vendredi 23 juillet 2010

Pour le plaisir des yeux: Galerie photo n°2


TURQUIE

Premier campement, vers Malkara.

Maisons en bois, sur la route entre Sile et Kandira.

Rencontre à Kandira.

Montée vers Iznik.

Arrivée à Heybeli.

Travail des femmes dans les serres, vers Heybeli.

Soirée au café, Öreyler.

BULGARIE

Petit village non loin de la frontière avec la Turquie.

Environs de Jakoruda.

Campement après Blagoevgrad.

Petite chapelle vers Montana.

La Dunav.

Belogradchik.

SERBIE


Entrée d'un Canyon, à une vingtaine de km de Pirot.

A l'intérieur du Canyon.

Vue sur le parc de Kopaonic.

Environs de Duga Poljana.

Procession de mariés, Beograd.

Lors de mon réveil à 5h30. Une demi-heure plus tard devant l'épicerie du coin en attendant son ouverture.

HONGRIE

Premier tour de roue et premier champ!


Un Pays riche en couleurs n'est ce pas?

Environs de Repashuta.

Vignes du Tokaji.

AUTRICHE

Vers Pinggau.

Mariazell.

Environs de Steyr.

Environs de Mondsee.

Vers Silz.

Sommet du col d'Arlberg.

jeudi 15 juillet 2010

De la plaine Hongroise à la traversée des Alpes


Lundi 7 Juin. Voilà près d'un mois que je me trouve sur Beograd maintenant, mais aujourd'hui l'heure du départ a sonné... Deux semaines après mon arrivée dans la capitale j'avais pourtant annoncé mon départ imminent mais en réponse j'eus droit à un "Où as-tu l'intention d'aller? nulle part!!" de la part de Max et Bojan, réponse complétée quelques instants plus tard par une action symbolique pour bien que je comprenne que le moment de les quitter n'était pas d'actualité dans leurs esprits: à l'aide d'une grosse chaîne d'acier ils scellèrent mon vélo. il n'en fallut pas plus pour me convaincre d'ajourner ma décision, d'autant plus que je n'ai pas le temps de m'ennuyer un seul instant avec une telle compagnie!!


Les semaines suivantes s'écouleront comme les précédentes: entre mon travail, les ballades sur les rives de la Dunav (Danube) en compagnie de Max et les promenades à vélo avec Bojan, je ne vois pas le temps passer. Un mois entier laisse le temps de tisser de forts liens d'amitié et le jour "fatidique"du départ tombe un peu comme une sentence pour Stanko, aca et Bojan qui avaient encore des projets de sorties en réserve dans leurs tiroirs! Seul Max acquiesce "Tu es en mission Julien et tu dois la poursuivre!" comme il dit.



C'est sous la chaleur (36° à l'ombre) que je reprends donc ma route et malgré un mois de coupure ma forme n'a pas trop diminué. Mais même si ce fût le cas la topographie du terrain est à mon avantage: en effet, au Nord de la Dunav le relief est inexistant annonçant déjà la grande plaine Hongroise. Dans cette partie du Pays de vastes champs bordent la route; un ravissement pour les yeux, les coquelicots en fleurs visibles de très loin formant de grands tapis colorés. Pour ma première nuit de camping je me trouve un bel emplacement en bordure de champs, la nuit fût douce... mais plus courte qu'escompté: vers 5h30 je suis réveillé par le propriétaire du terrain venu arroser ses terres et ma position le gêne dans ses manoeuvres: je dois quitter les lieux. Cette journée là je dépasserai les 110 kilomètres parcouru et au soir de ma deuxième étape je suis déjà à 40 kilomètres de Subotica, ville frontalière avec la Hongrie.



Au Mercredi 9 Juin, je "bascule" au pays des Magyars et je dois dire qu'il y avait quelques temps que je n'avais pas ressenti cette impression de flottement au passage d'une frontière!! En effet, pour mon entrée en Turquie, son grand sens de l'hospitalité m'avais de suite mis à l'aise et lors de mon retour dans les Balkans via la Bulgarie, j'étais depuis longtemps en possession du minimum linguistique de la langue slave (malgré quelques différences au niveau de la prononciation). Heureusement plus mon voyage avance plus il est aisé de faire traduire mon lexique car je ne suis plus obligé de passer par la seule langue anglaise mais en attendant "de mettre la main dessus" les échanges avec la population me demandent un effort soutenu car il faut essayer d'interpréter correctement leurs propos. Dès ma deuxième journée dans le Pays j'ai cependant droit à des encouragements très positifs qui mettent à l'aise et me font rapidement oublier le sentiment d'être un "parfait étranger": En raison des fortes chaleurs qui ne m'ont pas quitté depuis mon départ de la capitale serbe, j'ai pris l'habitude aux heures les plus chaudes de la journée de me reposer à l'ombre en dégustant une bonne glace. Ce jour là donc je trouve mon bonheur dans une petite échoppe à la campagne et c'est tout en sueur que je franchis le seuil de la porte. Le propriétaire des lieux m'ayant vu arrivé a remarqué mon "vélo-camion" et en plus de l'unique glace que je lui achète ce dernier m'offrira très gentiment deux bouteilles d'eau minérale bien fraîche ainsi qu'une brioche pour ma route. Un bel exemple de générosité!! Malgré la barrière de la langue nous réussissons à échanger quelques paroles (les questions de bases que l'on pose au voyageur sont généralement les mêmes: avec l'expérience et un bon mime on arrive tout de même à comprendre et à communiquer).



Vendredi 11 Juin, mon troisième jour en Hongrie. Après 2 journées à rouler plein Nord, je ne suis plus très loin désormais de Budapest (à une centaine de km) mais ayant à peine quitté Beograd l'idée de rallier directement la capitale n'est pas du tout dans mes intentions ainsi je décide de changer d'orientation et de me diriger vers le Nord-Est du Pays. Les routes hongroises sont assez monotones, composées par de grandes lignes droites avec un virage de temps en temps et j'ai l'impression que tout le pays est organisé de la même façon: des champs bordent la route des deux côtés sur une distance d'environ 10-15 kilomètres sans une habitation en vue! Passé cette distance on tombe ensuite sur un village ou sur une ville; il est donc essentiel d'y faire halte pour y provoquer des rencontres. C'est ainsi que ce jour là je rencontre Rita devant un supermarché à Heves. Rita est dans un fauteuil roulant, ses jambes sont paralysées quant à ses bras, elle arrive à les mouvoir mais avec difficulté. A peine ma monture garée qu'elle vient immédiatement à ma rencontre, se proposant pour monter la garde pendant que j'effectue mes achats. je lui accorde d'emblée ma confiance et après une petite vérification pour la forme (je parque toujours mon vélo devant une vitre afin de pouvoir le surveiller de l'intérieur) je n'ai plus aucun doute concernant sa bonne foi. Je ressors du magasin avec une boisson rafraîchissante pour elle et moi et m'assoit à ses côtés. Au bout de quelques minutes seulement, elle me propose l'hébergement pour la nuit, offre que j'accepte avec grand plaisir. Après m'avoir fait visiter sa propriété nous repartons faire une petite promenade où elle me présente son village et quelques-uns de ses habitants, puis nous retournons chez elle et en compagnie de son frère nous passerons une chaleureuse soirée (et instructive puisque j'y apprendrai quelques rudiments de la langue hongroise).



Le lendemain matin, je quitte Rita et sa famille (qui ont eu la gentillesse de me préparer quelques vivres pour ma route) en direction du parc national de Bükki où je me réjouis à l'idée de retrouver un peu de relief. La chaleur est toujours aussi accablante aussi l'idée de gagner de l'altitude et de perdre quelques degrés n'est pas pour me déplaire. Au pied du col, dans la ville de Füzesaony, je fais halte dans un petit café pour me désaltérer et m'invite à une table. Je passerai plus d'une heure en compagnie de deux grands-pères forts sympathiques et au moment de les quitter, ceux-ci m'offrent à leur tour des vivres pour la route, sous la forme de barres céréalières et de boissons énergétiques. Incroyable tout ce que les gens me donnent ici. Moi qui aime bien avoir une journée d'avance de vivres en cas de mauvais temps qui me paralyserait , je me retrouve avec un tel stock que du pain que j'avais acheté a même rassi avant que j'eus le temps de le consommer entièrement!!



Je ferai le tour du parc en 3 étapes, la nature est magnifique mais les villages se font encore plus rares que dans la plaine, les routes traversant la plupart du temps d'immenses forêts. Le Dimanche 13 Juin, le temps commence à changer, le ciel s'assombri de plus en plus et au soir le vent se lève: l'orage n'est plus très loin devant moi. Il faut donc que je me dépêche de trouver un endroit propice pour camper ou il me faut dénicher un abri de fortune et attendre que la perturbation passe. C'est alors que j'arrive près du petit village de Kissikator. A peine descendu du vélo pour aller inspecter un coin de terrain susceptible de convenir pour la nuit, que Csaba, un cycliste que j'ai salué quelques instants plus tôt vint à ma rencontre. Nous discutons quelques instants mais l'orage se rapprochant dangereusement je lui explique que je n'ai guère le temps de discuter, je dois agir et vite ou l'orage va me piéger. Csaba va alors me proposer très gentiment de l'accompagner chez ses beaux parents qui habitent justement à Kissikator pour y passer la nuit. Aussitôt dit aussitôt fait!! et quelques minutes plus tard je me retrouve dans l'enceinte de la ferme familiale, accueilli par Sarah et son mari les bras ouverts. Bien qu'il n'ait pas encore plu une seule goutte pour l'instant, l'eau ruisselle sur la route et Csaba m'en explique la raison: il a plu 3 semaines d'affilés dans la majeure partie du Pays et malgré une semaine sans précipitations le niveau des cours d'eau demeurent important. C'est une vraie catastrophe, des villages entiers se sont retrouvés "les pieds dans l'eau", les cultures ont souffert et les moustiques pullulent: pour un moustique les années précédentes, comptez-en 10 pour celle-ci! Plus tard dans la soirée, Csaba m'expliquera une partie de l'histoire de son Pays très discutée et discutable: il s'agit de la signature du traité de Trianon à la fin de la première guerre mondiale. Pour les hongrois la fin de la grande guerre est marquée par une punition sévère puisque les nouvelles frontières du Pays piègent 3 millions de Magyars sur d'autres territoires et le pays se voit réduit des deux tiers de sa superficie initiale! 90 ans plus tard, l'incompréhension est toujours présente dans le coeur des hongrois qui jugent ce redécoupage bien trop lourd par rapport au rôle qu'ils ont joué dans "l'affaire"...



Le lendemain matin, je quitte Csaba, Sarah et son mari qui ont eux aussi la gentillesse de me fournir un ravitaillement. Kissikator étant situé à quelques kilomètres au Sud de la frontière Slovaque, je décide de modifier mon cap et redescends quasiment plein Sud en direction de Budapest. j'atteindrai la capitale le Jeudi 17 Juin, après 3 journées orageuses où j'ai l'occasion de constater les dégâts occasionnés par les pluies récentes: terrain de foot inondé en moins d'une demi-heure par une pluie diluvienne, dégagement des routes coupées à l'aide de bulldozers, il m'arrive parfois de rouler dans 1 à 2 cm d'eau! Je me contenterai de traverser la capitale dans la journée et continuerai ensuite plein Ouest en direction de l'Autriche.



Le Dimanche 20 Juin je franchis la frontière Autrichienne à hauteur d'Oberwart et quelques kilomètres plus tard, la route ne tarde pas à s'élever. Ici, Le ciel est voilé, les températures sont assez fraîches et pour me sentir bien dans les descentes je dois même ressortir mes vêtements d'hiver. Les jours se succèdent et les cols aussi, ainsi en 3 jours je passerai par 7 sommets. Je n'arrête pas d'ajouter ou d'enlever une couche de vêtement (pour la précision je me change entre 20 et 30 fois par jour selon mon altitude, la déclivité et le fait que je sois ou non à l'abri du vent). l'Autriche se révèle très physique (beaucoup de pentes entre 7 et 12%) mais aussi très paisible! bien que je fasse de petites rencontres je ne trouverai personne pour m'accueillir tout le long de mon séjour. Il faut dire aussi que les cyclotouristes sont nombreux à arpenter les routes en cette saison, (j'en croise chaque jour) et j'ai ici l'impression de n'être qu'un touriste parmi tant d'autres, perdu dans la masse.



Je profite donc de ces moments pour prendre d'importantes décisions pour ma route à suivre: en effet, nous sommes presque au mois de Juillet maintenant et la route est encore longue pour rejoindre la Scandinavie. Trop longue même...Bien que la montée soit toujours possible dans de bonnes conditions, j'effectuerais sans aucun doute la redescente en plein hiver et cette perspective ne m'enchante guère, d'autant plus que ma tente, dont je fais un usage intensif depuis bientôt 9 mois, n'est plus en état pour affronter un climat aussi rigoureux. Finalement, je décide de traverser l'Autriche d'Est en Ouest et de laisser toute la partie Nord de l'Europe intact pour une expédition ultérieure.



Le Samedi 26 Juin, j'arrive à hauteur de Salzburg. Après avoir traversé la ville et sur les conseils de la population, je décide de partir faire un petit crochet par l'Allemagne où je vais suivre l'Alpenstrasse qui passe par le parc national de Berchtesgaden. Là on y trouve le lac de königssee qui je l'espère sera moins touristique que ses prédécesseurs autrichiens (l'Attersee et le Mondsee pour les nommer). Hélas grande déception à mon arrivée: moi qui pensais y trouver un emplacement paisible pour camper (aucune route n'en faisait le tour contrairement aux 2 autres) ce dernier se révèle le pire de tous: grand parking où de nombreux bus font étape menant sur une unique rue piétonne véritable "usine à touristes" me convainquent rapidement de faire demi-tour! Direction les petites routes de campagne! Je ne les quitterai plus et traverserai ensuite tout le Tyrol avec une grosse difficulté vers la fin de mon parcours: le redoutable col d'Arlberg qui culmine à 1800 mètres d'altitude. Malgré les 12 cols déjà passé auparavant, celui-ci me fera souffrir, la forte chaleur de retour depuis la veille compliquant ma tâche.



Au Mercredi 30 Juin, je passe en Suisse et après une petite quinzaine de kilomètres seulement, alors que je roule sur une piste cyclable, un automobiliste sortant d'un parking ne me voit pas arriver et c'est la collision: le choc déforme ma roue avant et ma fourche, désaxe ma roue arrière et me projette moi et ma monture au sol. Heureusement je n'aurai rien et dans mon malheur l'accident a eu lieu à 200 mètres d'une boutique vélo. Le fautif reconnaissant immédiatement ses torts (selon le marquage au sol il devait céder le passage deux fois: d'abord aux vélo puis une fois engagé sur la piste cyclable, aux automobilistes) est d'accord pour payer les réparations mais en raison du coût et des délais pour obtenir les nouvelles pièces, son assurance me propose de me payer un vélo tout neuf et équivalent à ce que j'ai, offre que j'accepte aussitôt. Deux heures après mon accident tout est déjà arrangé, le vélo commandé devrait arrivé dans deux jours, il ne me reste plus qu'à attendre. J'établis mon campement à côté de la boutique et pour profiter des Alpes suisses, je partirai en randonnée le lendemain de l'accident. Voilà bien longtemps que je n'avais pas autant marché et le soir je serai bien courbaturé: après autant de kilomètres parcouru en pédalant je ne sais plus marcher!!


Au Samedi 3 Juillet, mon nouveau vélo est prêt, et comme l'assurance m'a laissé garder mon ancienne monture c'est en voiture que je fais à nouveau mon entrée dans mon village natal, mes parents étant venu me chercher. Depuis cette date je coule un repos bien mérité et profite de mes amis et ma famille car d'ici peu je vais quitter le Vieux Continent pour poursuivre ma grande aventure et qui sait combien d'années s'écouleront avant que je ne foule à nouveau cette terre?


Quelques chiffres :

- A ce jour j'ai parcouru environ 220 km en Serbie (soit un total de 932 km pour ce Pays), 802 km en Hongrie, 642 km en Autriche, 75 km en Allemagne et 15 km en Suisse en 59 jours et 23 étapes, soit une moyenne de 76,2 km par étape.
- Le compteur total s'élève à environ 12013 km, en 291 jours et 187 étapes, soit une moyenne de 64,2 km par étape.
- 65 cols franchis au total.
- 1704 euros dépensés à ce jour, soit une moyenne d'environ 5,85 euros par jour.