samedi 5 février 2011

Une course contre le temps: la traversée du Sahara.

Nous sommes aujourd'hui le Samedi 5 Février et je me trouve depuis 2 jours et demi dans la ville de Saint-Louis, au Sénégal. Je me suis déjà fait quelques amis ici et passe pas mal de temps en leur compagnie ; J'avais grand besoin de ce contact qui me fait petit à petit oublier ma grande fatigue. En effet, cette traversée du sahara m'aura mis à rude épreuve: ne pas pouvoir étancher sa soif à sa guise, le combat contre le vent, l'étroitesse des routes qui contraint à une vigilance constante, ajoutez à cela l'obligation d'accomplir chaque jour de formidables distances afin de se ravitailler convenablement en eau et nourriture: voilà le lot quotidien qui m'a accompagné durant les 13 jours de cette traversée. 13 jours durant lesquels j'aurai parcouru environ 2080 kilomètres ; Je suis donc arrivé à Saint-Louis dans un état de fatigue jamais connu auparavant: amaigri par un régime juste en eau et par une alimentation basique à base de pain/huile première pression/boîte de thon (ainsi que des bananes et des oranges quand j'en trouvais), je me refais ici une santé et regarde moins à la dépense que d'accoutumée: le désert est usant et cette traversée que j'ai accompli en solitaire m'a poussé dans mes retranchements. Heureusement, même au milieu de nulle part, de chaleureuses rencontres sont venues ponctuer ma route. Plus que jamais je tiens à rendre hommage à toutes ces personnes qui via leurs sourires, leurs encouragements et leurs "petits cadeaux" (mais grands trésors à mes yeux) m'ont donner la force physique et morale nécessaire pour arriver au terme de cette entreprise.

Mais remontons à présent dans le temps et retrouvons nous à Marrakesh en date du Jeudi 30 Décembre en compagnie d'Alice et Rémi qui m'ont rejoint à l'occasion de leur lune de miel, une opportunité pour nous de célébrer ensemble le passage en 2011. Nous passons d'agréables moments à nous perdre dans les souks, à boire du thé autour de grandes discussions et déjà à l'époque le Sahara occupait une place importante dans mon esprit. Depuis l'Andalucía chaque jour qui passait me rapprochait un petit peu plus de cet immense désert et ce qui était alors une idée "comme ça" s'est précisé au fur et à mesure des kilomètres. Il était donc tout naturel que ce sujet de discussion surgisse parmi tant d'autres sur la table et partager mes observations avec Rémi et Alice était incontournable. Distance entre les villes, entre les différents points d'eaux, jamais je n'avais étudié avec autant de minutie une carte routière. Auparavant c'était facile! et aller au gré du vent, sans itinéraire précis, sans préparation aucune, tout cela était possible! Néanmoins cette entreprise là ne doit pas se faire dans l'ignorance et une préparation rigoureuse est absolument nécessaire. Sur le papier, je suis confiant: à la condition de parcourir au moins 100 kilomètres par étape, je devrais pouvoir me ravitailler presque tous les jours. D'autre part, la période est idéale pour descendre: les températures oscillent autour des 25° concernant la partie marocaine et à cette époque de l'année c'est le vent du Nord qui est le plus dominant, un précieux allié! bref, toutes ces données me réconfortent dans mon projet, et ce soutien, bien que purement théorique me suffit à valider mon idée: c'est bien par là que je passerai.



Mais avant de commencer à descendre plein Sud, il me manque une pièce capitale: le visa mauritanien qui ne s'obtient depuis 2009 que dans la capitale marocaine (avant cette date le visa pouvait se prendre à la frontière). Au Lundi 3 Janvier je quitte donc Rémi et Alice afin de rallier Rabat et obtenir le précieux sésame. Pour se faire, j'emprunte à nouveau la route Fes-Marrakesh sur une distance d'environ 200 km avant de bifurquer plein Nord via l'axe Oued-Zem/Rommani. La "chance"est avec moi et à peine 20 kilomètres après être sorti de Marrakesh que le "hasard" des rencontres met sur mon chemin un cyclotouriste belge flamand de 20 ans: Thomas Kevert. Sur la route depuis plusieurs mois, il a parcouru la France, l'Espagne, le Portugal, les îles Canaries et... le Sahara dans le sens Sud-Nord! Maintenant il veut se diriger vers les cascades d'Ouzoud, notre route est donc commune sur une distance de 50 km, autant faire ces kilomètres en bonne compagnie plutôt qu'en solitaire! Au cours du repas de midi, nous faisons plus ample connaissance: Thomas voyage pour une durée d'une année, ce qui lui semble court: il ne dispose pas de beaucoup de temps comme il dit et comme il a soif de voir beaucoup de Pays, malgré ses 20 ans, Thomas roule fort depuis qu'il a quitté le domicile familial, à raison d'au moins 100 kilomètres par jour. Un voyage bien différent du mien qui ait plutôt tendance à privilégier les rencontres aux kilomètres.


Pendant que nous mangeons et parlons, un concours de circonstances va cependant amener Thomas à changer ses plans et à finalement m'accompagner sur Rabat: il se fait voler sa pompe, sans doute un groupe d'enfants que nous avions pourtant à l'oeil et qui rôdait autour des vélos: nous n'avons pas été assez vigilant et cette fois-ci c'est Thomas qui en fait les frais. Pour ma part rien n'a disparu, j'ai déjà retenu la leçon qu'il ne faut rien laisser traîner sur les vélos (je me suis fait voler ma casquette comme cela) et un autre cyclo rencontré s'est même fait piquer un simple tendeur! Ah ces enfants! Individuellement ils sont toujours aimables et souriants mais en groupe, il y a toujours le malin de service qui entraîne les autres dans les bêtises. Les sorties d'école sont donc toujours des moments délicats, ces gamins non conscients des dangers de la route sont tout content d'égaler notre vitesse et quand ils se mettent à rouler sur ma droite, je suis toujours obligé de hausser le ton ou de pousser sur les pédales afin de leur écarter un éventuel danger. J'aime les enfants mais ces moments là me fatigue car bien sûr ils ne sont pas en âge de comprendre ce qu'on doit faire pour eux!

Thomas privé de sa pompe est donc contraint de me suivre car en cas de crevaison, comment faire? Nous ferons finalement route commune 3 jours durant, 3 jours pendant lesquels nous allons beaucoup parler du Sahara. Au cours de ces 3 journées, j'ai également tout le loisir de constater que physiquement Thomas et moi avons le même rythme, notre différence c'est juste que j'accepte toujours les invitations alors que Thomas en décline beaucoup. Néanmoins, nous nous entendons bien et ensemble parcourons des étapes moyenne de 80 kilomètres, une distance qui reste raisonnable pour mon ami et des rencontres en nombre suffisant pour moi le temps de notre collaboration.




Hélas, au Vendredi 7 Janvier, à hauteur de Oued-Zem, je me sépare de mon compagnon dans la mi-journée. Aujourd'hui Thomas est à la traîne, ce n'est pas normal. Il m'avoue ne pas se sentir bien et a mal digéré le repas à base de pain que l'on trempe dans la traditionnelle huile d'olive. Entretemps, comme nous avons rencontré sur notre parcours des cyclistes marocains style "tour de France" fort bien équipé, Thomas a pu se procurer une nouvelle pompe qu'ils ont bien voulu lui vendre. Je n'ai donc pas de raison pour m'arrêter et attendre qu'il aille mieux, car de mon côté la santé est bonne. Après avoir souhaité un bon rétablissement à Thomas, je poursuis mon chemin vers le Nord. Il me reste encore 200 kilomètres à parcourir avant d'arriver sur Rabat. Cette route me plaît beaucoup et offre son lot de nouveautés: petits cols, gorges, peu de villes et villages, belles forêts d'eucalyptus, la floraison est ici encore importante et la palette de couleurs déployée dans les environs est un enchantement permanent pour les yeux. Quand je pense que je voulais éviter de passer sur Rabat (j'ai cherché s'il y avait d'autres manières d'obtenir le visa afin de ne pas remonter vers le Nord), finalement rien que pour cet itinéraire je ne suis pas déçu!

J'atteins la capitale au Dimanche 9 Janvier. Le lendemain matin, je me lève de bonne heure afin d'être présent devant l'ambassade de Mauritanie au minimum une heure avant l'ouverture officielle. En effet, l'ambassade a mauvaise réputation et les quelques cyclotouristes rencontrés pendant mon tour du Maroc m'ont "mis au parfum": formulaire aux questions obscures, aucun respect des files d'attente, c'est souvent l'anarchie qui règne aux portes de l'ambassade. Dans la "pseudo" file d'attente, je rencontre un cyclotouriste Sud-Africain qui a déjà obtenu son visa. Il était il y a 2 jours encore sur Agadir et pourtant il a spécialement fait demi tour sur la capitale car les 30 jours qui lui ont été accordé par l'ambassade ne correspondent pas à ses souhaits. La rumeur se confirme: malgré la présence dans le formulaire d'obtention du visa d'une case à remplir où l'on nous demande bien de quand à quand nous souhaitons nous rendre en Mauritanie, l'ambassade s'en moque bien et fait systématiquement partir la durée du séjour dès que la demande est déposée! Une belle épine dans le pied pour nous autres cyclotouristes car la frontière mauritanienne est loin, très loin même: à un peu plus de 2100 kilomètres de Rabat. Mon confrère, pas assez attentif, a obtenu son visa à peine arrivé au Maroc puis a pris tout son temps pour silloner le Pays. Quand il s'est rendu compte de "l'erreur"il ne lui restait déjà plus qu'une semaine pour se retrouver au Sénégal: impossible.

En résumé, je n'ai pas grand espoir que mes voeux de séjour soient respectés et je me suis déjà préparé mentalement à des temps difficiles: une fois le visa obtenu, il va falloir commencer à rouler fort et parcourir immédiatement des distances d'au moins 100 kilomètres par jour... Une course contre le temps s'ajoute donc au fait de traverser le Sahara car si l'on ajoute aux 2100 km nécessaires pour rallier la frontière marocaine les 750 autres km à parcourir côté mauritanien pour se retrouver aux portes du Sénégal, vous obtenez 2850 km à parcourir en 29 jours (comme le visa se récupère le lendemain, vous perdez déjà systématiquement 1 journée). Bref, cette portion de mon voyage tourne en sport de haut niveau ; Certes la possibilité de prendre les transports en commun pour gagner du temps est là et j'y songe déjà mais je décide de me ranger à cette alternative en dernier recours car à mes yeux mieux vaut parcourir 100 km à vitesse humaine et prendre le temps de voir ce qui m'entoure plutôt que de prendre le bus ou le train et d'avaler les kilomètres, c'est une solution trop facile! L'inconvénient majeur de ce choix personnel, c'est que je me retrouve sous la contrainte de rouler quelque soit les conditions climatiques: je vis donc mes derniers instants de repos avant une longue route dans des conditions difficiles dans sa partie saharienne, voilà qui rajoute du piment à cette expédition!





Vers 11 heures, je suis de retour dans la vieille médina de Rabat, l'endroit où je loge. Ma demande est déposée et l'appétit m'a gagné en chemin, aussi je me rends dans un petit restaurant où je ne tarde pas à faire la connaissance de Rikard (Suède), Ulrich (Allemagne) et Kakeru (Japon) qui me propose gentiment de me joindre à leur table. cette petite bande cosmopolite a fait connaissance via ce "hasard" des rencontres et comme l'entente est excellente entre eux, ils sillonnent ensemble le Pays et se partage les frais d'hôtels, une sympathique façon de voyager qui joins l'utile à l'agréable car les idées des uns n'étant pas forcément celle des autres, tout cela créé un effet de synergie des plus efficace quand il s'agit de visiter les endroits choisi. Nous passons un agréable repas où les plaisanteries et la bonne humeur règnent en maître, leur état d'esprit me plaît beaucoup et à la fin du repas, je suis bien content de faire désormais parti de l'effectif. Ensemble, nous passons donc le reste de la journée à nous perdre dans la ville, profitant au passage de tous les petits services que le bakchich procure: ainsi, nous traversons via un petit bac l'Oued Bouregreg qui marque la séparation entre Rabat et Salé et avons le plaisir de contempler un superbe coucher de soleil sur une plage où la population locale a apparamment l'habitude de se rendre.



Mardi 11 Janvier. C'est aujourd'hui que je suis censé récupérer mon passeport mais entretemps nous avons appris que toutes les ambassades sont fermés car c'est la fête anniversaire de l'indépendance du Pays. Les chances que cette dernière soit ouverte au moins cet après-midi existent tout de même mais rien que la perspective de me rendre là bas pour rien ne m'enchante guère et je décide rapidement de tenir compagnie à mes camarades une journée supplémentaire. Ce n'est donc que le lendemain dans l'après midi que je mets à nouveau la main sur mon passeport: comme prévu mon droit de séjour en Mauritanie a débuté en date du 10 Janvier, l'après midi est désormais trop avancé pour un départ immédiat de la capitale: il me reste donc 27 jours à compter du 13 Janvier pour parcourir les 2850 km me séparant du Sénégal...



En cette matinée du Jeudi 13 Janvier, je me sépare donc de mes amis pour entamer ma descente vers le Sud du Pays. Jusqu'à hauteur d'Essaouira pas de problèmes majeurs pour dépasser la barre des 100 kilomètres/jour: le profil des étapes est parfaitement plat et une fois arrivé à hauteur de Casablanca je m'engage à l'intérieur des terres: je n'ai donc pas de vent pour me mettre des "bâtons dans les roues". Concernant le rythme des rencontres, pas de changements majeurs à signaler: ma moyenne horaire tourne autour des 17 kilomètres/heure, je dispose donc toujours d'assez de temps libre pour me relaxer et partager de bons moments avec la population locale. En fait, la seule nouveauté qui vaut la peine d'être mentionnée réside dans mon organisation: alors que d'habitude je me laisse complètement aller, je dois désormais me fixer chaque jour un objectif minimum à atteindre: pas de doute, la course contre le temps a débuté.

Au soir du Dimanche 16 Janvier, je ne suis plus très loin d'Essaouira. Je viens de parcourir 440 km en 4 jours, la fatigue n'est pas plus importante que d'habitude mais ce soir une pensée particulière m'occupe l'esprit car je sais très bien que je viens d'égaler à peu près mon record personnel. Or, il va me falloir continuer à rouler sur ces bases pendant un bon moment encore! et dans des conditions plus difficile! Depuis que j'ai quitté Rabat, à chaque campement, un nouveau rituel s'est installé: j'étudie avec soin le parcours du lendemain et en fonction du profil supposé ainsi que de l'objectif à atteindre je décide de mon emploi du temps pour la journée à venir. En résumé, une arithmétique de voyage a pris place dans mon quotidien ainsi qu'une discipline à laquelle je me conforme. de manière générale je reste en grande confiance: avec plus de 17.000 kilomètres dans les jambes, je me sens prêt pour une telle épreuve et je ne doute à aucun moment du succès de mon entreprise.


Au Mercredi 19 Janvier, 360 km supplémentaires ont été parcouru et malgré un profil plus accidenté (le Haut Atlas se dresse entre Essaouira et Agadir), ma moyenne journalière reste assez stable. Mais, pour maintenir mon rythme dans cette portion montagneuse je dois cependant me lever avant l'aube et démarrer mes journées dès qu'il fait asssez jour. La route Essaouira-Agadir est somptueuse: les montagnes, les arganiers en grands nombre plus la vue sur l'Atlantique, j'aime beaucoup cette partie du Maroc. De plus, pas mal de clubs cyclistes dans ces 2 grandes villes, ce qui me vaut des égards particuliers et quelques cordiales invitations à boire le kawa ou le thé (on m'a même offert une bière bien fraîche sur Agadir). J'aurai bien profité de ces discussions et les batteries sont pleines pour entamer ma traversée du Sahara. En effet, au soir de ce Mercredi les portes du désert me tendent les bras: encore une cinquantaine de kilomètres avant de rentrer sur Guelmim. Une fois sorti de cette ville, les choses sérieuses vont officiellement commencer.





Le lendemain, j'atteins la dite ville un peu avant la mi-journée. Il est temps de charger convenablement ma monture: je fais le plein d'eau (5 litres et demi), achète un stock de boîte de thon/sardine ainsi que du pain et je me procure également des bananes et oranges en nombre suffisant jusqu'au prochain point de ravitaillement: au total c'est environ 10 kilos supplémentaires qui viennent s'ajouter à ma charge. Au moment fatidique de sortir de la ville, petite halte pour saisir la pleine mesure de l'événement: Je regarde au loin à l'horizon, ferme les yeux tout en respirant un bon coup ; Quand je les rouvre, je suis prêt et sans réfléchir, je me jette "dans la gueule du loup".


Aux premiers tours de roue, je sens la différence! 10 kilos supplémentaire est une charge importante et il va falloir s'habituer à ce nouveau fardeau. La végétation se retire de manière progressive et le sable commence doucement à dominer le paysage, je suis impressionné mais l'état de la route me rassure, c'est roulant! Thomas m'avait prévenu: la section Guelmim-Tarfaya est la plus dure du parcours car dans cette partie du Maroc, l'Anti Atlas se combine au désert. De plus, la route suit un cap Ouest/Sud-Ouest et je me retrouve avec un vent de trois quart face qui bien que très faible aujourd'hui peut devenir un problème s'il s'intensifie. Au terme de ma première journée, je m'en sors plutôt bien avec 150 km parcouru mais dans la nuit le vent se lève: il ne va plus me lâcher avant plusieurs jours.


Je n'ai donc pas le choix et de longues et dures étapes vont s'enchaîner tant que ce maudit vent soufflera. Au Vendredi 21 Janvier, j'atteins la ville de Tan-Tan dans la mi-journée. 125 km séparent cette ville de Guelmim. Entre ces 2 points de ravitaillement je fais connaissance avec la rude discipline du désert: concernant ma consommation d'eau je fais attention et bois souvent de petites gorgées pendant que je roule, juste assez pour ne jamais avoir la gorge sèche. Lors de mes repas, je me désaltère convenablement mais en faisant attention tout de même: je tiens à ne jamais descendre en dessous des 2 litres, cette réserve devant constituer mon salut en cas de casse irréparable, le temps de trouver du secours.





Arrivé sur Tan-Tan, c'est le moment de refaire le plein mais surtout d'étancher sa soif convenablement car Tarfaya est encore à plus de 200 kilomètres et entre ces 2 villes il n'y a qu'une station service à mi-chemin. Le combat contre le vent est de plus en plus féroce au fil des kilomètres: petit à petit la route s'est rapprochée de la côte Atlantique et je prends la pleine mesure de la difficulté de cette section du parcours. Levé avant l'aube, je vais devoir rouler jusqu'au coucher du soleil si je veux franchir le cap des 100 km! Heureusement une période d'accalmie a lieu aux environs de 15h30: je me dois de profiter d'une telle aubaine! Au soir du deuxième jour dans le Sahara, j'ai parcouru 130 km supplémentaire: une bonne journée en terme de distance mais le vent m'a contraint à bien pousser sur les pédales, aussi je n'ai aucun mal à trouver le sommeil.

Pour ma troisième journée au Sahara, je suis gâté avec un vent de face assez fort et constant toute la journée! difficile de progresser dans ces conditions surtout pour le mental, on a vraiment l'impression de ne pas avancer. Tout le long de la route, chaque kilomètre est équipé de sa traditionnelle borne mais chaque fois que je la vois elle ne fait que confirmer ma faible allure. Aujourd'hui, l'étroitesse de la route m'énerve donc particulièrement car à chaque fois que j'aperçois un véhicule face à moi, je dois me retourner pour voir si un autre ne vient dans l'autre sens. Si c'est le cas, il faut que je me range immédiatement sur le bas côté afin de laisser passer les véhicules car la route ne laisse aucun espace sécurisant pour que je me fasse doubler tout en continuant mon avancée et je n'ose même pas tenter le coup ; Les risques d'accident sont bien trop grands! Je perds donc toute ma vitesse à de nombreuses reprises et ces efforts supplémentaires ajoute à ma pénibilité. Il est presque 19 heures quand j'atteins Tarfaya: 127 km parcouru pour aujourd'hui tout de même mais je n'ai pas eu un répit de la journée et me suis vu contraint de supprimer ma pause d'une heure du midi. Bref, à part de courtes haltes pour m'alimenter, je n'ai fait que rouler! Aussi je me trouve une petite chambre pour la nuit afin de mieux récupérer.




Dimanche 23 Janvier. Le vent n'a pas faibli depuis hier mais la nuit confortable que je viens de passer m'a remis d'aplomb. De plus, un meilleur repas que d'habitude à contribuer à me mettre dans de bonnes dispositions pour poursuivre ma route. Pour aujourd'hui, je vais atteindre la ville de Laâyoune, située à 100 km de mon point de départ. Aux portes de la cité, 2 barrages à franchir avant de pénétrer dans la ville: l'un militaire l'autre policier. Je me suis habitué à ces contrôles d'identité fréquent depuis que je parcours le Sahara. A chaque ville ou stations services isolées, l'armée est présente mais à Laâyoune c'est du sérieux: fusil à pompe et AK-47, l'équipement des militaires à de quoi impressionner et ne donne pas envie de s'attarder dans le coin. Je me contente donc de me ravitailler et pousse encore 10 km au sortir de la ville avant de trouver un coin discret où poser la tente, loin de cette ville à la mauvaise réputation.


Lundi 24 Janvier, cinquième jour au Sahara. Après 3 jours de lutte contre le vent je suis satisfait de disposer d'une journée tranquille et de ne pas avoir à pousser sur les pédales. 130 km au compteur en fin de journée avec une pause agréable au cours de laquelle des locaux m'ont fait cadeaux de quelques oranges pour ma route à suivre, cette relative étape de décontraction, je l'ai savouré! Le lendemain, cependant, un vent puissant me surprend dès mon réveil et le simple fait de replier la tente se transforme en calvaire. Une heure après m'être mis en route, je n'ai parcouru que 5 kilomètres... Impossible de rouler dans ces conditions et je décide sans plus attendre de faire de l'auto-stop pour aujourd'hui. Jusqu'à présent et malgré une progression satisfaisante, je suis toujours juste pour rentrer dans les temps au Sénégal et je ne peux me permettre d'attendre patiemment que le vent faiblisse. Le trafic est bien sûr assez faible sur cette route néanmoins la chance ne m'abandonne pas et à ma quatrième tentative je suis pris.





4 français se trouvent à bord du van salutaire. En leur compagnie, je vais parcourir les 340 km me séparant de Dakhla. En chemin, je suis soulagé par ma bonne intuition: au fil des kilomètres les conditions se détériorent de plus en plus et la pluie venant se mêler à un vent supérieur à 75km/h, tout cela soulevant sans peine le sable crée une véritable tempête: on ne voit rien à 200 mètres à la ronde. Un "spectacle" que je n'oublierai jamais. Cette journée de repos me fait le plus grand bien: d'une part j'ai évité une "étape" qui aurait pu tourner au cauchemar si j'avais plus attendu et d'autres part je dispose désormais d'une marge plus confortable pour atteindre le Sénégal. Au lendemain, grande nouvelle! La tempête de la veille a fait tourner la roue des vents qui souffle à présent dans une parfaite direction Nord-Sud et qui coïncide exactement avec l'orientation principale de la route à suivre. Au soir du Jeudi 27 Janvier, j'ai progressé de 320 km sans grande peine (le vent m'a donné des ailes et ma moyenne tourne maintenant autour des 25km/h) et je me trouve à 60 km du poste frontière. En chemin, j'ai rencontré des locaux formidables se pliant en quatre pour me faire plaisir, on m'a même à deux reprises offert de l'argent pour que je mange au restaurant!




Il y a des mines dans les parages aussi quand j'établis mon campement ce soir là, je suis avec attention les traces laissées par les véhicules dans le sable afin d'éviter le pire. J'ai bien demandé à dormir sur un petit poste militaire mais pas d'officiers présents et la personne de garde m'a refusé l'hospitalité: j'ai donc finalement dû me ranger à cette alternative. le lendemain je démarre ma journée aux premières lueurs de l'aube. Quelques heures plus tard j'atteins le poste frontière marocain. C'est l'heure de la pause à mon arrivée aussi les formalités sont retardées et j'attends tout simplement le temps que ces messieurs s'occupent de moi. Une fois sorti du territoire marocain, changement d'ambiance immédiat lorsque je pénètre dans le légendaire no man's land ; Une section longue d'environ 4-5 km n'appartenant ni au Maroc ni à la Mauritanie, une terre "sauvage" non goudronnée, minée par endroits m'a t-on dit. Beaucoup de mauritaniens viennent chaque jour dans ce territoire pour y faire affaire: change au noir, service de guide (il est facile de se perdre) et que sais-je encore, en vélo je suis moins importuné que les automobilistes et une fois mes euros changés à un taux raisonnable, je n'ai qu'à suivre les traces fraîches laissées par 3 maliens ayant passé la frontière juste avant moi.


Je rejoins le poste frontière mauritanien en poussant le vélo avec peine car la plupart du temps ma monture s'enfonce dans le sable. Sur le chemin, de nombreuses carcasses de voitures contribuent à donner un caractère sinistre à l'endroit. Les formalités côté mauritanien font encore monter l'ambiance d'un cran, le chef du poste voulant savoir absolument où je me rends pour ce soir ; A peine sorti de son bureau que je l'entends prendre son téléphone et donner à son correspondant un maximum d'informations me concernant. Ici, je comprends immédiatement que c'est du sérieux et mieux vaut me rendre sur Nouadhibou pour la nuit comme je lui ai dit afin de ne pas m'attirer d'eventuels ennuis. Effectivement, avant Nouadhibou, 2 barrages militaires avant d'être autoriser à pénétrer dans l'enceinte de la ville. Ces derniers étaient au fait de mon arrivé et mon intuition de respecter ma parole donnée me soulage et je n'ose imaginer ce qui aurait pû se passer si j'avais pris immédiatement la route de Nouakchott.


Pas grand chose pour se loger à Nouadhibou mais à force de rôder je finis par dénicher un petit camping low-cost. Une belle surprise m'attends à peine installé lorsque j'entends la voix familière de mon ami Rikard, en route pour le sommet alter-mondialiste de Dakar débutant dans peu de temps. Quel bonheur de retrouver mon complice de Rabat! Des retrouvailles assez brèves (il est lui sur le départ) mais qui m'ont fait bien plaisir. De retour au camping, je sympathise rapidement avec Jean-Pierre et Geneviève, un couple de français visitant l'Afrique de l'Ouest en 4x4. Ils n'en sont pas à leur première expédition et connaissent bien le coin, aussi ils m'expliquent comment les choses se passent ici et me donnent de précieux conseils qui vont m'être d'une aide précieuse pour la suite de mon parcours, j'écoute donc d'une oreille particulièrement attentive. Nous nous entendons très bien et c'est avec joie que j'accueille l'invitation de partager le repas du soir. Apéro, terrine, cassoulet, bouteille de vin, ce repas de gourmet passé en bonne compagnie combiné aux explications pertinentes de mes hôtes me rendent ma confiance et me font vite tourner la page sur mes premières impressions en Mauritanie. grâce à eux j'y vois à présent clair concernant ma ligne de conduite à tenir pour minimiser tout danger dans cette partie du globe peu rassurante.


Samedi 29 Janvier. Pour ma première étape 100 % mauritanienne, je suis gâté au niveau des températures car un orage a éclaté pendant la nuit et le ciel, conservant des allures menaçantes, me permet au moins de rouler à la fraîche. Le vent continue à me pousser et tout se passe bien mais dans l'après-midi je me fais surprendre par un nouvel orage aux environs de Bou Lanouar. Pas d'abri dans le coin aussi je continue à rouler sous le plus gros jusqu'à ce que je distingue une tente de nomade dressée non loin de la route. Il pleut toujours fort aussi je vais leur demander l'hospitalité le temps que l'orage passe: je suis très bien reçu et à peine assis qu'on m'offre une coupe d'un thé très sucré ainsi qu'à manger. Personne ne parle le français mais en leur citant les villes parcourues, ils comprennent que je suis en train de traverser le Sahara, un bon moment passé en leur compagnie et grâce à leur accueil je poursuis ma route plein d'entrain. Beaucoup de contrôles militaire le long de l'axe Nouadhibou-Nouakchott, aussi pour passer des nuits sûres je suis le conseil donné par Jean-Pierre et Geneviève qui consiste à demander l'hospitalité aux gendarmes: ils ne refusent jamais. Ainsi, à chaque contrôle je demande à combien de kilomètres se situe le prochain poste et en fonction de l'heure de la journée et de la fatigue, évalue si je dispose d'assez de temps pour rallier l'objectif. En cette fin de première étape, après 150 kilomètres parcouru, je stop donc à l'un de ces fameux postes où après avoir établi mon campement l'officier en charge m'invite à partager le repas du soir.



Dimanche 30 Janvier. Vers la mi-journée, j'arrive sur "la Gare du Nord", une simple station service en plein désert. Au bord de la route, une bande de 7 routiers marocains sont assis par terre et partage un repas: m'ayant aperçu, l'un d'eux me convie à venir les rejoindre et à manger avec eux. Au menu, viande de chameau accompagnée de son riz et sa petite jardinière de légumes, un véritable délice! Je passerai une bonne heure en leur compagnie à discuter du Maroc, de ma traversée du Sahara et au moment des séparations ils m'offrent très gentiment du bon pain frais ainsi qu'un restant de miel, une denrée rare par ici! Ensuite, direction le ravitaillement du jour! Pour l'occasion, je monte à 7 litres d'eau car d'après ma carte, plus rien avant 240 km, c'est à dire avant d'arriver sur Nouakchott. Par rapport à la carte routière, il m'est déjà arrivé de trouver des points de ravitaillement supplémentaire mais par précaution j'assure le coup! Vers 16 heures, j'arrive après 130 kilomètres parcouru au prochain point de contrôle: le suivant se situe 80 kilomètres au delà: trop loin aussi je pose la tente et en reste là pour aujourd'hui.



Le lendemain, je vais parcourir une étape record de 190 kilomètres! Le vent, plus fort que les jours précédent m'a bien poussé et malgré un profil un peu plus accidenté en début de matinée j'arrive vers 16 heures à hauteur du dernier point de contrôle situé 30 km avant la capitale. Là, j'hésite à continuer ou à en rester là pour aujourd'hui mais la perspective de passer une bonne nuit dans un bon lit et de prendre une bonne douche (mon stock d'eau est précieux et son usage est exclusivement réservé à ma consommation personnelle) va finalement prendre le dessus et finir de me convaincre de rallier la capitale mauritanienne.


Mardi 1er Février. Au réveil, j'hésite à rester une journée supplémentaire dans la capitale. Depuis 20 jours, j'ai en effet beaucoup roulé et malgré l'auto-stop, la tentation de prendre du repos est grande. Cependant, le vent continuant de souffler dans un sens favorable me convaincs de poursuivre ma route: on ne sait jamais! la roue des vents peut très bien tourner à nouveau et donner une toute autre tournure à mon expédition saharienne. Je me remets donc en route pour une nouvelle étape. Cependant, en chemin je vais rencontrer un "problème" insoupçonné: si les contrôles s'opéraient de manière fixe entre Nouadhibou et Nouakchott, dans la partie Sud du Pays, l'axe Nouakchott-Rosso ne possède que des contrôles volant ; A chaque barrage on m'annonce que je ne peux rester là et l'information comme quoi le seul poste fixe se trouve 10 kilomètres avant Rosso ne fait que se confirmer: voilà qui me contraint à déjà surpasser mon record de la veille et à parcourir 195 km. Seulement la différence c'est que l'état de la route n'est pas aussi bon qu'auparavant et ce ne sont pas les nombreux et puissants camions qui roulent à toute allure et qui me projettent du sable dans les yeux qui vont me faire apprécier cette dernière! Je parviendrai peu avant le coucher du soleil au point de contrôle tant désiré mais bien fatigué après avoir enchaîné 2 étapes aussi longues. Avantage de la situation: je ne suis plus qu'à 10 petit kilomètres du poste frontière de Rosso et malgré la mauvaise réputation du poste, je suis trop fatigué ce soir pour songer aux futures négociations qui m'attendent.



Le lendemain matin, il est environ 8 heures quand je suis prêt à enfourché mon vélo pour une nouvelle journée. Depuis hier je suis officiellement sorti du Sahara et les arbres ont refait leur apparitions au fur et à mesure de ma route vers le poste frontière. il est encore tôt quand j'arrive dans la ville. Arrivé à quelques mètres de la douane, un policier m'interpelle et me demande mon passeport. Encore un contrôle! cependant pendant ce dernier l'ambiance est étrange. Quelque chose cloche et ce n'est pas le discours de ce "policier" qui me fait changer d'avis. Il me rend sans histoire mon passeport mais me dit qu'avant d'accomplir les formalités d'usage je dois payer d'obscures frais s'élevant à une somme d'environs 13.000 ouguiyas, (soit pas moins de 35 euros!) qu'à part une soi-disant "taxe communale" et le passage du bac (on se retrouve au Sénégal en franchissant le fleuve du même nom) il est bien incapable de justifier... Je tente de continuer mon chemin mais ce "policier" me crie après et veut me retenir, je n'ai pas le droit de continuer selon lui. Je l'ignore à moitié en maintenant de la distance entre nous: "je veux juste voir comment c'est là bas!". Je parviens à progresser de quelques dizaines de mètres avant d'être abordé par un autre de ces rapaces, moins gourmand celui là: il ne me demande "que" 4000 ouguiyas. Je tente de négocier avec cette personne plus raisonnable mais le "policier" revient à la charge. Toute cette ambiance très malsaine m'exaspère et je décide sans plus attendre de quitter ce coin pourri pour me diriger vers le poste frontière de Diama, situé 100 kilomètres au Sud-Ouest de Rosso. Heureusement que l'on m'a tuyauté sur cet autre poste frontière à la saine ambiance m'a t-on assuré! Seulement la distance séparant ces deux points est couverte par une unique piste pas toujours très praticable... Encore une dure journée, la plus éprouvante même car avec les 385 km des 2 étapes précédentes, il me tarde d'arriver à Saint-Louis pour me refaire une santé.





Effectivement une fois arrivé au poste frontière: personne. Comme la piste passe au travers d'une réserve naturel protégée, je m'acquitte juste des 1000 ouguiyas relatif à la traversée du parc national avant d'accomplir les formalités de sortie du territoire mauritanien. Ces dernières s'opèrent rapidement (je suis tout seul à ce petit poste frontière) et du côté sénégalais même chose à l'exception près que l'on est obligé de réveiller l'officier qui doit tamponner mon passeport! une situation qui prête à sourire. Une fois au Sénégal, un dernier effort de 30 kilomètres avant de rallier la ville de Saint-Louis: 140 kilomètres parcouru pour aujourd'hui, mais arrivé au terme d'un long et éprouvant voyage, je vais enfin pouvoir me reposer. Victoire!



Quelques chiffres :
- A ce jour j'ai parcouru environ 2114 km (plus 340 km en stop) au Maroc (soit un total de 2975 km pour ce pays) en 25 jours et 20 étapes (jour de stop non comptabilisé dans les étapes), 815 km en Mauritanie en 6 jours et 6 étapes, et 30 km au Sénégal (étape comptabilisé en Mauritanie), soit une moyenne de 114 km par étape.
- Le compteur total s'élève à environ 20234 km, en 447 jours et 288 étapes, soit une moyenne de 70,2 km par étape.
- 100 cols franchis au total.
- 2894 euros dépensés à ce jour, soit une moyenne d'environ 6,5 euros par jour.