager. Chaque soir je me rends donc au mini-market "pour faire le plein" à la turque bien sûr c'est à dire que quand je rentre, je me rends directement "du côté vendeur du comptoir" pour m'asseoir et discuter avec Ibrahim, le propriétaire des lieux. Je suis friand de cette ambiance relaxante où l'on prend le temps de faire les choses, de discuter... je suis bien loin du fast des achats déshumanisés de nos supermarchés!! Le partage est ici une institution et c'est un réel bonheur de nager dans cette atmosphère fraternelle. Fraternelle oui!!! car une fois que l'on vous a adopté (et croyez moi ça ne prends pas longtemps) ce n'est pas en ami que l'on vous considère mais bien en frère!!


Personne ne parle un anglais maîtrisé ou français dans le village et donc au contact de la population je fais de rapide progrès dans la langue du pays et chaque jour j'apprends de nouveaux mots. Bien sûr les visites du vétérinaire des environs ou autre personne parlant anglais sont l'occasion d'échanges plus riches et je suis rapidement convoqué. La barrière de la langue ne me pose donc pas trop de problèmes pour communiquer avec l'ensemble des villageois qui m'ont tous adopté.


Lors de mon cinquième jour je leur annonce mon intention de partir le lendemain s'il ne pleut pas: pour réponse ils en viennent à prier pour qu'il pleuve, "ok je reste 5 jours de plus!!!!". La veille de mon départ il en sera de même: les jeunes du village me demandent tous les jours de rester 5 voir 10 jours supplémentaires. Pour les adultes c'est encore plus!! : "Si tu veux tu peux même rester 2 mois de plus ici!! quand le moment de la récolte bat son plein tout le monde s'y met et malgré ça on manque de bras dans le village et nous faisons venir du monde des villages voisins pour nous aider ". Tour du monde en danger! Après presque 6 mois de voyage j'ai ici ma première opportunité de m'installer. L'idée est tentante, m'a traversé l'esprit mais finalement l'envie de continuer mon tour des Hommes est plus forte. Mais prends garde voyageur!! Si tu as l'intention de te rendre en Turquie tu sais quand tu y rentres mais en revanche tu ne sais pas quand tu en sortiras!!



Avant de les quitter mon ami Suleyman un des rares villageois à parler aussi bien anglais que moi le turc me traduit les mots du maire: "Tu es l'esprit d'Heybeli et donc tu es invité à être enregistré sur le régistre municipal". Un grand honneur qu'ils me font là et qui renforce nos liens mais aussi ma peine de les quitter...Mon ami Halil qui est papa d'un petit garçon depuis peu m'invite également à revenir pour la cérémonie de la circoncision lorsque son fils aura atteint l'âge de 5 ans. Je me promets d'être présent pour cette occasion. Ce n'est qu'un au revoir mes frères!!



Le Jeudi 11 Mars de bonne heure je quitte donc Heybeli et reprends ma route vers l'Est. Direction Demirci, ville perchée à environ 1200 m d'altitude. A mi-chemin, je passe une nuit à Köprübaşı où je suis invité à passer la nuit par Önur, Aziz et Murat un groupe d'étudiants: je n'ai quitté Heybeli que depuis ce matin (et parcouru 80 km) et à nouveau je suis invité!! "Où as-tu appris à parler le turc?". En effet, loin de m'exprimer convenablement je connais cependant une centaine de mots et à la force des interrogatoires d'Heybeli j'arrive généralement à comprendre en gros ce qu'on me demande ce qui facilite grandement mes relations humaines. Au programme en leur compagnie une soirée divertissante: parties de jeux vidéos et de billard, quelques bières...haaa les étudiants sont partout les mêmes et le lendemain mes compagnons de chambre ne se lèveront pas avant 13 heures!!!! Je ne ferai que quelques kilomètres symboliques ce jour là!!



Samedi 13 Mars, j'atteins la ville de Demirci après une longue ascension de 20 kms. Une fois sorti de la ville encore une dizaine de kilomètres supplémentaire à monter (le sommet du col pointe à 1450 m) et la longue descente qui s'ensuit m'emmène vers les environs de Simav. Au pied de la descente je rencontre Mustafa, docteur à la retraite et ses grands amis Akim (qui parle anglais contrairement à Mustafa), Ali-Bey et Ali-Osman. Après une petite demi-heure de discussion, Mustafa m'invite à son tour à séjourner chez lui, à Öreyler. Là j'ai de la chance car dans la descente j'ai attrapé un coup de froid et une bronchite se manifestera le surlendemain. La vie de retraité de Mustafa à jouer aux cartes et à se ballader en forêt convient bien à ma convalescence et une nouvelle fois je vais faire halte une dizaine de jour ici. Durant cette période je vais comprendre à force de regarder Mustafa jouer les règles de 2 jeux de cartes populaires et je ne manquerai pas d'adversaires!!!


Le maire du village me fera visiter toute sa commune et me montrera les projets en cours: Pour l'un d'eux il sollicite mon aide: en effet il aimerait faire correspondre la jeunesse de son village avec une école en France. Ce serait dans le cadre du cours d'anglais et les jeunes auraient environ 10 ans. A ce jour le projet en est au stade embryonnaire et j'attends plus de détails mais si vous pouvez déjà en parler et que vous avez un retour positif laissez moi un message (julienhumbert2003@yahoo.fr) et je vous mettrez en relation.


Tout comme Heybeli, Öreyler est un village agricole mais sa population est double. Et tout comme à Heybeli les villageois m'adoptent facilement. Une nouvelle fois après 10 jours fantastiques passés ici j'ai à nouveau l'opportunité de m'installer ici si je le souhaite (Akim aimerait bien que ça arrive et quand on me demande quand je compte partir il lui arrive même de répondre à ma place!!). Le jour de mon départ Akim aura les larmes aux yeux "quoi tu pars déjà!!". -"Ce n'est qu'un au revoir!! je reviendrai Akim !!" Je quitterai Öreyler le Lundi 22 Mars et 5 jours plus tard je suis de retour sur Istanbul après être passé par Kütahya (la route entre Simav et Kütahya est absolument magnifique: Si vous passez par là faites donc un petit crochet par Çavdarhisar: j'ai "raté le coche" mais un avocat rencontré sur la route m'a bien fait comprendre mon erreur!).


La Turquie à mes yeux représente un deuxième foyer. Sa population m'a adopté facilement tout comme de mon côté j'ai facilement assimilé leur style de vie. Je reviendrai c'est sûr!!!! Ici j'ai tout aimé et pourtant je suis loin d'avoir fait le tour du pays! (Par rapport à mon rythme ici si je veux en faire le tour complet il me faudrait compter sans forcer une année de vélo!!)



Quelques chiffres :

- A ce jour j'ai parcouru environ 1190 km en Turquie (soit un total de 1450 km pour ce pays pour le moment) en 41 jours et 18 étapes, soit une moyenne de 66,1 km par étape.
- Le compteur total s'élève à environ 8110 km, en 174 jours et 129 étapes, soit une moyenne de 62,8 km par étape.
- 41 cols franchis au total.
- 965 euros dépensés à ce jour, soit une moyenne d'environ 5,5 euros par jour.