vendredi 1 juillet 2011

Il était une fois vers l'Ouest.

Lors de mon dernier compte rendu, je vous avais laissé en date du Samedi 9 Avril, fraîchement débarqué à Saint-Martin, dans les Antilles françaises. Les premières journées ici, malgré le plaisir de fouler à nouveau la terre ferme après 20 jours de pleine Mer, la fatigue des quarts me surprends souvent et je mettrai quelques jours avant que l'envie de dormir en plein milieu de la journée ne s'estompe complètement... C'est la première fois que Stan débarque dans les Caraïbes mais il a plusieurs amis au mouillage ici depuis longtemps parmi lesquels Loulou, que nous ne tardons pas à rencontrer. Une nouvelle fois j'assiste à d'extraordinaires récits de marins: entre autre, un départ à la voile de Boston en cassant 10 cm de glace m'impressionne, voilà une traversée qui commençait bien! Pendant la nôtre, les avaries ont été nombreuses mais l'île de Saint-martin constitue une escale technique parfaite pour remettre en état n'importe quel navire. Récapitulons: pilote automatique, étai largable et enrouleur de génois à changer ; grand voile, génois, spi et foc 2 à déposer à la voilerie pour raccommodage... la liste est longue mais grâce aux conseils de Loulou, Stan est rapidement orienté sur les meilleurs endroits: le temps des réparations ne devrait pas excéder une semaine. Pour ma part, j'ai une décision à prendre concernant ma route à suivre et plusieurs options s'offrent à moi: D'un côté, je peux choisir de continuer à faire route vers les Bahamas avec Stan mais il y a beaucoup d'îles dans les parages et Stan envisage de faire plusieurs escales avant de rallier Nassau (la capitale des Bahamas), or chaque escale me reviens tout de même assez cher...et je préférerais rejoindre le plus directement possible le Nouveau Monde. Bien sûr je pourrais aussi rechercher un autre bateau mais au vu de la situation géographique de Saint-martin, je doute sincèrement de pouvoir rejoindre le continent sans faire d'escales: avec un tel niveau d'exigence en tête, il me reste un dernier recours: l'avion... et bien que son usage ne m'enthousiasme pas, il n'en demeure pas moins qu'il reste la meilleure solution pour mon porte-monnaie.

Ainsi donc, je commence ma tournée des agences de voyage. "Bonjour, je cherche à rejoindre le continent Américain, au Nord, au centre ou au Sud, la destination n'est pas importante. Ce qui est important c'est le prix, je veux le vol le moins cher possible." Quelques agences de voyage et manipulations sur l'ordinateur plus tard, un résultat sort: Montréal, Canada. Départ le 3 mai, ce qui me laisse une vingtaine de jours à attendre...


Notre équipage est encore au complet mais plus pour longtemps: Nicolas repart pour la France d'ici quelques jours ; François, qui a grand besoin de se renflouer avant de poursuivre son voyage s'installe sur l'île ; quant à Stan, il reprendra le large une fois Chaka remise en état. Pas grand chose d'intéressant à faire à Saint-Martin: d'une superficie de 93 km², L'île compte environ 75.000 habitants, soit plus de 805 hab./km²! Difficile dans ces conditions de planter la tente n'importe où et d'attendre gentiment la date du vol... L'île a beau être petite, elle n'en compte pas moins une quinzaine de casinos, et des bars, discothèques et restaurants à l'infini... je suis bien loin de l'ambiance chaleureuse qui régnait à Mindelo et de la Boteguita à Bruno où le général nous enivrait de sa musique... Non! Saint-Martin ressemble plutôt à un parc d'attraction géant aux antipodes de mes habitudes de routard et comme Stan s'amuse a le dire : "un cyclotouriste n'a pas grand chose à faire ici." Cependant, malgré ce constat, je garderai un excellent souvenir de mon passage sur Saint-Martin, notamment grâce à ses marins. Comme dit auparavant, notre capitaine a plusieurs connaissances sur l'île et hormis Loulou dont je vous ai déjà parlé, il y a également Mike (capitaine du navire Izis) et sa femme Georgette ainsi que François (capitaine de l'Espadon et du Pitufo). Mike et Georgette ont vécu au Venezuela pendant 9 mois avant de débarquer ici: ils sont depuis 7 mois environs les heureux parents du Petit James. François est également présent depuis un moment sur Saint-martin. Il y a acheté l'Espadon qu'il s'emploie à rénover dans le but sans doute de réaliser un joli bénéfice et ainsi reprendre le large pour de nouvelles aventures!

Les jours passent...et au Dimanche 24 Avril, Chaka est prête à reprendre sa route vers les Bahamas. Aussi, je déménage toutes mes affaires sur l'Izis, Mike ayant gentiment proposé de m'héberger en attendant la date du vol. En ce moment, le navire est à quai car sa coque en acier est dans un sale état: la corrosion a fait son oeuvre et l'intégralité de cette dernière doit être inspectée minutieusement par Mike et François. Chaque jour, ils y découvrent de nouveaux trous. Ils doivent également installer un moteur à bord, bref c'est un grand chantier qui s'est engagé et avec le petit James, Georgette est la plupart du temps indisponible pour leur venir en aide. Mettre à quai un navire coûte pas mal d'argent, on se retrouve alors pris dans les histoires de délais, les problèmes pour dénicher un bon soudeur ou une grue quand on en a besoin... et au vu de tout ce qu'il reste à faire avant de remettre Izis à flot, une personne supplémentaire n'est pas un luxe. Aussi, en m'occupant de James à la place de Georgette, les travaux devraient progresser plus vite. Une semaine supplémentaire va ainsi s'écouler. Quand je n'ai pas la garde de James, j'organise mon transit vers le Canada: réorganisations des bagages (2 pièces maximum), collecte de cartons pour emballer ma monture, protection des parties sensibles de celle-ci pour ne pas faire de casse... prendre l'avion avec 30 kg de bagages plus 1 vélo est toujours une affaire qui nécessite d'être soigneusement pensée au préalable! Saint-martin n'a pas grand attrait à mes yeux mais j'y ferai tout de même une agréable rencontre alors que je me promène en ville. J'ai été négligeant pendant la transatlantique et si j'avais parfaitement graissé et protégé l'intégralité de mon yéti pour le prémunir de la corrosion, j'ai omis d'emballer mes roues au départ de Dakar: 1 mois et demi plus tard, je ne peux que constater les dégâts: le rayonnage de ma roue arrière est complètement oxydé et par conséquent ma roue en est d'autant plus fragilisée. C'est dans ces circonstances que je rencontre Jérôme, un "métro" fort sympathique qui gère une boutique vélo à Marigot. En plus de me fournir et de me garder au chaud des cartons pour emballer ma monture, Jérôme devient rapidement un fan de mes aventures et se propose de m'offrir une nouvelle roue pour que je puisse continuer sereinement ma route, un superbe cadeau!

Le temps passe... et finalement nous voici arrivé au Lundi 2 mai. Demain, vers 6 heures du matin, je prendrai mon envol vers le Nouveau Monde où d'autres aventures m'attendent! En si bonne compagnie, j'aurai passé un formidable séjour ici entouré de grands marins tous plus extraordinaires les uns que les autres, avec leurs histoires passionnantes et leurs connaissances en ingénierie, météorologie ou encore en astronomie, ils auront réussi à faire de cette escale une passionnante aventure humaine dans un monde qui m'étais encore un mois et demi plus tôt totalement étranger. Merci pour tout les gars! et bon vent!

Vers 16 heures, après avoir fait mes adieux à toute la bande, cap sur l'aéroport! et à la voile s'il vous plait! le capitaine Mike offre le lift en annexe, ce qui m'épargne un fastidieux parcours avec tout l'attirail supplémentaire nécessaire à mon transit. Je savoure ces derniers instants à la voile en pensant que la prochaine fois que je monterai sur un bateau, ce ne sera pas avant un long moment, sans doute pas avant d'avoir exploré les Amériques du Nord au Sud! Alors j'ai déjà en tête de prendre un nouveau rendez-vous avec le grand bleu pour traverser le Pacifique! Mais tout cela est encore loin! Arrivés de l'autre côté de la Baie, nous accostons non loin de l'aéroport, aux pieds d'un bar (Mike choisit avec soin où poser ses amarres vous en conviendrez!) et nous prenons nos aises le temps d'une dernière mousse... avant de se séparer. La nuit promet d'être longue car il me reste à confectionner la boîte devant accueillir mon vélo. J'ai attendu le dernier moment pour la fabriquer et je ne pourrai la finaliser qu'à l'embarquement, les douaniers souhaitant jeter un coup d'oeil à l'intérieur. Aux environs de 3 heures du matin, je peux enfin me reposer une fois mon labeur terminé et je m'endors à côté de l'entrée principale de l'aéroport sur une chute de carton non utilisée... Deux petites heures plus tard, je suis réveillé par les allées et venues des employés qui commencent une nouvelle journée de travail. La chance est avec moi et un employé du vol que je dois emprunter m'aide dans mes démarches, allant jusqu'à me faire cadeau du transport du vélo, ce qui représente une économie de plus de 150 $. Décidément, je suis verni!


Le transit se passe sans encombre (et surtout sans casse matériel pour mon vélo!) et au soir de ce Mardi 3 Mai, je suis sur le sol canadien. Je vais passer mes 5 premières journées ici chez Laurent Lynch, un ami de Mike auprès duquel il m'a recommandé et qui habite Saint-jean sur Richelieu, non loin de Montréal. Laurent a peut être du travail pour moi: il possède un voilier qui n'a pas servi depuis longtemps et il cherche une personne pouvant l'aider dans les réparations. Cependant, ce travail n'est pas réalisable à l'heure actuelle compte tenu des pluies qui s'abattent sans discontinuer sur le Québec depuis plusieurs semaines: l'accès même au navire est impossible: le Québec a déjà les pieds dans l'eau, une véritable catastrophe qui fait chaque jour les grands titres. Le temps est trop mauvais pour reprendre ma route dans l'immédiat mais une amélioration est attendue pour la fin de cette semaine. En attendant le retour du soleil, j'en profite donc pour visiter les environs, l'occasion de constater l'ampleur des dégâts: l'armée aide à l'évacuation des civils, on construit aux abords des routes et devant les maisons des digues de fortune...mais hélas la pluie est capricieuse et continue son oeuvre.


Une chose m'a instantanément frappé en sortant de l'aéroport de Montréal: ce sont les températures! Moi qui avais acquis au cours de mon périple européen une si belle résistance au froid, je dois bien reconnaitre qu'elle ne vaut plus grand chose après avoir passé l'essentiel de l'hiver en short et manches courtes! et pourtant, il ne fait que 5 degrés... il va falloir ragaillardir tout ça! Au Dimanche 8 mai, le beau temps est de retour comme prévu. Aujourd'hui, je quitte donc Laurent et sa famille direction la Gaspésie (région au Sud-Est du Québec) comme il me l'a conseillé. Pour m'y rendre, je choisi de rallier dans un premier temps la ville de Québec par les petites routes de campagne. C'est presque deux fois plus long par cet itinéraire mais comme je n'ai quasiment pas roulé depuis mon départ de la capitale sénégalaise, cette portion me servira de remise en route avant le relief accidenté de la péninsule. Je vais mettre 5 journées pour parcourir la distance. En chemin, sur la rive Sud du Saint-Laurent (à hauteur de la Baie-du-Febvre), j'assiste à un étonnant spectacle: l'envol d'un millier d'oies blanches: inoubliable! Jusqu'à Québec, le profil des étapes est relativement plat et malgré une assez longue période sans rouler, force est de constater que les jambes tournent bien, avec des journées moyennes à 75 km malgré un vent de ¾ face persistant. Les routes et pistes cyclables empruntées m'amènent souvent à traverser de nombreux champs et forêts, et (comble de la paix) les cyclistes ont même droit ici à une place d'honneur sur le bas-côté de la route! De temps en temps, un panneau "Partageons la route" rappelle aux automobilistes qu'ils ne sont pas les seuls sur celle-ci, une bien belle initiative que j'aimerais voir partout tant il est vrai que nous autres, pauvres cyclistes, manquons cruellement de considération. Cependant, malgré cette campagne de sensibilisation à laquelle j'adhère totalement il m'arrive d'oser (pauvre fou que je suis) mettre un orteil ou deux sur "leur" route quand le bas-côté est en trop mauvais état... et alors le tumulte des klaxons recommencent aussitôt...A force de remontrances, je commence donc à penser moi aussi que je devrais faire flotter un pavillon pirate sur mon vélo n'est ce pas Mike?



Parenthèse fermée, reprenons le récit au soir du Jeudi 12 Mai. J'atteins alors la "vieille capitale" et établis mon campement dans une forêt à proximité de la ville, la visite ce sera pour le lendemain! Québec fait parti de ces rares villes au charme indéniable. Je passerai une demi-journée à arpenter ses ruelles avant de reprendre ma route vers le Sud... et non vers le Nord (via la 132 qui fait le tour de la Gaspésie). Pourquoi un changement d'itinéraire si radical? tout simplement parce qu'une grosse perturbation arrive, on annonce au moins 1 semaine de pluie...et avec la pluie la fraîcheur de nouveau... Or la Gaspésie c'est froid! soumis aux vents, et on me dit même que je risque de trouver de la neige sur mon parcours...ce qui a pour effet immédiat de refroidir mes ardeurs! J'ai donc dû revoir ma copie et je me suis alors mis en tête de traverser tout le Pays d'Est en Ouest, une ballade longue de plus de 5000 km. Pour se faire, je décide d'emprunter la route 173 qui va m'amener à flirter avec les Appalaches avant de rejoindre la fameuse transcanadienne, la route nationale la plus longue du monde (cette route s'étend d'un océan à l'autre). Une fois dessus, il n'y a plus qu'à se laisser filer sur plusieurs milliers de kilomètres!


Vendredi 13 Mai. Les nuages commencent à prendre de l'importance dans le ciel en cette fin d'après-midi et ce n'est plus qu'une question d'heures avant que la pluie n'arrive. Je me trouve alors aux environs de Tring Jonction. Un plein d'eau et de nourriture plus tard et j'établis mon campement à la lisière d'une belle forêt d'épineux: je suis prêt pour le déluge annoncé. Je ne bougerai de cet endroit que 2 jours plus tard, lorsque ma réserve d'eau tombe à 0... Inutile de vous dire qu'après avoir autant attendu, on est toujours heureux de reprendre la route, et ce quelque soit les conditions climatiques. Mais rester sec est la priorité (quitte à s'ennuyer ferme)... et au Canada, c'est plus facile à dire qu'à faire. En effet, le Québec est une province où l'on trouve en moyenne un village chaque 15-20 km parcouru. Entre, la Nature et moi et il n'y a rien d'autres à faire que de subir le mauvais temps la plupart du temps car il n'y a absolument aucun abri. Ce qui devait arriver arriva donc et au soir du Dimanche 15 mai, lorsque je suis enfin abrité sous ma tente, mes habits de pluies sont trempés (bien entendu), mais il y a encore "mieux": (cerise sur le gâteau) une passoire étant devenu aussi imperméable que mes chaussures, trouées sur les côtés.


Mardi 17 mai. Voilà 2 jours que je brave la pluie avec un équipement qui en a trop vu pour m'offrir une quelconque protection. 2 jours à rouler au mental et avec énergie pour ne pas avoir froid, avec le mince espoir d'enfin sortir de cette perturbation. Mais les vents se moquent de moi et rien n'y fait, je reste toujours sous la pluie qui ne faiblit que très rarement. Les paysages traversés pendant cette intervalle de temps sont d'une morosité qui n'arrangent en rien ma condition et ce n'est pas le bien nommé "amiante bar" qui donne envie d'attendre gentiment des jours meilleurs! En effet dans le coin l'activité minière est très importante, les paysages sont par endroits totalement massacrés et pour rien au monde je ne m'attarderais ici, temps pourri ou pas! Heureusement, en cette nouvelle journée, il y a de l'amélioration dans l'air. Tout d'abord le ciel reste menaçant mais ne m'a pas encore gratifié d'une seule goutte. Ensuite, après une petite dizaine de kilomètres parcouru seulement, je trouve un joli billet trempé de 20 $ au bord de la route. Je ne le savais pas encore mais la trouvaille de ce petit billet vert allait avoir de lourdes conséquences sur le reste de ma journée... Jugez plutôt: devant la pénibilité des jours précédents, je décide aussitôt de m'accorder un peu de réconfort psychologique (très important quand on a la partie serrée) en dépensant une partie de cet argent dans une denrée que je n'ai pas pour habitude d'acheter, en l'occurrence du bon chocolat qualité gourmet s'il vous plait ! Je n'avais absolument aucune intention de faire une halte ravitaillement aujourd'hui mais devant cette manne providentiel, je m'incline aussitôt. De son côté, Anne Larkin-Chagnon, médecin en vacance, n'avait elle aussi pas prévu de faire du shopping aujourd'hui mais finalement elle s'y résout à la dernière minute. Et voilà comment 2 personnes qui n'avaient absolument aucune chance de se rencontrer quelques minutes auparavant se retrouve finalement au même endroit (Waterloo) quelques heures plus tard. Haaa que le "hasard" fait bien les choses! c'est merveilleux!

Lorsque je croise Anne, j'ai déjà pris mes aises devant le supermarché et j'ai annexé tout un espace autour du banc que j'occupe: pendant que je me relaxe, j'ai déployé une partie de mon matériel trempé, ce qui vous vous en doutez bien, attire l'attention. Comme me le confiera Anne plus tard, j'avais une mine épouvantable! et quand elle m'a vu moi et tout mon matériel humide elle est aussitôt venue à ma rencontre et m'a gentiment proposé dans toute sa bonté de venir m'installer chez elle le temps d'une journée, "venez à la maison! je vous ferai des pâtes et vous sécherez toutes vos affaires!". Aussitôt les explications pour se rendre au domicile enregistrés et nous nous séparons momentanément. Anne habite avec son mari Normand à une petite dizaine de kilomètres de là, à Rock Island Bay, sur la rive même du lac Brome. Quelques minutes après les retrouvailles, je suis invité à prendre une bonne douche chaude pendant que le repas mijote. Anne m'a même préparé de bon vêtements bien chaud en attendant que les miens retrouvent une seconde jeunesse. Quant à ce qui me reste de chaussures, voilà 2 jours que j'emballe mes pieds dans des sachets plastiques afin de rester au chaud. Hier au soir j'ai même dû me résoudre à sacrifier mon sac de couchage, une des pièces maitresses de mon équipement, afin de "sécher" .... euhh ... d'être capable d'enfiler ma tenue de pluie pour le lendemain dirons-nous plutôt. Bref ma situation ne pouvait être pire, ce qui est rassurant en quelque sorte car on ne peut alors pas tomber plus bas et on sait pertinemment que l'on va remonter la pente. Mais grâce à Anne je vais directement me retrouver au sommet grâce à ses nombreuses "modestes contributions" comme elle dit: tout d'abord, Anne décide de m'offrir de nouvelles chaussures et comme elle ne fait pas les choses à moitié je me retrouve avec de vrais bonnes chaussures de trekker pour continuer ma route. Ensuite, lors de mon départ de son domicile le lendemain, elle m'offre une somme d'argent ainsi qu'un ravitaillement. L'hospitalité est pour elle une règle d'or, "surtout avec l'abondance dans laquelle nous vivons". " Moi aussi j'ai des enfants qui voyagent et s'ils sont dans la difficulté, il est bon de savoir que quelque part une âme compatissante est là pour leur venir en aide". Un grand merci Anne pour tout ces bienfaits!




Jeudi 19 Mai. Aujourd'hui je vais basculer sur la rive Nord du Saint-Laurent à hauteur de Cornwall . Mais avant cela, je dois traverser plusieurs zones inondées à proximité du lac Champlain. De nombreuses routes sont donc barrées, l'armée est toujours présente tout comme les employées municipaux des communes concernées qui veillent au grain et ce n'est qu'après de nombreux détours que je finirai par trouver une voie adéquate vers la rive Nord via la route de Noyan. Après 3-4 portions à pousser le vélo les pieds dans l'eau, je peux à nouveau continuer ma route sereinement. Quatre jours plus tard, je fais mon entrée dans la province de l'Ontario: les choses sérieuses commencent au sortir de la 148 lorsque je fais mes premiers tours de roues sur l'highway 17, route qui va me mener jusqu'en Colombie Britannique, à l'autre bout du Pays. A peine quelques kilomètres sur la transcanadienne effectués que je croise Roger, un cyclotouriste québecois. Je traverse donc la route pour faire un brin de causette avec lui et prendre des informations sur ma future route:
- "Fait gaffe mec! jusque Deep River la route est tranquille mais au delà...il y a pas grand chose et ça monte et ça descend sans arrêt jusqu'à ce que tu te retrouves dans la province voisine! bon courage! tu vas en avoir besoin! [...] ha! et aussi ne prends surtout pas la 11 une fois arrivé sur North Bay. Déjà que sur la transcanadienne y a pas grand chose...Sur la 11 c'est pire!"



Bon! et bien au moins me voilà fixé sur mon sort pour les 1700 km à venir! En effet, le Canada, deuxième plus grand Pays du monde juste derrière la Russie a vraiment une faible densité (3,4 hab./km² en moyenne pour tout le Pays) et l'essentiel de la population est concentrée au Québec et en Ontario du Sud (région de Toronto) pour la côte Est ainsi qu'en Alberta et en Colombie Britannique pour la côte Ouest. Entre ces 2 extrémités, en moyenne une village tout les 100 km dans le meilleur des cas! Je vais donc devoir augmenter une nouvelle fois la longueur de mes étapes si je ne veux pas me ruiner en ravitaillement chez les dépanneurs, ces commerces que l'on trouve absolument partout mais chez qui tout est beaucoup plus cher. Le paysage a bien changé en 3 semaines et à présent tout est en fleur. Le temps s'est également un peu amélioré mais avec toute l'eau qui est tombé et avec la hausse des températures, c'est une armée de moustiques qui m'assaillent constamment dès que je me retrouve à l'arrêt. Mais il y a encore plus insupportable (si si je vous jure!) car dans la région on trouve une espèce de mouches minuscules qui ont la fâcheuse tendance de s'installer en bande dans mes oreilles...horrible! Combinez les 2 ensemble et monter/démonter une tente ou même le simple fait de prendre un repas se transforme vite en cauchemar! (d'ailleurs je préférerai prendre mes repas en ville contrairement à mes habitudes et quand ce n'est pas possible, je me retrouve à manger debout et en marchant pour éviter de devenir tout simplement fou.)



Jeudi 26 Mai, sur la rive Nord du Lac Huron, l'un des 5 Grands Lacs de l'Amérique du Nord. Voilà une semaine que j'avale des étapes moyennes à 130 km et pourtant j'ai presque l'impression de faire du sur-place quand je regarde ma carte... le Canada c'est vraiment immense! Beaucoup de rivières et ruisseaux traversés chaque jour, des lacs partout ainsi que de grandes forêts, une faune et une flore d'une richesse exceptionnelle, un enchantement pour les yeux! j'apprécie plus particulièrement de rouler aux premières heures de la matinée lorsque les odeurs de cèdres me parviennent. Les températures ont continué de grimper et maintenant il fait lourd! l'orage n'est pas loin et afin de me protéger de la douche imminente qui m'attend, je suis prêt à déployer mon abri de fortune: avec l'aide de ma monture en structure de base et avec ma toile de tente extérieure par dessus, je vais pouvoir patienter jusqu'à l'accalmie. Au Dimanche 29, j'en ai fini de longer le Lac Huron et à hauteur de Sault Sainte-Marie, je passe à une orientation Ouest-Nord-Ouest qui va m'amener à suivre le rivage du Lac Supérieur sur plusieurs centaines de kilomètres.



La section Sault Sainte-marie/Wawa est la plus terrible de mon parcours en Ontario: environ 260 km séparent les 2 villes et entre on ne trouve qu'un dépanneur isolé à mi-parcours.... dépourvu d'eau potable. De plus, le profil de cette portion est beaucoup plus accidenté que précédemment et encore aujourd'hui mes mollets se souviennent des 2 grosses côtes franchie ce jour là. Depuis plusieurs jours, je progresse au rythme des éclaircies et ce Lundi 30 mai ne fait pas exception à la règle. Un vent terrible vient subitement de se lever en ce milieu d'après midi et il fait très sombre d'un coup. Cet orage là, c'est du lourd! Cependant, alors que cette calamité m'arrive droit dessus, un sympathique automobiliste se range juste devant moi et me propose d'attendre dans sa voiture. Cet inconnu en sait long sur l'histoire du développement du Pays et il va me refaire l'historique de la construction de la transcanadienne pendant que les cieux se déchainent: "Pour bien comprendre le tracé de la transcanadienne, il faut pour cela remonter à l'époque du train à vapeur, vers la fin du 19ème siècle. En ce temps là, les limites du Pays s'arrêtent aux Rocheuses mais pour unifier le Canada on commence à construire une voie ferré (projet grâce auquel la Colombie Britannique rejoint la confédération). Cependant, avec les moyens technologiques de l'époque il était impossible pour un train de parcourir tout au plus une centaine de kilomètres sans être ravitaillé: de nombreuses villes doivent donc leur essor ou même leur fondation à cette période de l'histoire. Dans les années 1950, lorsque la construction de la transcanadienne fut décidée, et bien on a en toute logique décidé de faire passer la route via les villes qui se sont développées à cette époque! [...] Un autre fait intéressant à savoir est que pour ouvrir la voie, on a utilisé dans l'Ontario autant de TNT que pour toutes les autres provinces réunies!". Eh bien! voici un orage qui aura révélé bien des choses!



Samedi 4 Juin, vers Thunder Bay. Voilà maintenant une semaine que je longe le Lac Supérieur. En chemin, je commence à rencontrer de plus en plus de voyageurs: Roger fut le premier, puis il y a eu Yvan (20 ans) qui a décidé de traverser le Canada à pieds afin de récolter des fonds pour faire avancer la recherche sur la mucoviscidose: une de ses amies est atteinte de cette maladie, ce qui l'a beaucoup touché et encouragé à faire un geste envers toutes les personnes atteintes de ce mal. Un bien noble but!. Ensuite, quelques jours plus tard j'ai croisé 2 punks qui eux voyageaient en sautant dans les trains de marchandises, et aujourd'hui je me retrouve à discuter avec 3 suisses parti sur le pouce de Montréal moins d'une semaine plus tôt... J'ai tellement croisé de voyageurs sur la transcanadienne qu'il serait impossible de tous les citer mais il est évident que cette route en fait rêver plus d'un (et à juste titre d'ailleurs) et qu'elle a indéniablement sa place parmi les grandes routes de ce Monde, et je ne suis pas encore au bout de mes surprises! Voilà maintenant 2 semaines que je parcours l'Ontario et au niveaux des paysages, c'est le grand classique: lacs ( j'en croise facilement une vingtaine par jour je dirais), forêts (essentiellement composée de pins et de cèdres, à mesure que je progresse vers l'Ouest, elles gagnent en importance), également beaucoup d'écureuils, de souris, de cerfs et biches croisés ainsi que quelques ours noirs (c'est la saison des ours au moment de ma traversée, ce qui ne m'empêchera pas chaque soir de faire du camping sauvage), castors, marmottes et caribous...



Au sortir de Thunder Bay, le profil des étapes commence petit à petit à se faire moins accidenté et les Grandes Plaines, un vaste territoire qui s'étend de la fin de l'Ontario jusqu'aux Rocheuses (soit plus de 2000 km) est annoncé. Quasiment tous les cyclotouristes qui souhaitent traverser le Pays d'un bout à l'autre le font dans le sens contraire au mien tout bonnement à cause des vents: 80% du temps c'est le vent du Sud-Ouest qui domine et avoir un vent de face pendant plusieurs milliers de kilomètres en décourage plus d'un à tenter la traversée dans l'autre sens. A l'approche des Grandes Plaines, je m'attends donc à souffrir car une fois là bas, il n'y a plus de forêts ni de relief pour limiter son impact. Au Vendredi 10 Juin, je fais mon entrée dans la province du Manitoba. J'ai déjà parcouru environ 3200 km depuis mon départ de Saint-Jean sur Richelieu il y a 1 mois. Plus de forêts ici donc, uniquement de vastes champs et une route qui s'étire en ligne droite à l'infini (ce qui est assez dur pour le moral parfois quand on voit si loin à l'horizon!). Autre fait important à signaler: Il n'y a personne ici! Même des Pays comme la Mongolie ou encore la Mauritanie ont une densité de population plus élevé que cette province. Dans certains villages, il est même tout bonnement impossible de se ravitailler, on peut presque parler de villes fantômes! Les moyens de transport en commun sont très limités au Canada: les grandes lignes aériennes intérieures sont peu nombreuses et bien qu'il y ait de nombreux aéroports, ceux-ci sont très petits et par conséquent la taille des avions ne permet pas un transport massif de voyageurs ; le réseau ferroviaire est bien implanté mais m'a l'air exclusivement réservé aux transport de marchandises... reste donc la voiture! et ce qui m'avait marqué en arrivant au Canada, à savoir que devant chaque maison on trouve souvent pas moins de 4-5 voitures, prend tout son sens à présent.


Mardi 14 Juin, dans le milieu de l'après-midi, non loin de Virden, à une cinquantaine de kilomètres avant de basculer dans la province du Saskatchewan. Aujourd'hui j'ai déjà parcouru 145 km lorsque ma jante arrière me lâche tout comme ce fut le cas en Espagne. Ma réaction ne se fait pas attendre: "on verra ça demain!". Je me contente juste avant de planter la tente de collecter les informations en ville sur les boutiques vélos les plus proches. Deux solutions: soit je rebrousse chemin de 80 km en arrière pour me rendre sur Brandon ou alors je continue ma progression vers l'Ouest et répare sur Regina, 300 km plus loin. Je choisirai la deuxième solution: toujours aller de l'avant! simple question d'équilibre. C'est en stop que je rejoindrai la capitale de la province après avoir patienté 3 bonnes heures au bord de la route. Malgré le nombre impressionnant de pick-up que l'on trouve aux 4 coins du Pays, c'est à bord d'une voiture classique et déjà bien chargée que je prends place. Beate Epp est partie de Winnipeg (300 km à l'Est) ce matin et est presque choquée d'apprendre que personne ne se soit arrêté avant. Pourtant, pour avoir discuté avec de nombreux autostoppeurs, 3 heures d'attente au Canada, c'est dans la moyenne. Beate est formidable et en si bonne compagnie le trajet passe vite. Arrivé sur Regina, au lieu de tout simplement me déposer au centre ville et de continuer sa route vers Saskatoon (soit une "ballade" de 900 km dans la journée tout de même) elle décide de rester à mes côtés et ensemble nous parvenons sans peine à trouver une boutique vélo, devant laquelle elle me dépose. Avant de nous séparer, Beate me fait cadeau de son nouveau livre, ce qui tombe bien car en étant à ma troisième lecture du Comte de Monte-Cristo, je commençais à me lasser. Merci Beate!


Pas grand choix de roues dans ce magasin (et surtout pas de jantes double parois T_T) mais c'est le meilleur de la ville... et je n'ai d'autres choix que de faire avec ce qui est à ma disposition. De plus, n'ayant pas l'outillage nécessaire au montage/démontage de la cassette et de la roue libre je dois attendre le lendemain pour récupérer ma monture. Donc, direction l'auberge de jeunesse la plus proche pour patienter jusque là. Les québécois sont présent en force à l'auberge et au cours des discussions, je sympathise avec Jonathan et Audrée, un couple d'étudiants qui se dirige vers un endroit appelé la vallée d'Okanagan, en Colombie Britannique. Audrée m'explique que chaque année, à la même époque, c'est un véritable exode de québécois qui a lieu vers cet endroit (cette "migration annuelle" ne date pas d'hier puisque les parents d'Audrée l'ont fait aussi quand ils étaient jeune), une occasion pour eux de parcourir et mieux connaître leur immense Pays mais aussi de se faire de l'argent car c'est dans cette vallée de 200 km de long que sont récoltés en quantité importantes les cerises, les pommes, les poires, les pêches, les abricots, les prunes et j'en passe. L'information ne tombant pas dans l'oreille d'un sourd, je suis aussitôt emballé par l'idée d'aller moi aussi faire un tour là bas et de me constituer une petite cagnotte pour prolonger mon voyage.




Lundi 20 Juin. J'arrive à hauteur de Medecine Hat, en Alberta. Depuis que je suis dans cette province, les choses sont plus faciles et j'ai fait mon grand retour dans la civilisation, ce qui me permet de lever un peu le pied avant d'aborder la traversée des Rocheuses qui approche à grands pas. A hauteur de la dite ville, je quitte la transcanadienne pour emprunter la Crowsnest highway (ou highway 3), la route la plus directe pour rejoindre la "terre promise". Trois cents kilomètres plus loin, je fais officiellement mon entrée dans les Rocheuses dont je n'ai absolument aucune idée de la difficulté, de l'altitude ni du nombre de cols que je vais devoir franchir. Mais quel plaisir de voir ces montagnes après la monotonie des Grandes Plaines! Le coin est absolument magnifique et l'effet visuel cumulé des majestueuses montagnes, du ciel et des nuages se reflétant dans les lacs des environs laisse sans voix.



Jeudi 30 Juin. Vallée d'Okanagan en vue! Finalement la traversée des Rocheuses aura été une simple partie de plaisir. Les cols sont longs certes (30 à 35 km d'ascension en général) mais la pente est d'une grande régularité et excède rarement les 7 %, ce qui m'a permis de facilement trouver un bon tempo pour avaler les bosses. La vallée d'Okanagan était à l'origine un semi-désert mais la main de l'Homme a complètement modifié cet environnement naturel pour l'adapter à ses desseins. Du sommet du dernier col, juste avant de plonger sur Osoyoos (première ville de la vallée), on peut encore observer ce que devait être Okanagan à l'origine en regardant au loin à l'horizon. Une fois rendu dans la vallée, je commence mes investigations à la recherche d'un employeur mais après des heures de porte-à-porte, je suis toujours bredouille. Cependant, même si je n'ai toujours pas trouvé de travail, à force de discuter avec les habitués du coin, on me conseille de me rendre sur Oliver, 20 km plus au Nord car c'est là bas que l'on trouve les hébergements les moins chers. Il est trop tard pour m'y rendre immédiatement mais dès le lendemain j'atteins la dite ville. Le coin est véritablement fascinant, voyez plutôt: d'un côté nous avons une très importante communauté d'indiens du Punjab (état du Nord-Ouest de l'Inde frontalier avec le Pakistan) qui détiennent la quasi-totalité des vergers des environs (Osoyoos inclut, plus au Nord, je ne sais pas). D'un autre côté vous avez la main d'oeuvre mexicaine, ils travaillent 12 heures par jour et sont payés 9 $ de l'heure mais sont logés par les indiens dans de bonnes conditions (On m'a dit que tout ceci se fait avec l'aide du gouvernement mais ça ne me surprendrais pas qu'une partie des contrats se passent en dessous-de-table tant il est facile de se faire embaucher). Et enfin, nous trouvons la main d'oeuvre québécoise et les routards de passage, ce qui représente la majorité des pickers (cueilleurs). Ces derniers sont pour la plupart logés dans les vergers, pas d'eau potable ni d'électricité, pas de douches... du camping sauvage quoi! Cette main d'oeuvre là est payé à la production: pour la récolte des cerises, par exemple, le tarif est d'environ 5 $ les 10 kg.



Parmi cette dernière catégorie, beaucoup de gens super. Après tout il faut déjà avoir une certaine ouverture d'esprit pour traverser tout le Canada, tout ça pour cueillir de la cerise dans des conditions de travail déplorable. En effet, les indiens sont bien là pour ramasser notre récolte mais quand il s'agit de se procurer une ou des échelles (selon les arbres, la taille peut varier de 8 à 14 pieds) ou des cagettes vides, on ne peut souvent compter que sur nous même... Un picker inexpérimenté se fait en moyenne 50 $/ jour, le temps d'assimiler la bonne méthode, à savoir:
- S'arranger pour toujours avoir les 2 mains de libre dans l'arbre. Pour cela, coincer les branches sous les aisselles et avancer dans la branche au fur et à mesure de la cueillette.
- Optimiser le nombre d'échelles. Payé à la production, moins on passe de temps à placer ses échelles, plus on cueille.
- Cueillir avec tous ses doigts. Vraiment pas facile à réaliser mais ça vient à force de cueillir. Quand on sait que les pickers très expérimentés parviennent à se faire quand ils se retrouvent dans de la crème (c'est ainsi que sont appelés les arbres les plus rentables) 500 $ dans la journée, on comprend mieux l'utilité de la chose!
- Il y a un sens pour cueillir la cerise. Bien sûr on peut aussi les "twister"(effectuer une rotation à l'extrémité du bourgeon) mais il est plus économique pour les doigts et surtout plus rapide de détacher la cerise en effectuant une simple pression d'un seul doigt au bon endroit.
Cueillir la cerise à ce niveau là demande beaucoup de concentration et d'énergie. Avis aux amateurs!

Le jour suivant mon arrivé à Oliver, je trouve du boulot pour 1 journée et 3 jours plus tard, je déniche un travail quotidien, dans des circonstances assez drôle. Nous sommes le 4 Juillet et comme à mon habitude je fais ma tournée de porte-à-porte assez tôt dans la matinée pour tenter de trouver un travail régulier mais comme les jours précédents, les réponses sont "je suis complet"..."repasse dans 1 semaine"..."repasse dans 3 jours...". Ca n'a rien donné encore aujourd'hui... Cependant dans l'après-midi on me refile une nouvelle adresse et je décide aussitôt d'aller y faire un tour. C'est ainsi que je tombe nez à nez avec Romain et Catherine. Lorsque je les rencontre, j'aperçois un fermier au coin du verger aussi je m'excuse auprès de ces 2 personnes mais "business is business" (surtout avec les indiens!). En plein entretien avec le fermier, Romain a pendant ce temps là tout le loisir d'admirer mon éternel t-shirt "marathon des crêtes vosgiennes". haaa que le monde est petit! car figurez vous que Romain est originaire... d'Epinal. Quant à Catherine, une étudiante québécoise, quelqu'un a dû lui jeter un sort car quoi qu'elle fasse, il faut toujours qu'elle tombe sur des français du Nord-Est. J'arrive à point nommé car Romain doit repartir sur Vancouver ce soir même et la pauvre Catherine qui envisageait de camper sur un verger se rétracte finalement car il n'y a absolument personne pour lui tenir compagnie et elle ne sait pas où dormir. Et si elle ne sait pas où dormir, en revanche elle a déjà trouvé du travail pour le fermier avec lequel je m'entretenais juste avant, aussi décidons nous de faire équipe et dès le lendemain, je suis engagé pour la saison. Formidable!


Un peu plus d'un mois plus tard, au Lundi 15 Août, je termine mon dernier cerisier. Au final j'aurai réussi à économiser 1100 $ sur les 2000 gagné et j'aurai appris des tas d'informations utile sur le monde merveilleux de la cerise, notamment qu'il est possible de se faire 250 $ / jour garanti en Australie. Là bas les arbres sont petits, bien fourni et on a limite pas besoin d'échelle. Bref, un Pays qui ne me couterait rien à visiter et dans lequel je pourrais espérer me constituer une belle cagnotte. Pourquoi je vous dit tout ça ? parce qu'au Canada j'ai beaucoup réfléchi sur ma condition de voyageur et que ma résolution est déjà prise, je ne suis assurément pas prêt de m'arrêter! Haaaa Aventure quand tu nous tiens!


Quelques chiffres :
- A ce jour j'ai parcouru environ 5299 km au Canada en 111 jours et 49 étapes, soit une moyenne de 108,1 km par étape.
- Le compteur total s'élève à environ 31028 km, en 644 jours et 370 étapes, soit une moyenne de 83,8 km par étape.
- 105 cols franchis au total.
- 5516 euros dépensés à ce jour, soit une moyenne d'environ 8,5 euros par jour.