vendredi 29 octobre 2010

Sur les routes (et un peu les chemins) de Santiago de Compostela.

Lundi 2 Août, à Cornimont. Après un "congé estival" d´un mois pendant lequel j´en ai profité pour refaire mon passeport bientôt arrivé à expiration et renouveler mes cartes de crédit, il est à nouveau temps pour moi d´arpenter les routes du monde. Pour l´itinéraire à suivre, je décide de me rendre sur Chamonix où Jérôme Jauffres, un ami d´enfance attend ma venue. J´emprunterai à peu près le même chemin que l´année précédente : Belfort ( ou mes cousins/cousines m´accueillent une nouvelle fois), Pontarlier, Saint-Claude ( et son commissariat de police terminé Ben!), Nantua. Je constate que ma mémoire de cette route est restée plutôt bonne, et je retrouve avec un brin de nostalgie les différents endroits qui m´ont accueilli pour camper lors de mon précédent passage. Quand on vit corps et âme une aventure comme celle-ci, la mémoire n´oublie pas facilement, je vous le garanti!

Après Nantua, je me dirige vers les Alpes et les choses sérieuses commencent. Effectivement, l´itinéraire pour rallier Chamonix est plutôt ardu avec plusieurs cols à passer et la veille d´arriver chez Jérôme, pour compliquer ma tâche, je commence à ressentir en fin d´étape une légère douleur au mollet de ma jambe droite. Heureusement, le lendemain matin plus rien et donc je continue mais cette douleur se remanifestera au cours de la journée. Au jeudi 12 Août, vers 16 heures j´arrive à destination. L´inquiétude va croissante concernant cette douleur qui me remet à l´esprit cet accident survenu en Suisse... serait-ce quelques conséquences des suites du choc? aurais-je repris trop fort après un mois sans rouler? Après les retrouvailles avec Jérôme, au bout de quelques heures, la douleur commence à s´estomper et mon ami me propose, si la forme est au rendez-vous, une petite randonnée sur une journée pour le lendemain.


Au réveil, je constate que la nuit a su "cicatriser mes plaies"et comme la météo est favorable nous décidons de partir à l´ascension du Mont Buet, un sommet à environ 3100 mètres d´altitude. Il nous faudra approximativement 4 heures de marche pour arriver au point culminant tant mérité où nous pique-niquons au dessus d´une mer de nuage, c´est le paradis!


Tout le long de l´ascension pas l´ombre d´une douleur à l´horizon aussi après une pause bienfaitrice pour nos organismes et pour le plaisir de la vue nous nous remettons en route car à cette hauteur là, inutile de préciser que les températures ne sont pas aussi douces qu´à Chamonix! La descente s´effectuera "pianissimo" pour ma part ne voulant pas trop solliciter ce genou, mieux vaut prévenir que guérir!! (Jérôme m´a par ailleurs prêté des bâtons de marche au cas où). Durant la descente, nous avons la chance de croiser une marmotte se prélassant au soleil, un chamois et un bouquetin des plus docile, qui se prêtera avec courtoisie à une petite séance photo! Nous sommes aujourd´hui le vendredi 13 et bien que je ne sois pas superstitieux les derniers kilomètres de la descente verront cette douleur réapparaître. Cette fois pas de risque, Chamonix est doté de quelques médecins du sport et je prendrai un rendez-vous pour savoir ce qu´il en est de cette douleur. Le verdict est en demi-teinte: D´un côté pas de gros bobos et avec du repos tout devrait rentrer dans l´ordre mais dans l´immédiat, la poursuite de mon expédition est hors de question et l´on me préconise 10 jours de repos sans vélo et en marchant le moins possible, puis reprendre doucement à raison de 25-30 kilomètres par jour sans cols à franchir. Finalement un nouveau retour à Cornimont et un nouveau mois vont s´écouler le temps de découvrir l´origine de ce mal et de solutionner le problème. Je vous épargne les détails mais pour avoir le fin mot de l´histoire, sachez que mon nouveau vélo était à la source du problème: ma première monture était sur mesure et je l´avais attendu pendant 2 mois alors que mon nouveau destrier est arrivé en à peine 2 jours une fois la commande validée, et toutes les pièces le composant étant bien sûr standardisées, ma position de pédalage différait trop de l´originale. Après une modification de ma nouvelle monture avec des pièces de mon vieux compagnon et une nouvelle période de rôdage, le test s´avère concluant pour ma plus grande joie, traversée du désert terminé! je vais à nouveau repartir! cette fois c´est la bonne! Non pas que je n´aimais pas de me faire chouchouter par mes parents, mais l´espace d´un instant j´ai eu peur pour le devenir de ce voyage, et comme je n´ai jamais prévu de plan B, cette relative épée de Damoclès juste au dessus de ma tête m´a fortement troublé.



Le Lundi 27 Septembre, je quitte une nouvelle fois ma maison familiale. Pour plus de sûreté, je m´instaure une auto-discipline de fer: pause tous les 10-15 kilomètres, petites étapes de 60 km maximum par jour et en moulinant au maximum afin de ne pas trop solliciter les muscles. Les 6 premiers jours vont ainsi passer et seront absolument nécessaires au domptage final de mon "yéti" car une fois mes bagages installés sur la bête (environ 30 kilos), c´est autre chose et la douleur, refaisant son apparition bien qu´atténuée, ne se dissipera réellement que passé ce délais. Entretemps je serai passé par Vesoul, Dole, Chalon-sur-Saône et Vichy. Le temps bien que maussade durant cette intervalle sera tout de même assez indulgent pour m´épargner de rouler sous la pluie. Entre Chalon-Sur-Saône et Charolles, petite anecdote: je dois emprunter une petite portion de route nationale afin de pouvoir passer paisiblement entre les agglomérations de Lyon, Saint-Etienne et de Clermont-Ferrand et rejoindre une petite départementale que j´ai repéré sur ma carte et qui fait route jusqu´au Puy-En-Velay. Les premiers kilomètres sur cette route se passent bien mais soudain celle-ci se transforme en 2x2 voies. Bon ! rien de terrible il y a une bonne bande d´arrêt d´urgence qui m´offre assez d´espace sécurisant et puis la distance sur laquelle je dois suivre cette route ne durant que quelques kilomètres, va pour cette route! Hélas, la gendarmerie nationale m´attends juste au moment où je bifurque sur la départementale: après les traditionnelles remontrances ils veulent me faire payer une amende de 22 euros. je joue la corde de l´indulgence mais rien n´y fait, ils restent de marbre. Bon ben puisqu´il faut payer payons!!
- "je peux régler tout de suite?"
- "pas de problème".
- "seulement je n´ai pas la somme exacte vous avez de la monnaie?"
Finalement ils me laisseront filer car sans monnaie pour leur part et sans adresse ni carnet de chèque pour la mienne, ils n´ont pas voulu s´embêter avec un pauvre cyclotouriste.


Mardi 5 Octobre, en début d´après-midi. A l´horizon je vois pointer le Puy-En-velay, point de départ du GR65 où chaque année de nombreux pèlerins y débutent leur voyage vers Santiago de Compostela, où se touve la sépulture de l´Apôtre Saint-jacques. Mais avant de me lancer à mon tour sur ce chemin millénaire, il faut se munir au préalable de la créanciale, que l´on doit faire viser le long du parcours et qui atteste donc de notre chemin. Autrefois le pèlerin demandait une lettre de recommandation au curé de sa paroisse, cette lettre servait de laissez-passer auprès des autorités rencontrés sur la route mais attestait surtout son état de pèlerin recommandable à ceux qui pouvaient lui offrir l´hospitalité.

Après m´être renseigné à l´office du tourisme du Puy, 2 manières différentes d´obtenir la créanciale s´offrent à moi : soit on attend à 18 heures le pot offert par l´office du tourisme (où l´on peut y rencontrer les futurs pèlerins en partance), soit on se rend directement à la sacristie de la cathédrale Notre-Dame du Puy-En-Velay. Je choisirai la deuxième solution et environ deux heures plus tard, je m´élance à mon tour sur cette voie mythique. Je suis vite mis au parfum car dès les premiers tours de roues effectués au sortir du Puy, la première côte est sévère. On m´avait prévenu!! La voie du Puy est longue d´environ 1500 km, et le dénivelé total du parcours représente 2 fois l´ascension de l´Everest. La difficulté passée, j´emprunte une première portion non-goudronnée, un vrai régal mais quelques kilomètres plus loin, le sentier se rétrécit et quand ce n´est pas son étroitesse qui me gêne, ce sont des parties avec trop de cailloux qui me contraignent à soulever la roue avant de mon vélo. Aussi je regagne la route, je referai un autre essai demain!

Une bonne nuit passe...Je retente de bon matin après quelques kilomètres seulement une autre portion du GR mais encore une fois, au bout d´un petit kilomètre seulement je me vois obligé de faire demi-tour et me rendre à l´évidence, je suis trop chargé pour passer par les sentiers, contentons-nous donc des départementales! En rebroussant chemin, je tombe nez-à-nez avec 2 cyclistes qui voyagent sans sacoches, ils préfèrent porter un sac de randonnée sur le dos! Aie j´ai mal pour eux. Ils sont là pour faire du sport comme ils disent et prévoient en 8 jours seulement de rallier Saint-Jean-Pied-De-Port, à environ 750 km de là. Vers 10 heures, j´ai progressé d´une quinzaine de kilomètres et alors que je fais viser ma créanciale sur qui je tombe? mes camarades cyclistes de ce matin! A ce rythme ils vont devoir revoir leur moyenne à la baisse ou alors pédaler jours et nuits!!! A Saint-Privat d´Allier, heureuse rencontre! Alors que je fais viser ma créanciale je me fais aborder par un couple de nos cousins canadien. Lise et Jean ont reconnu la créanciale que j´avais en main car eux mêmes en ont fait une partie les années passées. Après les avoir renseigné sur mon parcours, je leur demande à mon tour où ont-ils l´intention de se rendre. "d´abord vers Monptellier puis Avignon et enfin nous pensons rejoindre Menton". Entre ces étapes, ils n´ont pas trop d´idée et comme ils voyagent en voiture et comme je suis passé par Menton via les gorges du Verdon, je leur fait le récit de ma traversée du Grand Canyon, et des villes pittoresques que l´on y trouve sur le chemin, Riez, Castellane...

Plus tard, après la pause repas du midi j´arrive en vue de la charmante commune de Saugues. Pendant cette pause, je m´installe à côté d´autres pèlerins, 3 jeunes retraités, le moment d´un repas partagé et nous nous séparons, nous souhaitant mutuellement un bon chemin. Puis lors de mon entrée dans la commune, on me fait de grands saluts au loin, le temps de se rapprocher et je reconnais Lise et Jean en train de me photographier dans le feu de l´action! nouvelle discussion au cours de laquelle ce couple a la grande bonté de m´offrir 20 euros pour la suite de mon parcours (ils me donneront également des nouvelles de mes confrères cyclistes de ce matin, décidément de plus en plus loin de leur ambition initiale), après quoi je les quitte pour ne plus les revoir par la suite. Néanmoins, je leur ai donné l´adresse de mon journal de voyage, alors Lise, Jean, si vous passez par ici je vous remercie de tout coeur encore une fois, je ne sais pas si vous avez traversé le Verdon comme je vous l´avais conseillé mais je le souhaite sinon, ca veut dire que j´ai mal fait ma publicité :-)


Quelques centaines de mètres après avoir quitter mes canadiens, je décide d´aller faire un tour pour visiter l´église lorsque Jeanine en charge de l´accueil des pèlerins m´abordent: "reposez vous sur ce banc, et puis venez me voir!" charmante invitation trop courtoise pour être ignorer! Comme j´avais fait ma pause-déjeuner il n´y avait pas 20 minutes, je visite l´église avant de répondre à l´invitation de Jeanine, qui me convie à discuter autour d´un bon café et de petits gâteaux. Incroyable et merveilleuse Jeanine une véritable mémoire vivante sur le parcours de Saint-Jacques! Cette année elle a déja accueilli plus de 900 pèlerins prenant le temps de bavarder avec chacun d´eux à ce qu´il me semble. Dans son engouement je lui demanderai quand elle trouve le temps de manger et elle me répondra qu´elle trouve toujours un moment mais parfois à des heures pas très raisonnable pour ces 70 ans ( évaluation de son âge par ma personne)!! Elle enchaîne anecdotes sur anecdotes comme cet aveugle qui a fait tout le chemin accompagné de sa mère une main sur l´épaule. En chemin il est tombé un nombre incalculable de fois! ou encore une jeune femme qui s´est enfuie de l´hopital où elle était soignée après qu´on lui ai annoncé une eventuelle amputation de ses 2 bras. Elle a alors entrepris ce chemin en compagnie de ses 5 chiens dont un est mort vers Saugues justement...


Après avoir traversé le plateau de l´Aubrac où tout est si jaune et où le vent qui souffle si fort chante dans mes roues, je bascule après une longue descente en Aveyron. Au Vendredi 8 Octobre, vers 14 heures de l´après-midi j´atteins la commune de Conques, où sont conservées les reliques de Sainte-Foy. Ce petit village à flanc de montagne respire la paix. Halte majeure sur la route de Saint-Jacques, elle possède un endroit dédié à l´accueil des pèlerins où l´on m´invite à y rentrer mon vélo, me permettant ainsi de visiter le village en toute sérénité. Là je fais la connaissance de Richard, France et françois hospitaliers bénévoles et anciens pèlerins. D´emblée Richard me prends en sympathie, entre voyageur, normal! En effet, Richard a entrepris avec 2 autres personnes il y a plusieurs années un long voyage à pied de Jérusalem à Compostelle: 2 ans de voyage, 3 générations différentes et 3 religions différentes, un juif, un chrétien et un musulman, une marche généreuse, fraternelle, sublime! Richard me dit que sur sa route chaque jour il remerciait son corps de réussir à l´emmener plus loin, une notion que je ne comprends que trop bien désormais!


Après ma visite du village, ma première intention était de partir camper dans les environs mais Richard, toujours dans les parages m´adresse la parole: " Julien!! tu restes avec nous ce soir?" -"je ne sais pas". En effet j´avais vu que les pèlerins, pour pouvoir dormir sur place devait donner 10 euros, plus d´une journée de voyage pour moi!. " ben tu fais Donativo!" Donativo c´est une participation libre aux frais, laissé à la discrétion de chacun: en aucun cas l´argent ne doit être un problème. Richard prends les choses en main et en un tour de main et quelques paroles à François, je me retrouve héberger et en plus on m´offre très généreusement le dîner et le petit-déjeuner. Sublime soirée entourés de pèlerins de tout horizons, où après le repas j´assiste à une explication du tympan de l´abbatiale par l´un des frères, suivi par un concert d´orgue et de flûte traversière... qui vient clôturer une journée riche à tout point de vue!

Le lendemain, au moment de partir, France a la bonté de m´avoir préparé un panier repas composé d´une salade, un fruit, du pain et des barres de céréales, décidément les ressources de ces hospitaliers sont inépuisables! Merci encore à vous tous pour votre accueil si chaleureux, l´espace d´une journée, je me suis senti chez moi à Conques. En quittant le village, je passerai ensuite par Figeac, après quoi je décide de faire un petit crochet par Rocamadour. Jeanine m´en avait parlé lors de mon passage à Saugues et en en reparlant avec France et François, pas question de passer à côté. J´y arrive au Dimanche 10 Octobre, pendant la messe. Avec le vélo pas possible de gravir les innombrables marches conduisant à la cité religieuse aussi j´atteins la cité par le haut et laisserai mon yéti se garder tout seul peu après la première porte franchie, pendant que j´errerai dans la cité. Le village compte de nombreux lieux de prières parmis lesquels sont suspendus des encensoirs et malgré la pluie qui commence à tomber je me sens bien! j´ai fait le plein d´energie pour la suite!


Au Samedi 16 Octobre, j´atteins Saint-Jean-Pied-de-Port, dernière ville française avant de basculer en Espagne. Entretemps, je serai passé par Cahors (où je casserai la croûte sur un banc avec vue en première loge sur le magnifique pont Valentré), Montcuq (et sa rue du petit rapporteur :p), Moissac, Lectoure... Pendant la durée de ce trajet le rythme des rencontres est toujours aussi élevé et je mange rarement seul, partageant mes repas avec d´autres pèlerins. Après avoir franchi les Pyrénnées avec un col culminant à environ 1050 mètres, je m´arrête quelques kilomètres plus bas à Roncesvalles, où 2 autres cyclotouristes sont déja présents et attendent l´ouverture du refuge pour les peregrinos, où l´on pratique le Donativo. Samuel est portugais et voilà plus de 3000 kms qu´il roule vers Santiago. Parti du Vatican 33 jours plus tôt, Samuel est capable d´accomplir de prodigieuses étapes car il voyage léger, 2 petites sacoches à l´arrière de son vélo lui suffisant. Ayant parcouru la Toscane tout comme moi, et ayant par la suite rejoint la voie du Puy, nous avons de nombreuses choses en commun et nous sommes sur la même longueur d´onde, voyageant "low cost". Le deuxième cycliste se nomme Maxime, un belge de 23 ans, qui vu son vélo ne fait pas que la route vers Saint-Jacques!! Maxime vient juste de terminer ses études et s´est lançé pour un tour complet de l´Europe, en passant entre autres par l´Italie, la Grèce, la Roumanie, puis direction le Cap Nord!. Lui aussi est parti de chez lui il y a environ un mois. Nous passons la soirée ensemble et le lendemain matin, plutôt que de faire la route chacun de notre côté, nous décidons d´un accord tacite de partager la route ensemble, et c´est bien là que se trouve toute la magie du Camino. Même si l´on part seul, à mes yeux tout ce qui fait la valeur de ce chemin ce sont des moments comme ceux-ci qui subliment cette aventure dans l´aventure! Ainsi, tout au long du chemin espagnol du début jusqu´à l´arrivée à Santiago avec Maxime nous ne nous quitterons plus et retrouverons de temps en temps Samuel pour partager de forts moments de complicité.



Mardi 19 Octobre, à Puenta-La-Reina, au petit matin. Hier nous étions 3 mais Samuel, dont le père est routier, doit justement passer dans le secteur aussi décide-t-il de faire demi-tour sur Pamplona pour les retrouvailles. Avant de se séparer, Maxime (qui voyage avec un téléphone portable) relève ses coordonnées afin de nous retrouver plus tard. Nous continuons donc tout deux notre route empruntant parfois les chemins plutôt que la route car ces derniers sont beaucoup plus praticables par rapport aux chemins français et il est tellement plus paisible de suivre les sentiers! De plus, ces chemins nous font passer à travers vignes, et nous en profitons pour les délester de quelques grappes! Enfin, comme Maxime est bien équipé nous profitons de l´absence de notre compañero portugais qui voyage sans tente pour faire du camping sauvage de temps à autre.




Au Samedi 23 Octobre. Vers midi, nous atteignons Maxime et moi la ville de Sahagún où nous avons rendez-vous avec Samuel. Dans son sillage, Samuel nous amène Genis un catalan avec lequel il fait route depuis Pamplona. Nous étions 2, nous voici 4! Genis est très amusant. Grand parleur, il a en permanence dans sa poche arrière l´itinéraire du Camino qu´il ne peut s´empêcher de consulter à chaque entrée de villages. "il nous reste 5 kms avant le prochain village!". A chaque fois Samuel me fait un petit signe en souriant, lui aussi a remarquer cette manie de toujours vouloir savoir où il se trouve! Cette journée là nous parcourrons 110 kms et rallions la ville de León. Nous avons choisi de pousser jusque là car il y a une auberge pour pèlerin à 5 euros la nuit où nous pourrons nous relaxer et profiter de visiter la ville lors d´une ballade nocturne. Au lendemain, avant de quitter la ville, je me rends une nouvelle fois à la grande cathédrale accompagné de Maxime pendant que Samuel répare une crevaison. Après avoir visité tour à tour l´intérieur de l´édifice aux jeux de lumières enchanteurs (la réfraction du soleil sur les vitraux rend à l´intérieur une projection de ce dernier), nous nous asseyons sur le seul banc au soleil de la place centrale. C´est alors que nous faisons la connaissance d´Henri, un lorrain de Thionville, pèlerin tout comme nous. Entendant notre conversation un groupe de suisses francophones nous abordent et au cours de la discussion je leur explique en un rapide résumé l´intégralité de mon périple européen. Enchanté par tant d´aventures, ma bienfaitrice (dont j´ai oublié de demander le prénom, honte à moi!) me glisse un billet de 20 euros afin que Samuel, Maxime et moi-même (genis a pris congé de nous au matin) passions une bonne soirée. Avec un tel budget il y a de quoi faire un festin!! respectant sa volonté nous partons en quête d´un supermarché et décidons de nous accorder une bonne journée de repos afin de profiter pleinement de cette manne providentielle. Nous ne parcourrons que 22 kms ce jour là!


Lundi 25 Octobre. Une nouvelle fois nous nous séparons de Samuel au matin car il aimerait être de retour chez lui pour pouvoir passer la Toussaint en famille. Mais une fois arrivé sur Astorga, surprise! Samuel est passé derrière nous durant la matinée et le temps d´une dernière halte nous échangeons quelques paroles, prenant un nouveau rendez-vous tous ensemble pour profiter de Santiago.


Au mercredi 27 Octobre, nous démarrons notre journée à la La Faba, petit hameau perché à 900 mètres d´altitude. Le col menant à O Cebreiro (environ 1300 m d´altitude) est la dernière grosse difficulté présente sur le parcours avant d´atteindre Santiago. A peine les premiers du soleil perçant l´obscurité que nous nous élançons sur la petite route de montagne menant vers le sommet à 4-5 kms de là. Hèlas, deux kilomètres et demi plus loin de notre point de départ, après avoir traversé un autre petit village, plus de route! Heureusement Maxime, voyageur haute-technologie, est munit d´un GPS qui parvient à nous trouver un itinéraire à travers sentiers mais nous serons bon pour pousser nos montures sur quelques kilomètres! Nous arriverons au sommet bien éreinté et après une pause salvatrice reprenons notre route. Il faut absolument avancer car si pour l´instant la météo a été favorable à tout point de vue, la pluie c´est pour dans deux jours! Cette journée là nous parcourrons 85 kms et nous installerons notre campement une dizaine de kilomètres après Portomarín, où nous retrouvons pour la énième fois un couple de cyclo espagnol qui nous talonnent de près depuis notre entrée en Espagne. Ces derniers nous donnent des nouvelles de Samuel qu´ils ont croisé hier, sans doute est-il déjà arrivé à Santiago.



Au lendemain, il nous reste 90 kilomètres à couvrir si nous voulons arriver à notre tour au terme de notre pèlerinage. Nous nous levons donc à nouveau au petit jour pour tenter de couvrir la distance. Le temps est toujours au grand soleil, les prévisions météorologiques s´étant pour l´instant avérer exacte. Nous arrivons à Santiago en début de soirée, ça c´est pour la bonne nouvelle, en revanche Samuel lui est déjà reparti car la toussaint s´approche à grands pas et il souhaite vraiment être réuni avec toute sa famille pour cette occasion. Cela ne nous empêche pas toutefois de savourer depuis ce jour un repos bien mérité, le Vendredi 29 Octobre nous assistons à la messe en la cathédrale de Santiago, faisant ensuite viser pour la dernière fois nos créanciales au bureaux des pèlerins. Quelqu´un m´a dit un jour en France que Compostela pouvait se traduire littéralement par "chemin des étoiles". Entretemps j´en ai demandé la confirmation à William Martinis de la Rosa, un colombien formidable rencontré alors que je rédige le présent carnet qui m´a dit que ce n´était pas ça (il m´a déjà invité à lui rendre visite quand je passerai en Colombie, me disant que je viens de gagner un ami pour l´éternité). Cependant, je dois avouer que même si cette traduction est erronée, elle reflète en une formule simple ce que j´ai ressenti tout le long de ma route, je suis sur un nuage, Viva la vida!

Quelques chiffres :
- A ce jour j'ai parcouru environ 1687 km en France en 65 jours et 25 étapes, et 803 km en Espagne en 13 jours et 11 étapes, soit une moyenne de 69,1 km par étape.
- Le compteur total s'élève à environ 14503 km, en 349 jours et 223 étapes, soit une moyenne de 65 km par étape.
- 85 cols franchis au total.
- 2024 euros dépensés à ce jour, soit une moyenne d'environ 5,79 euros par jour.